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 Mondialisation de la répression

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FleurOccitane
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MessageSujet: Mondialisation de la répression   Mondialisation de la répression EmptyMer 18 Jan à 17:35

Citation :

Mondialisation de la répression : de l’état de guerre à l’Etat policier.
lundi 9 janvier 2006 par Marie-José Cloiseau.

Depuis la rentrée de septembre, les gouvernements français et britanniques ont mis en place de nouveaux dispositifs de lutte contre le terrorisme. Motivés en Grande Bretagne par les attentats de Londres en juillet. En France, mis en scène par Nicolas Sarkozy. Le Conseil de l’Union Européenne, présidé par la Grande Bretagne, a coordonné ces dispositifs pour en faire un cadre s’imposant à tous les pays de l’Union, « Stratégie de l’Union Européenne visant à lutter contre le terrorisme », qui permettra dans l’avenir d’élaborer de nouvelles mesures liberticides. Un dossier de presse a été mis à la disposition des medias. Mais le rapprochement entre ces mesures, qui n’est pourtant pas fortuit, n’a été à aucun moment analysé dans la presse française.

Dès le mois d’octobre, Nicolas Sarkozy a mis en scène la menace terroriste dont la France devrait se prémunir dans les plus brefs délais : arrestations spectaculaires, déclarations tonitruantes, le scénario est le même, seul le décor change. Et le projet de loi suit de près l’annonce. Sur fond d’état d’urgence et d’insurrection dans les banlieues, « l’urgence est déclarée ». Il faut voter, et vite.

Or, au même moment, ou presque, outre Manche, le gouvernement de Tony Blair envisageait un durcissement législatif du même type, après les attentats meurtriers de Londres en juillet de cette année. Dès lors, chacun y va de sa surenchère répressive : la Grande Bretagne a l’avantage, car le terrorisme n’y est pas une menace, mais une accablante réalité. Nicolas Sarkozy y prend des leçons. Le gouvernement britannique veut faire passer le délai de garde à vue à 90 jours pour les suspects d’attentats terroristes ; il veut conserver les données de connexion sur Internet pendant trois ans. Mais les britanniques ne sont pas d’accord. Un compromis est accordé : 60 jours pour la garde à vue, un an pour la conservation des données. Quant à Nicolas Sarkozy, il fait passer le délai de garde à vue à 72 heures, extensible de 24 heures deux fois ; les données informatiques seront livrées à la police, sans qu’il soit besoin d’un ordre d’un juge.

Sommes-nous en guerre ?

La Grande Bretagne, il est vrai, est en guerre. Pour Tony Blair, la situation a changé. Et pas seulement dans son pays. Le monde entier est devenu dangereux, à commencer par l’Europe. Il mettra donc à profit les six mois de sa présidence pour faire adopter par l’Union Européenne les mesures qu’il pourra ensuite présenter à son opinion publique comme dictées par une instance supranationale. Ici, quelques émeutes dans les banlieues ne justifieraient pas aux yeux de l’opinion publique la mise en place immédiate d’un Etat policier. On se contentera de l’état d’urgence. Mais le caractère fallacieux et disproportionné de cette mesure indique la nécessité pour notre gouvernement d’introduire des doses croissantes d’une logique répressive qui fait écho à la nouvelle dangerosité du monde.

La visite du chef de la diplomatie américaine, Condoleeza Rice, en décembre, prenait alors tout son sens : dédramatiser et justifier les centres de détention clandestins de la CIA dans certains pays européens, l’utilisation des aéroports pour le transport des suspects. Mais aussi pour soutenir les décisions « difficiles » que devrait prendre l’Union Européenne : « Avant la prochaine attaque, nous devrions tous nous pencher sur les choix difficiles auxquels les gouvernements démocratiques sont confrontés. Et nous pourrons contrer au mieux ce danger si nous travaillons ensemble. » Il faut rappeler que le mandat d’arrêt européen a été instauré le 21 septembre 2001 par le Conseil de l’Europe, soit dix jours après les attentats de New York.

Un cadre policier européen

Toujours au même moment, l’Union Européenne, sous la pression conjuguée de la France et de la Grande Bretagne, dont la présidence prenait fin le 31 décembre, mettait en chantier la « Stratégie de l’Union Européenne visant à lutter contre le terrorisme » adoptée lors du Conseil des 1e et 2 décembre de cette année. Cette stratégie vise d’une part à créer un cadre pour les travaux de l’Union Européenne, et d’autre part à expliquer au public les nécessités de renforcer les lois anti-terroristes.

La première mesure mise en œuvre à l’issue de ce Conseil est la directive votée par le Parlement Européen le 15 décembre en première lecture sur la conservation des données informatiques. La durée sera de six mois et un dédommagement sera accordé aux fournisseurs d’accès. Les contenus ne seront pas concernés. Le Conseil a adopté une « décision-cadre relative à la simplification de l’échange d’informations entre les services répressifs des Etats-membres de l’UE. » C’est bel et bien l’un des objets de la loi que Nicolas Sarkozy a fait voter dans la foulée de ce sommet : assurer la collecte et la conservation des données informatiques et faire en sorte qu’elles soient directement disponibles pour les services répressifs.

Guerre ou terrorisme ?

La Stratégie adoptée par le Conseil de l’UE se décline en quatre volets : prévention, protection, poursuite, réaction. Elle prétend s’inscrire dans les efforts des autres instances internationales pour lutter contre le terrorisme. Ici, une première remarque s’impose : la guerre menée par les Etats-Unis et soutenue par certains pays de l’Union Européenne n’est jamais mentionnée, ni comme facteur pouvant expliquer des actes de terrorisme, ni a fortiori comme un acte de terrorisme auquel s’associe la Grande Bretagne, qui joue pourtant un rôle moteur dans l’adoption des mesures répressives préconisées par le Conseil de l’Europe et appliquées avec zèle par d’autres pays. Mieux, le texte constate que « ... la menace terroriste actuelle ne se limite pas au territoire de l’UE, mais touche de nombreuses régions du monde et y trouve également son origine, il sera vital de coopérer avec les pays tiers prioritaires. ». Ce qui revient à considérer la guerre actuelle comme une donnée objective à laquelle il faut s’adapter, et non comme l’une des composantes du terrorisme qu’il s’agit de combattre.

A cet égard, le point 10 de la Stratégie est à citer intégralement : « La propagation d’une vision extrémiste particulière du monde amène certains à envisager de recourir à la violence et à la justifier. Dans le contexte de la vague terroriste la plus récente, par exemple, le nœud du problème est la propagande qui déforme la réalité des conflits dans le monde en y voyant une prétendue preuve d’un affrontement entre l’Occident et l’Islam. Pour faire face à ces problèmes, nous devons faire en sorte que la voix de l’opinion majoritaire l’emporte sur celle de l’extrémisme en coopérant avec la société civile et les communautés religieuses qui rejettent les idées présentées par les terroristes et les extrémistes et incitant à la violence. Et nous devons mieux faire passer notre propre message, afin de changer la perception des politiques nationales et européennes. Nous devons également veiller à ce que nos propres politiques n’exacerbent pas les divisions. L’adoption d’un discours sobre pour parler de ces questions contribuera à cet objectif. » L’opinion majoritaire doit donc situer correctement de quel côté se trouve le terrorisme. Par exemple, les récents incidents concernant les vols de la CIA utilisant les aéroports européens ne doivent pas être considérés comme des actes terroristes qu’on aurait dû prévenir et éviter, mais comme des incidents au sujet desquels on mettra en place une commission d’enquête.

[...]

http://www.info-impartiale.net/article.php3?id_article=203
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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: Mondialisation de la répression   Mondialisation de la répression EmptyMer 18 Jan à 17:36

(suite)

Citation :

Terrorisme, extrémisme ou radicalisme ?

Dans le volet « prévention » de la Stratégie, on trouve encore une tentative de modélisation du « comportement terroriste » que « nous devons détecter », par exemple « en recourant à la police de proximité et en surveillant les déplacements vers des zones de conflit ». Au-delà du glissement sémantique de la notion d’extrémisme opéré à plusieurs reprises dans le texte (autrefois, ce terme était employé au sujet de certains courants politiques se situant aux extrémités d’un hémicycle par exemple, aujourd’hui il semble synonyme de terrorisme), il faut peut-être s’inquiéter de la suite du texte : « Il existe dans la société un certain nombre d’éléments susceptibles de créer un climat favorable à la radicalisation. Parmi ces éléments, on peut citer une gestion des affaires publiques insatisfaisante ou autocratique, une modernisation rapide mais anarchique, l’absence de perspectives politiques et économiques et de possibilités d’éducation. Au sein de l’Union, la plupart de ces facteurs n’existent généralement pas mais, dans certaines couches de la population, ils peuvent entrer en jeu. » Ainsi, ce passage pourrait très bien s’appliquer aux dernières manifestations par exemple, et même si les auteurs nous expliquent que les facteurs de radicalisation (encore un glissement sémantique audacieux) n’existent pas, certains qui lisent ces lignes pourraient se sentir menacés. D’autant plus que la loi Sarkozy prévoit que « L’emploi de tels dispositifs (fixes ou mobiles de contrôle automatisé) est également possible, à titre temporaire, pour la préservation de l’ordre public, à l’occasion d’évènements particuliers ou de grands rassemblements de personnes, par décision de l’autorité administrative ». Et si nous étions tous des extrémistes radicaux ?

Plus loin encore, on parle de façon allusive de « comportements posant problème, en particulier l’utilisation abusive d’Internet ».

En conclusion du volet « Prévention », on trouve « mettre au point une stratégie dans le domaine des medias et de la communication afin de mieux expliquer les politiques de l’UE ». Ca, on l’a déjà vu à l’occasion du « référendum ». Ca s’appelle de la propagande. Les medias savent faire, mais ça ne marche pas toujours, parce que le citoyen peut se rendre compte qu’on le prend pour un crétin.

Enfin, nous admirerons le point de vue policier sur la bonne marche de la politique « encourager la bonne gestion des affaires publiques, la démocratie, l’enseignement et la prospérité économique à travers des programmes d’assistance émanant tant de la Communauté que des Etats-membres ». Si la responsabilité des gouvernements ne consiste plus qu’à surveiller et à réprimer, il faudra effectivement en venir à des programmes d’assistance, faute de quoi l’extrémisme et la radicalisation risquent de s’étendre encore.

Un cadre très large

Tout cela pourrait presque prêter à sourire, si ce n’était pas un cadre qui permettra dans les prochains mois ou dans les prochaines années de mettre tous les citoyens de l’Union européenne sur écoute ou sous surveillance vidéo, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Le même texte peut en effet permettre de classer sous la rubrique du terrorisme n’importe quel citoyen doté d’un minimum de sens critique ou revendicatif et qui prétend en user, et qui utilise Internet pour s’informer ou pour communiquer.

Mais la loi Sarkozy va encore plus loin dans l’amalgame. Elle en profite au passage pour renforcer la lutte contre l’immigration clandestine en améliorant le contrôle aux frontières. Pour améliorer les dispositifs de lutte contre les vols et recels de voitures, les services de police peuvent « mettre en œuvre des dispositifs fixes ou mobiles de contrôle automatisé des données signalétiques des véhicules prenant la photographie de leurs occupants, ... ». Et bien sûr, elle en a profité pour augmenter les délais de garde à vue « s’il existe un risque sérieux de l’imminence d’une action terroriste en France ou à l’étranger ». C’est-à-dire presque tout le temps.

La « Stratégie » laisse des questions en suspens : dans le volet « Poursuite », par exemple, on lit « Il convient également de les priver (les terroristes) des possibilités qu’offre Internet de communiquer et de diffuser des connaissances techniques liées au terrorisme ». Là, il ne peut s’agir que des contenus des communications qui pour le moment n’est pas concerné. Sans doute en sera-t-il question lors d’une prochaine alerte.

Où est passée l’opposition ?

Le secret qui entoure les délibérations lors des Conseils et des Sommets de L’Union Européenne est jalousement gardé par toutes les tendances confondues, et bien sûr, par la presse. La loi votée par le Parlement Européen le 14 décembre sur la conservation des données a fait l’objet d’un consensus entre les deux grandes coalitions. Peu importe le caractère particulièrement dangereux de la « Stratégie » adoptée par le Conseil, les partis socialistes européens n’en tiendront pas compte, et n’alerteront pas leurs électeurs.

En France, sur la loi Sarkozy, le PS s’est abstenu au Parlement, a voté contre au Sénat, en contradiction totale avec la position qu’il a adoptée dans les instances européennes. Et bien sûr sans établir de lien entre la loi française et le cadre européen qu’il avait pourtant accepté. Cette confusion entretenue ne peut que souligner encore plus le caractère antidémocratique d’instances supranationales qui obéissent à des logiques de guerre qui ont pourtant été repoussées avec force par les citoyens, en France et ailleurs, et auxquelles nous avons, nous, heureusement échappé. Est-ce pour en accepter aujourd’hui les conséquences désastreuses pour notre sécurité et pour notre démocratie ?

Les mises en scène spectaculaires de Nicolas Sarkozy, qui au besoin crée les situations qui lui permettront ensuite de justifier des mesures d’urgence, sont toujours médiatisées, et c’est bien là le rôle que le ministère de l’Intérieur assigne aux medias : assurer ses campagnes de communication. Mais en n’établissant pas de relation entre les logiques internationales répressives, ici en l’occurrence celle de l’Union Européenne dictées par la Grande Bretagne, nos medias nous privent volontairement d’un éclairage précieux sur les gesticulations d’un ministre de l’Intérieur avide de faire de la France un Etat Policier. Et sur des mesures d’exception qui sont en passe de devenir pérennes et d’être généralisées à tous les aspects de la vie politique si on lit correctement la « Stratégie de l’Union Européenne visant à lutter contre le terrorisme ».

Marie-Jo Cloiseau

http://www.info-impartiale.net/article.php3?id_article=203
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