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 La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a

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FleurOccitane
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MessageSujet: La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a   La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a EmptyMar 16 Aoû à 19:45

Citation :

La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne actuelle

Lijih, le 16 août 2005

« Les relations entre la France et l'Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales ». Ces paroles, prononcées par l'ancien président algérien Houari Boumediene en 1974, résument en peu de mots le caractère particulier des relations franco-algériennes depuis l'indépendance.

C'est que ces deux pays entretiennent des liens étroits : de par leurs relations politiques, économiques et humaines, certes, mais surtout de par leur histoire commune. Le premier contact entre ces deux peuples a été établi sur le mode de la domination : en 1830 ont débarqué sur le territoire algérien les forces françaises, qui n'ont pu véritablement coloniser le pays qu'après dix-sept années de lutte contre la résistance organisée par l'émir Abd el-Kader.

La résistance algérienne se fera d'abord, et pendant longtemps, sous la forme de périodes de révolte continues, chacune d'elles trouvant comme seule réponse la répression par l'armée française. Après qu'aux révoltes furent substituées des revendications pacifiques, aucun véritable compromis ne sera cependant trouvé à l'époque ; et, si l'indépendance fut finalement accordée à l'Algérie, ce fut au prix de huit années de guerre qui se sont finies dans un bain de sang.


Depuis quelques années a émergé de nouveau en France un débat éteint depuis les années 1980 : qu'en a-t-il été de la responsabilité française durant la guerre d'Algérie ? Devons-nous nous sentir coupables d'avoir occupé ce pays et d'avoir combattu pour le garder français ?


Et qu'en est-il des relations franco-algériennes depuis 1962 ? Tantôt houleuses, tantôt relativement apaisées, celles-ci restent passionnées. Le poids du passé resurgit dans le présent, impossible à oublier. Le terrorisme, les tortures, les massacres,… tout cela constitue une partie de notre patrimoine commun. Un passé qui semble se répéter aujourd'hui en Algérie. Celle-ci traverse depuis une dizaine d'années une crise pénible, voire une seconde guerre civile, qui interroge : est-ce une résurgence du passé ? Est-il osé de se demander si la France y a une part de responsabilité de par sa politique actuelle ?


Ce sont donc deux questions qui seront abordées : la responsabilité de la France de par son passé colonial (I), et sa responsabilité de par sa position vis-à-vis du pouvoir algérien actuel (II) ; il s'agira également de savoir dans quelle mesure la France doit reconnaître sa part de responsabilité dans le drame algérien actuel (III).



I. Le passé colonial algérien, un des responsables du drame algérien actuel


L'engrenage de la violence en Algérie ne peut être ignoré par la France, du fait de leur histoire commune. En outre, son histoire présente ne peut être détachée de son passé, et par là des relations franco-algériennes de l'époque. Sur ce point, nous portons une certaine responsabilité à l'égard de l'Algérie du fait de l'attitude coloniale adoptée alors. Il existe en effet des liens entre la crise actuelle et une partie de l'héritage colonial.

A) L'armée, pièce maîtresse de l'organisation du pays

A l'été 1962, après que l'indépendance de l'Algérie ait été officiellement reconnue par le gouvernement français, les structures coloniales s'étant effondrées, tout est à reconstruire. Arrive alors à Alger le GPRA ( Gouvernement provisoire de la République Algérienne ) formé à Tunis en 1958 par le FLN ( Front de Libération Nationale, mouvement nationaliste algérien créé en 1954 en réaction au refus du colonialisme français de résoudre le problème algérien par des moyens pacifiques ).

Mais déjà s'annoncent des luttes pour le pouvoir : Ahmed Ben Bella, ancien dirigeant du PPA-MTLD créé en 1945, constitue le « Bureau politique » le 22 juillet 1962, ce qui s'annonce comme un coup de force institutionnel contre le GPRA. Devant un parti qui s'affirme avant tout par sa force militaire, et après des affrontements sanglants, un compromis finit par être trouvé entre les différentes forces en faction le 5 septembre, et Alger est placée sous le contrôle du Bureau politique. Mais le colonel Boumediene impose l'entrée de ses bataillons dans la capitale le 9 septembre. Ce qui « donne les mains libres au Bureau politique pour achever son entreprise d'appropriation du pouvoir et d'élimination des contrepoids potentiels » [1]. La même année, Ahmed Ben Bella est nommé chef du gouvernement, et cinq militaires, dont le colonel Boumediene, y ont un poste clef. L'armée est donc au centre du pouvoir. Quant au FLN, c'est le seul parti politique qui soit toléré, selon la loi d'août 1963, et qui trouve sa légitimité dans l'histoire de la guerre d'indépendance.


Les années qui suivront consacreront la place centrale de l'armée au pouvoir : en 1965, le gouvernement de Ben Bella sera renversé par un coup d'Etat organisé par Boumediene, qui s'appuiera surtout sur l'armée pour gouverner. A sa mort, en 1978, Chadli Bendjedid, ancien sous-officier de l'armée française pendant la seconde guerre mondiale et ayant rallié l'ALN ( branche armée du FLN ) en 1955, est choisi par l'armée pour lui succéder. Ecarté du pouvoir par l'armée en janvier 1992, il est remplacé par Mohamed Boudiaf, un des chefs historiques du FLN. Assassiné en juin 1992, il est remplacé par Ali Kafi, membre du FLN, jusqu'en 1994. Cette année-là, le chef d'Etat-major de l'armée confie la présidence de l'Etat au général Liamine Zeroual, qui restera au pouvoir jusqu'en 1999. Abdelaziz Bouteflika est le président actuel de l'Algérie. « Ce n'est pas grâce aux élections (…) qu'évoluera l'Algérie, mais seulement si l'armée le décide. Ainsi, l'autonomie du chef de l'Etat à l'égard de ceux qui l'entourent , notamment de la hiérarchie militaire, se révèle très réduite » [2].


Comment s'étonner de cette situation pour un pays qui n'a connu que l'usage de la violence pendant 130 années devant tout mouvement d'expression, de demande d'indépendance ou d'autonomie ? « Il n'existe pas en Algérie de tradition historique démocratique : la régence turque, la période française, les trente années d'indépendance n'ont produit que des régimes d'autorité » [3]. Et le fait que c'est par le recours à l'armée qu'a été gagnée l'indépendance de l'Algérie sert d'argument de légitimation du pouvoir ( militaire ) en place. Ainsi, la presse exalte les exploits des combattants morts pour l'Algérie. De plus, depuis 1992, le pays a instauré l'état d'urgence devant la montée du terrorisme sur son territoire. Au nom de la répression menée à grande échelle pour démanteler le mouvement islamiste, les droits des citoyens sont en permanence violés et la presse est muselée. De 1992 à 1998, les forces de l'ordre algériennes et leurs complices ont fait « disparaître » plus de 7 000 personnes, selon la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l'homme (CNCPPDH). Si, depuis 1999, les forces de l'ordre algériennes n'ont eu que très rarement recours à cette pratique, presque aucun cas de « disparition » n'a été résolu. L'Algérie vit donc dans une violence physique et psychologique permanente.

B) Un pays endetté

En 1962, l'Algérie est en situation de précarité évidente : son économie est ruinée. Plusieurs facteurs y sont à l'origine : la politique de la terre brûlée pratiquée par l'Organisation Armée Secrète de janvier à juin 1962 ( OAS, mouvement clandestin français contre l'indépendance de l'Algérie ) ; l'insuffisance du secteur industriel, organisé, pendant la colonisation, au seul profit des Européens, et de telle manière qu'il ne puisse concurrencer la production de la métropole ; la perte de capital humain, résultant de la mort de centaines de milliers d'Algériens et du départ des neuf dixièmes de la population européenne à compter de l'indépendance, population qui assurait jusqu'alors plus de la moitié des ressources fiscales du pays ; et un niveau de scolarité très bas : seulement 10% d'enfants d'âge scolaire vont à l'école.

Le traitement discriminatoire entre colons et colonisés n'est pas étranger à ce dernier facteur. Il résulte du décret Crémieux promulgué le 24 octobre 1870, qui a consacré en Algérie la rupture entre colonisateurs (juifs indigènes et immigrants de tous les pays d'Europe occidentale) et colonisés (musulmans). Ces derniers étaient considérés comme étant de race inférieure et étaient victimes de nombre d'humiliations de la part des colons. S'ils disposaient du droit de demander la citoyenneté française, ceux qui s'y refusaient étaient soumis à partir de 1881 au régime de l'indigénat, avec l'obligation d'un permis de circulation. Cette différence de statut explique que peu d'Algériens aient eu accès à l'école, avant tout réservée aux Européens. Cette carence éducative a d'autant plus freiné l'essor économique du pays. Quelle est la situation actuelle de l'Algérie ? D'abord en grand déficit budgétaire au lendemain de la première guerre d'Algérie ( 1954 - 1962 ), l'Algérie connaît aujourd'hui une situation macroéconomique et financière favorable. Grâce à une politique d'endettement prudente, le poids de la dette extérieure en proportion du PIB est en diminution (35 % en 2003 contre 58,9 % en 1999). Mais le pays subit la montée du chômage (estimé aujourd'hui à 25 % et près de 50 % chez les jeunes), ce qui aggrave la situation de pauvreté et accroît considérablement l'écart entre riches et pauvres. Alors que l'Algérie souffre déjà depuis une dizaine d'années d'une seconde guerre civile qui a fait près de 150 000 morts, ce facteur « pourrait favoriser la résurgence de la violence terroriste » [4].

C) La question des harkis

La reconnaissance du drame des harkis, sujet encore tabou il y a quelques années, commence à être faite, mais encore très - trop - ''timidement''. Les harkis sont des militaires ayant servi comme supplétifs dans l'armée française en Algérie, de 1954 à 1962. Ce sont ceux qui sont restés fidèles à la France, qui ont combattu à ses côtés au lieu de se joindre au mouvement indépendantiste de l'époque. Ils sont des citoyens français. Les accords d'Evian signés en mars 1962 prévoyaient expressément la protection des ressortissants français en Algérie. Mais, dans le mois qui a suivi l'accès de l'Algérie à l'indépendance, de nouveaux affrontements se sont produits, causant la mort de milliers de harkis et de musulmans pro français, ainsi que l'enlèvement d'Européens. Devant ce drame, les autorités militaires avaient cependant reçu de Paris l'ordre de ne pas intervenir. « C'est en désobéissant aux ordres du pouvoir politique qu'un certain nombre d'officiers, qui ne pouvaient pas accepter de renier leur parole, sauvèrent certains d'entre eux et les rapatrièrent en France. Ils y furent mal accueillis, pour parler en termes neutres » [5].

En effet, « si les rapatriés sont intégrés, économiquement et socialement sinon psychologiquement, il n'en est pas de même des harkis, ces supplétifs ''coupables'' d'avoir ''choisi'' la France, moisissant aux marches de la société française et dont les fils rejoignent dans une même frustration et une identique révolte les émigrés de la ''seconde génération'', ballottés, eux aussi, entre deux cultures et rejetés des deux côtés de la Méditerranée » [6] : du côté français, la majorité des familles avaient été installées dans des camps ; du côté algérien, le FLN avait attribué aux harkis le rôle de collaborateurs au colonialisme français.

Aujourd'hui, les harkis réclament la reconnaissance de la responsabilité de la France dans leur abandon et dans les entraves au rapatriement, et, pour les rescapés, les conditions d'accueil indignes. Pour le moment, cette reconnaissance leur est refusée.


Après l'indépendance de l'Algérie, les relations franco-algériennes se sont maintenues. Quelle a été l'attitude adoptée par la France face au gouvernement algérien ? A-t-elle une part de responsabilité dans la seconde guerre civile qui sévit en Algérie depuis 1992 ?

[...]

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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a   La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a EmptyMar 16 Aoû à 19:47

(suite)

Citation :

II. La démocratie, un obstacle aux intérêts franco-algériens


Depuis 1962, la France soutient l'Algérie de multiples façons : financières, politiques, … L'on pourrait s'en réjouir, devant la crise que traverse ce pays, si ce soutien profitait à la population algérienne et à l'instauration d'une véritable démocratie, ce dont souffre cruellement le pays. Or, il n'en est rien. Tout d'abord à cause de la peur « irrationnelle » de l'islamisme qui se manifeste notamment en France, et ensuite parce que beaucoup d'intérêts, principalement financiers, sont en jeu.

A ) La peur « irrationnelle » de l'islamisme


Comment oublier ce qu'il en fut de ce premier pas vers la démocratie en Algérie, avec le premier scrutin libre organisé depuis l'indépendance, le 12 juin 1990 ? Le FIS ( Front Islamique du Salut ) remporte les élections municipales. Et, le 26 décembre 1991, il obtient la majorité des sièges au premier tour des élections législatives, devant le FLN.


Parti d'opposition au pouvoir en place dominé par la prépondérance du FLN, il devient une menace. Or, s'il est vrai que ce parti avançait des idées pour le moins peu démocratiques ( retour des femmes au foyer, mise en place de l'impôt religieux, … ), « ses militants ( n'avaient ) en commun, au fond, que leur hostilité envers le régime FLN » [7]. En effet, le parti exprime à l'époque « l'espoir des pauvres et des déshérités. Ceux-ci trouvent en lui (…) une revanche sur l'Etat dont ils se sentent abandonnés (…). » Autrement dit, il n'avait pas de projet défini.


C'est ce qui permet à Addi Lahouari de dire que l'annulation des élections législatives par les forces armées, le 12 janvier 1992, est « plus qu'un coup d'Etat, une erreur politique, qui redonne soudain une crédibilité au discours du FIS (…). L'annulation des élections et la répression qui suit ( dissolution du FIS en 1992 ) présenteront le FIS comme un martyr de la démocratie et du suffrage universel, ce qui est un comble ».

Et la position de la France par rapport à cette annulation, quelle est-elle ? Sa « crainte irrationnelle des islamistes » [8] la décide à apporter son soutien au pouvoir en place afin de lutter contre la montée de l'islamisme algérien. En effet, elle considère l'armée comme le dernier rempart contre l'islamisme. « D'où le bon accueil fait en France à la ''démission'' du président Chadli ( le 11 janvier 1992, car soupçonné par l'armée de vouloir « cohabiter » avec les islamistes ), et, surtout, à l'interruption du processus électoral ». Cette annulation ne fut cependant pas une surprise pour la France, « le président socialiste ( François Mitterrand ) (ayant) apporté sa caution au plan des généraux » début janvier. « Seuls V. Giscard d'Estaing, et, hélas, J.-M. Le Pen ont clairement désavoué le coup d'Etat du 11 janvier 1992 »…


Cette peur de l'islamisme s'est notamment, et tragiquement, manifestée lors d'une affaire qui n'a pu passer inaperçue : l'affaire de Folembray de 1994. Une vingtaine d'Algériens sont embastillés durant un mois dans une caserne désaffectée, sur ordre de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur. Suite à l'assassinat de cinq français à Alger en août 1994, des contrôles d'identité avaient été menés en France dans les quartiers dit sensibles et les Algériens arrêtés accusés d'être les « complices de terroristes » algériens. « Entourés de barbelés, les ''intégristes'' deviennent une attraction régionale » [9]. Mais l'embastillement est illégal et menacé d'une censure judiciaire. Charles Pasqua fait alors expulser 20 algériens au Burkina Faso, et les six autres sont dispersés dans plusieurs départements. Bien que la culpabilité de ces Algériens n'ait jamais été établie, l'affaire tombera finalement dans l'oubli.

B) Et la réalité des énormes intérêts financiers en jeu

Il existe un certain malaise dans les relations franco-algériennes du fait de la multiplication des attentats dirigés contre la France depuis septembre 1993, d'abord sur le territoire algérien, puis sur le territoire français. Malgré cela, la France apporte un soutien principalement financier au pouvoir algérien en place. Sa motivation première, et la plus évidente, est la présence en Algérie de fortes réserves en hydrocarbures, en gaz et en pétrole. Depuis l'indépendance, la France, du fait de l'étroitesse des liens entre les dirigeants français et algériens, conserve sa place de premiers fournisseurs de
l'Algérie.

Cette situation profite également aux généraux au pouvoir, par le biais des « commissions » prélevées par eux sur les échanges commerciaux avec l'étranger. « Depuis les années quatre-vint, la poignée de généraux qui contrôlent le pouvoir a fait passer à une échelle industrielle le « système des commissions » consistant à prélever à leur profit (…) 10 % à 15 % de ces flux d'exportation et d'importation » [10]. « Par ce biais, on estime qu'un milliard et demi à deux milliards de dollars fuient le pays chaque année » [11].

Il est regrettable que « l'oligarchie politico-militaire qui détient la réalité du pouvoir depuis 1965 reste avant tout soucieuse de préserver ses privilèges et n'est que fort superficiellement attachée à la démocratie. (…) Dépourvue de projet autre que répressif pour assurer sa propre survie, elle risque d'entraîner irrésistiblement l'Algérie dans la mortelle spirale de la guerre civile » [12]. Cette crainte, exprimée en juillet 1992, s'est avérée justifiée : c'est à compter d'août 1992 qu'on a pu constater en Algérie la montée de la violence, qui subsiste encore aujourd'hui, et constitue le lot quotidien des villageois, quotidien ponctué d'exécutions, d'enlèvements, d'attentats et de rafles.


Or, ce système de corruption « ne pourrait fonctionner sans complicités en France, premier partenaire commercial de l'Algérie. (…) Comme l'a montré l' « affaire Elf » à propos de la Françafrique, il n'est pas concevable que ce système de corruption franco-algérien, fondé sur les commissions, puisse fonctionner depuis plus de vingt ans sans que des « rétrocommissions » venues d'Algérie alimentent les corrupteurs français et les caisses des partis politiques, ainsi encouragés à fermer les yeux. » [10]


L'assassinat de Mohamed Boudiaf, président algérien en 1992, n'est sans doute pas étranger à cette corruption partagée par les pouvoirs algérien et français. D'abord encouragé par le FLN à prendre la succession de Chadli Bendjedid, Boudiaf est ensuite rapidement devenu gênant pour le pouvoir en place. En effet, il avait engagé la lutte pour la reconstruction économique du pays, et surtout celle contre la corruption. Il s'était non seulement heurté à ceux qui l'avaient porté au pouvoir, mais aussi au manque d'empressement de François Mitterrand à l'aider dans sa tâche. Cette enquête, menée avec le gouvernement français, a d'ailleurs été interrompue peu après sur décision de Charles Pasqua, en mars 1993.


Le soutien politique et financier de la France apparaît donc gênant sur deux points : d'une part, il est manifeste que le pouvoir algérien ne cherche pas à mettre en place un système démocratique, non seulement parce qu'il refuse de négocier avec les islamistes en faveur de la paix, malgré les demandes répétées de négocier émises par l'ex-FIS et les partis d'opposition favorables au dialogue avec les islamistes ( FFS, Ligue algérienne pour la défenses des droits de l'Homme, Mouvement pour la démocratie en Algérie de Ben Bella ) ; mais aussi parce que de sérieux doutes sont émis quant à la légalité du déroulement des opérations électorales survenues après le coup d'Etat de 1992.


D'autre part, « là où existe ( également ) une responsabilité française particulière, c'est dans le fait que la plupart des grands pays industrialisés : les Etats-Unis, le Japon, les pays de l'Union européenne, se réfèrent à la position française pour définir la leur, particulièrement dans le domaine financier et économique » (3). C'est ainsi que l'Algérie est encore considérée, après bientôt 43 ans d'accès à l'indépendance, comme une « affaire intérieure française », ce qui n'a pas permis de mettre à jour le réseau de corruption qui gangrène le pays.


Il est donc incontestable que la France porte une lourde responsabilité envers l'Algérie non seulement du fait de leur passé colonial, mais aussi du fait de la politique qu'ont adoptée ses gouvernements successifs depuis l'indépendance. La reconnaissance de cette responsabilité s'avère maintenant nécessaire pour parvenir à une réconciliation entre les peuples français et algériens.


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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a   La responsabilité de la France dans la tragédie algérienne a EmptyMar 16 Aoû à 19:48

(suite)

Citation :

III. Pour la reconnaissance de la responsabilité française, préalable nécessaire à la réconciliation


La question de la reconnaissance de la responsabilité de la France dans le drame algérien actuel est un autre problème, en plus de celui du rétablissement de la vérité. A cela s'ajoute une autre question : faut-il aussi condamner les hommes à l'origine de la situation actuelle ?

A) La question du devoir de mémoire

Des deux côtés de la Méditerranée, la vérité est tue. En Algérie, elle est incontestablement falsifiée, aux fins de servir le pouvoir en place ; en France, elle est cachée, comme un lourd fardeau de honte. Dans les livres d'histoire, rien n'est dit sur la torture, par exemple. Et pourtant, cette partie de l'histoire ne doit pas être occultée. En effet, si l'oubli apparaît parfois nécessaire pour que « la vie continue », afin d'aider « l'homme de la maladie historique » à supporter le fardeau mémoriel [13], il peut aussi être abusif, privant ainsi la mémoire privée et collective de la « salutaire crise d'identité permettant la réappropriation lucide du passé et de sa charge traumatique » ( Paul Ricœur ). Aucun déni de justice ne peut être toléré, l'horreur du passé doit être rappelé afin qu'il ne se répète pas impunément, et c'est à ce titre que le débat sur l'emploi de la torture, éteint depuis les années 1980, a été relancé par le témoignage d'une militante indépendantiste torturée en 1957 à Alger, témoignage publié le 20 juin 2000 dans le quotidien Le Monde. Ce témoignage a été suivi, le 31 octobre 2000, par un appel à la condamnation de la torture, signé par douze intellectuels, anciens militants de la cause algérienne. Dans le même temps, suite à l'apologie des pratiques de torture par le général Paul Aussaresses en novembre 2000, le général Jacques Massu, qui avait laissé institutionnaliser la torture en 1957, se déclarait lui aussi favorable à une condamnation officielle de la torture : « Si la France reconnaissait et condamnait ces pratiques, je prendrais cela comme une avancée ».

Il apparaît nécessaire que les choses avancent. Certes, on a pu constater pendant longtemps un certain immobilisme dans la politique de la France concernant la reconnaissance de sa responsabilité dans la guerre d'Algérie : alors qu'en 1997, Lionel Jospin, à l'époque Premier ministre, avait annoncé vouloir « aborder sans complexe cette page sombre de l'histoire de France, des considérations politiques, voire politiciennes, semblent l'avoir amené à reculer. Il a choisi de s'en remettre aux « historiens », en promettant des facilités ( déjà accordées ) dans l'accès aux archives répertoriées » [8]. Pour certains [10], ce revirement de position s'expliquerait par la menace de violences terroristes émanant de discrets émissaires de la Sécurité Militaire algérienne dans le cas où le gouvernement français « s'exprimait plus nettement » sur l'histoire de la guerre d'Algérie. Et le gouvernement aurait cédé au chantage. Ce chantage au terrorisme expliquerait également pourquoi, la même année, il aurait « déclenché une opération diplomatique d'envergure, en particulier au sein de l'ONU, pour contrer la revendication d'une commission d'enquête internationale » qui aurait pu faire connaître les véritables commanditaires des massacres en Algérie. Ce rôle contestable joué par la France a eu pour effet de décourager toute velléité de l'Union européenne d'interpeller fermement le pouvoir algérien sur les Droits de l'Homme.

Mais, un an après le vote historique des députés, le 10 juin 1999, le travail de mémoire s'est accéléré, « permettant de qualifier de ''guerre'' des évènements qui, officiellement, n'avaient consisté qu'en des opérations de ''maintien de l'ordre''. Depuis lors, l'accumulation de confessions reflète un mouvement inédit de retour sur ''un passé qui ne passe pas'', rappelant la résurgence de la mémoire de l'occupation nazie à partir des années 70 » [14]. Cependant, la loi de 1979 sur la consultation des archives constitue un obstacle légal important. Le travail des historiens s'en trouve dès lors grandement limité : des pans entiers de l'histoire contemporaine de la France restent dans l'oubli. Or, l'enjeu de ce travail est de taille : « l'établissement de la vérité est nécessaire( entre autres ) pour lutter contre l'un des obstacles à la socialisation des jeunes issus de l'immigration : leur exclusion de l'histoire nationale. » [15]. Du fait de la loi de 1979, les archives de la guerre d'Algérie risquent de demeurer interdites d'accès au moins jusqu'à l'horizon 2020 ou plus, au nom de la préservation des secrets intéressant la défense nationale ou la protection des individus.

B) Faut-il aussi condamner les hommes ?

Les délits et crimes liés à la guerre d'Algérie ont été amnistiés pour l'essentiel dès la signature des accords d'Evian, amnistie motivée par la volonté de terminer psychologiquement une guerre. Or, non seulement l'amnistie rend le pardon inutile, car l'événement est présenté comme ne s'étant jamais produit ; mais, « un tortionnaire aurait la possibilité de faire condamner en diffamation sa victime si elle l'accusait ! » [15]. L'amnistie conduit donc à une situation absurde, où la souffrance des victimes est niée et les bourreaux protégés. Sur ce point, on peut relever une remarque intéressante de Simone Veil tenue durant le procès de Maurice Papon : elle s'était étonnée de l'acceptation des amnisties et de la prescription concernant l'Algérie par ceux-là même qui, à propos de la seconde guerre mondiale, militent contre l'impunité, par devoir de mémoire et à des fins de judiciarisation [16].


Pourtant, s'il est certain qu'il faut condamner les crimes commis pendant la guerre d'Algérie, faut-il aussi condamner les hommes ? Selon Germaine Tillon, ethnologue et résistante, il faut « condamner la torture, mais pas les hommes (qui ) étaient pris dans des situations dramatiques ». Certes, cet argument est défendable, notamment lorsque le ''bourreau'' exprime des remords sur ses actes passés. Mais, comment réagir lorsque ce dernier fait l'apologie de la torture ? Ainsi, le général Paul Aussaresses, coordinateur des services de renseignements de l'armée à Alger en 1957 auprès du général Massu, avait-il revendiqué, « sans remords les tortures, les exécutions sommaires de
suspects parfois maquillées en suicides, les massacres de civils, auxquels il a participé ou qu'il a ordonnés. "Tout ce que j'ai fait était conforme à la déontologie de tout militaire dans les conditions
de guerre (…) Un procès ne me fait pas peur. Je redirais exactement ce que […] j'ai écrit dans mon livre [17]" » [18].


Or, peut-on juger les tortionnaires de la guerre d'Algérie ? L'on peut dénombrer trois obstacles au déclenchement des poursuites judiciaires : le premier, vu précédemment, est celui de la loi du 31 juillet 1968 portant amnistie de l'ensemble des crimes commis pendant la guerre d'Algérie. S'il est permis aux victimes de demander une réparation au civil, ce n'est donc pas le cas au pénal. Cependant, selon l'avocat William Bourdon, cette loi est contraire aux principes du droit international, car l'amnistie ne peut être accordée aux auteurs de violation des droits de l'homme les plus graves tant que les victimes n'ont pas obtenu justice par une voie de recours efficace. Cette voie risque d'être contraignante pour les victimes, qui demande beaucoup de courage et d'années de patience avec la justice pour obtenir réparation.


Vient ensuite la possible qualification juridique de crimes de guerre. Or, la prescription pour agir est de dix années après les faits reprochés. Dans le cas présent, il est trop tard.


Quant à qualifier les crimes commis pendant la guerre d'Algérie de crimes contre l'humanité, le nouveau code pénal datant de 1994, il existe alors un vide juridique concernant ceux commis avant 1994.


Dans tous les cas, on ne peut pas laisser de l'eau couler sous les ponts, comme l'avait vraisemblablement suggéré le chef de l'Etat le 14 décembre 2000 sur TF1, en parlant de « prendre son temps et laisser l'histoire faire son travail » en réponse à l'appel des douze intellectuels.


« Des deux côtés de la Méditerranée, la mémoire française et la mémoire algérienne resteront hantées par les horreurs qui ont marqué la guerre d'Algérie tant que la vérité n'aura pas été dite et reconnue. Ce travail de mémoire appartient à chacun des deux peuples et aux communautés (…) qui ont cruellement souffert de cette tragédie » ( appel des 12 à la condamnation de la torture du 31 octobre 2000 ).

Il n'y a pas de réconciliation sans mémoire. Et, comme en France, un travail de mémoire doit aussi être effectué en Algérie, afin de corriger une mémoire falsifiée par des décennies de censure imposée par le pouvoir. Une évolution en ce sens se fait jour : l'Etat perd progressivement le monopole d'écriture de l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne. Sont ainsi portés à la connaissance du public algérien des récits d'atrocité, comme le massacre à Melouza de nombreux musulmans par le FLN en mai 1957. Reviennent également dans l'espace public des personnages comme Ferhat Abbas, Messali Hadj ou Mohamed Boudiaf après avoir été occultés de l'histoire officielle au lendemain de l'indépendance. Ces réappropriations de mémoire permettront de sortir de la dénégation et de répondre, enfin, au désir légitime de construction d'identité personnelle des Algériens comme des Français.


Sources de l'article

[1] Benjamin Stora, Histoire de l'Algérie depuis l'indépendance, Collection Repères, 1994

[2] Lucile Provost, ''Poursuite de la violence, impasses politiques : Paris et Alger entre brouilles et complicités'', Le Monde Diplomatique, septembre 1996

[3] Entretien avec Jean Audibert, ambassadeur de France en Algérie de 1989 à 1992, ''France - Algérie : une relation particulière ?'', Confluences Méditerranée Eté 1994

[4] Lyes Si Zoubir, '' Difficile transition pour une Algérie meurtrie '', Le Monde Diplomatique, mars 2004

[5] Dominique Schnapper, ''Justice pour les harkis'', Le Monde, 4 novembre 1999

[6] Daniel Junqua, ''Des rapports complexes avec la France'', Le Monde Diplomatique, novembre 1982

[7] Addi Lahouari, ''Le sabre et la piété - Algérie : le dérapage'', Le Monde Diplomatique, février 1992

[8] Hamid Lamine, Colloque d'AIRCRIGE, La Sorbonne, juin 2001

[9] Thomas Deltombe, ''Il y a dix ans, l'affaire de Folembray - Quand l'islamisme devient spectacle'', Le Monde Diplomatique, août 2004

[10] François Gèze, '' Françalgérie : sang, intox et corruption'', revue Mouvements, mai 2002

[11] Smaïl Goumeziane, ''Economie algérienne : enjeux et perspectives'', intervention au séminaire du CIPA à Paris le 27 avril 2000

[12] Ramonet Ignacio, ''Violence politique, désastre économique - L'Algérie à la dérive'', Le Monde Diplomatique, juillet 1992

[13] Nietzsche, Deuxième considération intempestive, 1874

[14] Philippe Bernard, Le Monde, 22 juin 2000

[15] Claude Liauzu, ''Les archives bâillonnées de la guerre d'Algérie", Le Monde Diplomatique, février 1999

[16] Intervention de Simone Veil à l'émission Polémiques sur France 2 le 9 novembre 1997

[17] Paul Aussaresses, ''Services spéciaux, Algérie 1955 - 1957'', mai 2001

[18] Le Monde, 3 mai 2001


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