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 Fiers d'être précaires ?

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FleurOccitane
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MessageSujet: Fiers d'être précaires ?   Fiers d'être précaires ? EmptyDim 14 Mai à 2:03

Citation :

FIERS d’ETRE PRECAIRES ?

lundi 17 avril 2006 par collectif rto

Fiers d’être précaires ! ou la décision de retourner le discours sur la culpabilisation des chômeurs et des précaires. (Tentative)

Il n’y a absolument aucune ironie dans "fiers d’être précaires !", juste un renversement, nécessaire. L’ironie , monstrueuse, est celle de nos maîtres ( et de nos souteneurs aux allures éplorées, ah !! qu’elle est pas belle la précarité) lorsqu’il disent vouloir notre bien et nous plaignent.

Le point d’exclamation seul amène par sa netteté à se poser davantage de questions sur ce qu’est être précaire que le jeu chèvre et choux, on est fiers, on sait pas si on est fiers, on sait pas. Ce qu’on ne sait pas c’est comment faire, mais on sait qu’on ne peut faire comme si c’était pas là. La précarité c’est pas nécessairement la misère, je le rappelle ici, c’est également des formes d’emploi, et pas que chez les I.S, 16% des cadres sont en CDD, arrêtons d’écraser la question dans un compassionnel gluant (et faux), sinon on laisse le champs libre à Villepin lorsqu’il attaque le mouvement anti "loi sur l’égalité des chances" en disant qu’il nuit "aux plus exclus".

Pour refuser la précarisation, arrêtons d’avoir peur de la précarité. Cette peur est leur alliée la plus décisive : (imagerie sinistre : t’obéis ou c’est la rue).

Prolétaire était une insulte. Chômeur et pédé aussi. Fiers d’être précaires, c’est une machine à renversement.

Autre argument. Celui des emplois créés dans les pays dits industrialisés. Une grande majorité sont sous conditions précaires, ce qui veut dire qu’un grand volant d’individus se retrouvent à vivre selon celles-si. Bien sûr, il est toujours possible de penser ascenseur social. Sauf que cela n’empêche pas d’avoir des individus qui restent dans les mêmes classes toute leur vie. Exemple : les générations d’ouvriers. Justement, ceux-ci sont passés par une prise en compte de leur condition pour aller à la bataille aux droits sociaux. C’est parce qu’ils se sont reconnus ouvriers qu’ils en ont fabriqué une Culture et la jolie gueule de 36.

Nous nous sommes déjà exprimés longuement et assez finement sur la réalité du précariat. Il est d’ailleurs évident aujourd’hui que si la cip-idf a tenu tout ce temps, c’est précisément parce qu’elle a eu l’intelligence d’inscrire le mot précaire avec intermittent et que ce & fera toujours problème. Tant mieux. S’il n’y a pas de quoi être fier d’être précaire, il n’y a pas non de quoi ne pas en être fier. Nous pouvons être fier éventuellement d’avoir tenu. D’en être là avec ce mouvement.

La précarité est un cancer. Quand on est malade, on peut être fier du combat que l’on mène contre cette putain de maladie, mai y’a pas de quoi exhiber la fierté d’être malade. IL FAUT TROUVER AUTRE CHOSE DE PLUS CLAIR.

La coordination lutte avant tout, depuis le début, contre la précarisation grandissante (graves difficultés financières) des intermittents du spectacle, notamment les plus précaires (au sens des pratiques d’emploi, répétitions pas payées, peu de contrats, etc.), en essayant de proposer un système plus équitable, plus mutualiste, qui pourrait être appliqué à d’autres, ayant les mêmes pratiques d’emploi. On peut tout à fait revendiquer ces pratiques d’emploi, mais que je sache, on ne revendique pas la précarité qui en découle, qui est imposée en raison notamment du protocole de 2003 pour les intermittents ! Je ne vois aucun motif de fierté sur cette précarité, elle est subie, elle est imposée entre autres par le MEDEF, ce n’est pas un choix.

Pour ma part, j’ai défendu dans cette ag le nom CIP-idf, d’une part au nom d’une ouverture du mouvement : aux intermittents non indemnisés - qui, à un moment du mouvement osaient à peine s’avouer tels -, aux intermittents de l’emploi, hors spectacle, qui pouvaient trouver dans cette lutte un modèle (nous n’en n’avions pas encore concocté un "nouveau") non pas à suivre mais à reprendre, ou rejoindre ou réinventer ailleurs ou avec, et à qui l’existence des 8 et 10, même massacrées, pouvaient servir de perspective pour agir et gamberger.

Je l’ai défendu d’autre part contre la foutue dénégation qui courait dans le mouvement, comme elle court actuellement largement dans le mouvement étudiant. "je ne suis pas chômeur mais artiste", "j’ai un métier, moi pas précaire", "je me bats pour mon assurance-chômage mais ça n’est pas la vraie question" and so on - et actuellement : " je me bats contre le cpe pour ne pas être précaire demain - ah oui, je travaille aussi chez macDo à côté, mais ça n’a rien à voir". Ben oui, un intermittent, il bosse et il chôme. Alors c’est aussi un chômeur, qu’il le veuille ou non, et je me demande bien pourquoi l’affirmer semblait si difficile à certains.

Et il me semble que c’est à partir de cette fierté que nous travaillons depuis le début à la coordination (ou alors j’ai mal compris), lorsque nous affirmons que cette mobilité, ces compétences multiples, cette faculté d’adaptation et d’innovation que les intermittents sont OBLIGÉS de développer à cause de leurs pratiques d’emploi (discontinues cad précaires, eh oui), et bien CELA SE PAYE. Donc, il faut des garanties sociales, des droits collectifs.

….Etudiants à l’école normale supérieure, ils perçoivent un salaire de l’état sans autre obligation que de passer à la fin de leurs études un concours de la fonction publique. Bref, ils sont payés pour étudier, ce qui est non seulement très enviable, mais aussi la moindre des choses. Et tout ce que ces braves gens ont réussi à raconter à france 2, ce n’est pas : "on est contents d’être payés pour faire des études mais cela devrait être pour tous les étudiants", non, ce qu’ils ont dit, c’est : "nous on n’est pas précaires, mais on est solidaires".

Ravages de la distinction.

Je lis le Robert : Etymologiquement, ce qui est précaire, c’est ce qui s’obtient par la prière. Concernant cette prière, Littré signale en première acception que c’est une demande et en seconde qu’elle est un signe de soumission : “on prie Dieu à genoux”.

La précarité de mes revenus est celle qui dépend du bon vouloir de personnes ou d’institutions : ce sont les spectacles qu’on m’achète ou non, les subventions que j’obtiens ou pas. C’est une décision quoi qu’il en soit discrétionnaire. Dans les lettres officielles, je prie -comme il est convenu de faire- les représentants des institutions de bien vouloir examiner mon projet, et je les remercie de leur bienveillance. La partie non-précaires de mes revenus ce sont les allocations Assedics qui correspondent à un droit : quoi que pense l’employé des assedics derrière son bureau de moi ou de mon travail, dés lors que je remplis les conditions, il renouvelle mes droits et me verse un revenu sur une certaine période de temps. Dans une certaine mesure, le droit social de l’intermittence me permet d’échapper au joug de la prière.

[...]


http://www.collectif-rto.org/article.php3?id_article=92
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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: Fiers d'être précaires ?   Fiers d'être précaires ? EmptyDim 14 Mai à 2:03

(suite)

Citation :

“Je suis fier de ne rien faire Fier de ne savoir rien faire”

D’abord je ne vois pas ce que le mot "fier" vient foutre là-dedans. Je le trouve impropre. Je ne me sens jamais fier de quoi que ce soit, ce n’est pas pour l’être de ma précarité. On pourrait avoir aussi "fier d’être fonctionnaire", "fier d’être routier", "fier d’être boucher charcutier" ou je ne sais quelle connerie du même genre. Comme cela a déjà été dit je ne me sens ni fier, ni pas fier. C’est un fait, je ne le nie pas, je l’affirme pour réclamer les droits qui vont avec, je crie haut et fort que TOUT travail discontinu doit en contrepartie bénéficier d’un traitement spécifique pour assurer une continuité de revenus, mais je ne me sens pas fier pour autant.

Lorsqu’il est dit : "Parce que cette mobilité signifie polyvalence, capacité à s’adapter, haut niveau de formation (à force de bosser dans des contextes différents), aptitude à se saisir de situations de travail variées ou à en instituer de nouvelles - j’en passe, lisez l’enquête socio qui raconte ça bien mieux que moi." Et bien oui, parlons de l’enquête socio. Et j’aimerais bien avoir les résultats sur la question concernant l’intermittence.Je sais par les enquêteurs qu’un très grand nombre de réponses n’allaient pas dans le sens : "la mobilité, la polyvalence, c’est formidable". Je sais que dans de nombreux cas les intermittents parlaient de cette mobilité subie et non choisie.

Pour moi la lutte de la coordination c’est : la flexibilité existe (voulue ou non), il faut l’affirmer haut et fort et y répondre. Sinon, c’est la jungle avec toute la misère qui l’accompagne.

Je suis fier d’être qualifié de parasite par les fascisants qui cognent des anti cpe près de la sorbonne et les travaillistes qui plastronnent à l’assemblée nationale et sur les plateaux de télévision. De ne pas vouloir de la société de travail imposée par le socialisme (de saint Paul) qui me dénonce comme assisté. De savoir un peu jongler avec une "pauvreté" dont chacun est menacé par un discours qui réduit la richesse à la valeur marchande et la liberté à la consommation destructrice (de travail vivant, pas seulement d’environnement) et stérile. D’être un assisté dans la bouche de normopathes arrogants qui dépendent plus que tous du travail des autres, de services qui leur sont constammentprodigués (qui c’est l’assisté, moi ou messier, sellière, aubry, etc. ?) De ne pas être assisté comme disney à qui on offre infrastructures routières et ferroviaires, terrains, dègrèvement, main d’oeuvre à bas prix D’être faible, de le savoir, et de le dire, dans un "monde" qui glorifie la force et les vainqueurs. D’échapper à leurs normes, d’au moins tenter quelque chose.

L’italien dispose de cette supériorité syntaxique sur le français qui fait qu’on ne dit pas "je suis étudiant, ouvrier, monteur son ou enseignant" mais "je fais l’ouvrier, le peintre faux bois, l’acteur, le livreur de pizza..." Se séparer de l’essentialisme français qui nous assigne à des métiers, des fonctions, des identités, des rôles, me semble une hygiène nécessaire à toute tentative de construction commune (à la coord comme ailleurs).

"la supériorité syntaxique " je fais ceci cela etc.. peut introduire une capacité inouîe à produire de la langue de bois. Le seul problème est une affaire de situation dont nous pouvons nous saisir. Ou pas. Je ne fais rien, ça prends tout mon temps : aporie négative et joyeuse. Je fais l’acteur et pendant ce temps il se passe quoi. Dans faire, il y a agir parfois ce qui évidemment n’est pas la même chose. Laissons l’hygiène aux hygiénistes et l’art du faire aux producteurs enchantés. L’herbe pousse par le milieu et pendant ce temps je fais l’idiot ; demain je fais directeur de casting et en fait je suis joyeusement en train de t’enculer (pardon de te prendre). Que nous soyons ceci ou que nous faisons cela, effectivement cela change, simplement pour soi, en ce qui concerne les conneries que cela produit, faudrait comparer.

Il y a un vieux machin qui s’appelle (s’appelait) la fierté ouvrière. Pas plus que d’être pauvre ou noir, il ne s’agissait d’être fier de bosser à la chaîne huit heures par jour, d’un quotidien souvent effroyable, d’un salaire merdique. Non, mais fiers, ils l’étaient de constituer une classe productive sans laquelle aucune richesse n’était possible (voir les innombrables couplets sur les patrons-parasites qui captent le produit du travail ouvrier), et aussi de constituer la base d’une conflictualité, d’un rapport de force capable d’arracher des avancées sociales - et bien souvent "pour tous", comme les congés payés ou la sécurité sociale.

Evidemment, la classe ouvrière, à la fois comme centralité productive et comme centralité conflictuelle, ça fait longtemps que c’est derrière nous (ce qui ne signifie en aucun cas qu’il n’y a plus d’ouvriers ni d’usines). Et l’enjeu de ce qui se passe autour de la mayday me semble bien être celui-là : faire apparaître, à partir des modifications profondes des modalités de la production et du travail, une figure conflictuelle qui soit capable de porter du "pour tous".

La discontinuité, même avec des « droits sociaux », c’est aussi une pression permanente, une remise en question permanente, une obligation de se faire en permanence à des choses nouvelles, des gens nouveaux, des façons de travailler nouvelles, parfois même une ville nouvelle, tout un ensemble de choses qui font que le travail peut devenir le centre de l’existence, encore plus que dans un boulot stable. On ne travaille pas forcément plus, parfois même moins, mais on y pense tout le temps, on ne « décroche » jamais vraiment.

Je revendique que la mobilité (de l’emploi) PUISSE être choisie en tant qu’elle PEUT me permettre d’exprimer mon rapport au travail. Mais la question de la ré-appropriation de la notion de travail se pose à tous, quelque soit le mode d’emploi, et c’est là que le rapport de force avec l’employeur est le plus brutal, et c’est là aussi que "travaille" la question des droits sociaux. D’ailleurs, force est d’admettre que la mobilité heureuse (avec une certaine continuité de revenus, une diversité de rencontre, une liberté de choix) pose quand même des problèmes par exemple parce qu’elle dépossède les salariés des outils de productions.

Voyons et parlons plutôt de ce qui pourrait définir nos attachements. Ce en quoi par exemple la précarité ne produit pas que du cognitivisme mais aussi de l’irréductible (veut plus être flexible : préfèrerai ne pas). Si on ne se méfie pas assez du langage de l’ennemi, nos vies deviennent impossibles parce que dissociées. Quant à faire apparaître une figure conflictuelle, oui, mais à partir de quels énoncés ? Fier d’être précaire n’est pas inapproprié. Mais c’est un slogan. C’est tout. Tout est à construire.

[...]


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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: Fiers d'être précaires ?   Fiers d'être précaires ? EmptyDim 14 Mai à 2:04

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Citation :

Frère d’être(s) précaire(s)

Fais pas ta fière, on me disait, petite. Ne lèves donc pas la tête, regardes tes godasses et obéis. On pourrait dire que "fière" ce serait juste ça lever la tête, quand tout pousse, une main invisible, une main plus visible, à t’incliner vers le sol. Juste un geste, un geste juste. Braver le temps et l’injonction insidieuse à la soumission. Une soumission libre, on dirait maintenant. Dans le sens, où il devient parfois difficile de démêler ce qui contraint de ce qui libère. Et que les contraintes libèrent parfois, parce qu’elles imposent un cadre, une forme, qui permet justement de prendre position à partir. D’être ici plutôt que là, etc... Et de générer une liberté neuve, ou du moins la sensation d’une possible liberté. Les cadres s’accumulant ou se désintégrant, on ne sait plus toujours où se situer. L’espace politique permet alors de le faire, de l’envisager. Espace où la parole politique se pose souvent et nécessairement comme affirmation. Il s’agirait de créer des lignes de partage, partage pouvant s’entendre ici dans la double sémantique. Division : ligne de partage, un côté et l’autre côté. Et échange : entremêlement de connaissances, d’expériences, d’intuitions. Affirmation problématique dès qu’elle devient injonctive, quittant ainsi sa puissance fabricatrice de subjectivités pour tendre vers sa puissance-pouvoir qui réassigne chacun plutôt que de libérer, d’émanciper. Fernand deligny qui s’était retiré des institutions pour vivre avec des autistes dans une maison dans les Cévennes, dans la plus grande précarité, disait qu’il préférait le mot "art" au mot "politique", parce que "l’art" c’était l’esquive, une possibilité de faire naître et multiplier du sens et que avec "politique", on était contraint, assigné au vocabulaire, au diktakt. Du coup, "art" ,"un chef d’oeuvre", pouvait être simplement cette scène (réelle) d’une mère qui voyant son enfant autiste parler à un mouton dans un film d’atelier, voit qu’il y a là-dedans du commun, quitte le HLM, trouve une petite maison avec de l’herbe, achète un mouton, et la vie avec l’enfant devient enfin possible. Nous, aujourd’hui on serait tenté de dire "politique" en parlant de cette scène-là, parce que "art" c’est compliqué, il faudrait défaire les catégories, les repenser. C’est intéressant. Précaire, pour revenir au dictionnaire, est liée à la prière et aussi au devenir "dont l’avenir, la durée ne sont pas assurées" dit robert. Se sentir proches de tout ce qui est menacé de disparition, de tous ces végétaux rares et moins, des lucioles qui disparaissent dans les campagnes, nous sommes tous des lucioles, menacées par le progrès, des industries neuves, des nouvelles pratiques agricoles, ou bien les baleines, dit robert... je vois déjà les sourires, le coup des lucioles et des baleines précaires on ne nous l’avait pas encore fait. C’est sérieux pourtant. Pasolini a écrit un beau texte sur la disparition des lucioles. C’est ce commun-là, cette puissance fragile, cette menace contre les minorités, contre les êtres les plus exposés au laminage économique, au matraquage ( si tu as bu, tu es malade, handicapé et que tu te fais charger par les flics..qu’est-ce qui se passe). On l’a vu avec le protocole 2003, les femmes enceintes, les malades, les plus fragiles économiquement, les jeunes, les vieux sont éjectés d’abord. Est-ce qu’une femme enceinte est faible ? non Est-ce qu’elle est pauvre ? non, pas forcément, mais elle n’est pas rentable, donc elle devient précaire, car momentanément inadaptée au système productif, pourtant elle est attendue et guettée comme future consommatrice etc. C’est d’ailleurs elles qui ont pris le relais pour affirmer positivement cet état de fait en 2003. Les raisons pour ne plus coller à ce qu’on attend de vous sont infinies. Dans les "Centres d’Aide par le Travail" par ex. on demande aux handicapés d’être productifs. Que ce soient des centres pour conditionner les cartons ou des théâtres, comme à Roubaix, où des chorégraphes viennent faire des casting et demandent aux filles de maigrir. Ceux qui savent lire, bouger et sont moins lents, sont pris pour les spectacles ; les autres restent quelques mois puis sont remplacés. Dans le texte de la conférence de presse avec Godard nous avions essayer de donner à voir, en décrivant des situations paradoxales, ce que serait "être précaire". Faire émerger cette figure contemporaine qui ne peut pas se calquer sur des shémas pré-existants. Nous mêmes, nous cherchons à y voir, dans nos propres situations, dans les institutions que nous traversons, dans nos formes de vie, ici, à la coordination. Encore faut-il se donner le temps de continuer à penser ensemble et chercher, car nos modes d’énonciation ne nous permettent pas toujours de creuser. Trop d’urgence. De priorités. Par ex. on peut travailler à l’éducation nationale, être fonctionnaire, et se sentir précaire, parce que quelque chose ne va pas, entre le cadre institué et le cadre dans lequel on pense que l’enseignement serait possible, cela peut devenir une lutte existentielle, qui fragilise la vie, la famille, tout, et dont on ne sort pas. Et ce n’est pas facile de quitter un emploi stable. Ou les agents ANPE, les travailleurs sociaux, dont le travail devient aussi un travail de contrôle, d’accompagnement d’individus pour les rendre plus adaptables au marché, à l’emploi. Les contraintes actuelles et la pénibilité du travail, sous forme de rythme, de flexibilité, d’adaptabilité, de concurrence, de production de créativité, d’exigence, de casting, mettent énormément de salariés dans des pressions insoutenables qui rendent la vie précaire : "quand un salarié met fin à ses jours, on dit toujours qu’il avait des problèmes à côté". Je parle ici de situations où il n’est pas question de pauvreté, et qui sont sans doute moins évidente à appréhender sous cet angle de la précarité, même si on a tous des proches qui vivent des choses comme ça. La maladie des institutions n’y est pas étrangère et produit son propre lot d’inconsolés et de fractures. Le mot "précarité" affleure partout en ce moment, c’est devenu un slogan, et comme c’est un mot riche, polysémique il ne faudrait pas le contraindre au sens majeur, au contraire étoffer, étoffer les sens, chercher à donner à voir. Comment l’invisible édifice tentaculaire qui nous domine génère des formes de précarités insoupçonnées, des fragilités nouvelles. Pour certains d’entre nous, nous avons épousé et porté le "et précaire" sans mal et sans théorie, ça rencontrait nos vies immédiatement. L’intermittence précaire a pu nous rendre plus forts pour appréhender des temps vides. Associaux. Pour les apprivoiser, les aimer parfois jusqu’à ne plus vouloir travailler. Mais travailler, c’est aussi porter au-dehors des exigences, qu’elles soient politiques ou artistiques, des désirs, de tenter, se tromper. Donc, on a besoin de faire pour continuer, bosser comme tout le monde. Contraints à des machines qui fonctionnent mal, à des trucs qu’on voudrait autres. L’exil précaire des droits sociaux ne nous protège pas tout le temps de la violence des temps. Nous en subissons l’instabilité et l’angoisse. C’est très vif. 507, un horizon dérisoire et de plus en plus inaccessible... Agacée parfois par un langage qui ne rencontre plus la vie, ni mobile, ni flexible, je ne revendiquerai rien de ça, trop de ruptures autour et avec, de gens qui ne tiennent pas le choc, qui craquent, se vendent (le casting comme abattage), cherchent n’importe quoi à tout prix, qui ont peur de ne plus rien voir venir, envie, oui, aussi, d’une maison et d’une terre moins friable, comme tout le monde.

Oui, certaines affirmations paradoxales mettent en joie et aident à tenir debout P. Fière, inflexible et immobile face à un monde qui va trop vite

NOUS EN AVONS ASSEZ D’ÊTRE PLAINTS, NOUS SOMMES NOMBREUX

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