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 Comprendre le génocide rwandais

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FleurOccitane
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MessageSujet: Comprendre le génocide rwandais   Comprendre le génocide rwandais EmptyMar 16 Aoû à 19:38

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Comprendre le génocide rwandais

Lijih, le 16 août 2005

Le Rwanda est l'un des plus petits Etats d'Afrique, mais aussi le plus densément peuplé. Situé à l'Est du continent, il a pour Etats voisins le Congo, l'Ouganda, la Tanzanie et le Burundi, auquel il a été administrativement uni pendant la période coloniale. Le génocide qui a marqué le Rwanda est le quatrième génocide du 20e siècle, après celui des arméniens, des juifs et des cambodgiens.


Le génocide est le plus grave des crimes contre l'humanité. L'article II de la Convention sur la prévention et répression du crime de génocide du 9 décembre 1948 définit le génocide comme "l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe ; b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) Mesures visant à entraver des naissances au sein du groupe ; e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. " Il ressort de cette disposition trois éléments constitutifs du génocide qu'on peut schématiser ainsi : 1) un acte criminel ; 2) " dans l'intention ... de détruire tout ou partie " ; 3) un groupe donné et visé " comme tel ".

Le génocide rwandais a consisté en l'élimination progressive des membres du groupe ethnique des Tutsi, avec l'intention de détruire ce groupe totalement. Il a débuté le 7 avril 1994 et a duré une centaine de jours, causant 1 174 000 morts ( soit 13% de la population de l'époque ). Malgré l'ampleur des massacres, l'histoire du Rwanda est largement méconnue. Sans doute est-ce du à sa complexité et à l'incompréhension des enjeux qui se rattachent à cet événement. L'objet de cet article sera donc de comprendre le génocide rwandais, ses causes directes et indirectes, pour ne plus penser qu'il s'agirait d'un massacre tribal de plus. En outre, nous tenterons de comprendre pourquoi, cinquante ans après que l'humanité ait juré « plus jamais ça », suite au génocide juif, un tel massacre a pu avoir lieu malgré tout.

Dans ces buts, nous verrons tout d'abord que le génocide rwandais a été le résultat d'une entreprise humaine, réalisée par une élite politique qui a instrumentalisé cette ethnicité, imaginée par le colonisateur ( I ) ; puis que cette entreprise a bénéficié d'une apathie généralisée de la communauté internationale, ce qui a empêché toute intervention efficace ( II ) ; enfin, nous verrons qu'il faut rétablir la justice, afin que les plaies de 1994 puissent se refermer et que cesse le désir de vengeance ( III ).

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I/ Une division ethnique imaginée et manipulée

L'histoire du peuple rwandais a été falsifiée : l'introduction de la carte mentionnant l'identité ethnique des groupes sociaux a bouleversé son organisation, et divisé la population en groupes ethniques ( A ). Cette division a été reprise par les conflits politiques, qui ont manipulé l'ethnicité ( B ).

A) L'origine coloniale des divisions ethniques rwandaises

Avant la colonisation, le Rwanda avait une population homogène, parlant la même langue, ayant la même culture et le même territoire, et pratiquant la même religion. On ne pouvait donc pas dire qu'existaient des groupes ethniques, bien que les rwandais se reconnaissent Hutu, Tutsi, ou plus rarement Twa. Cette appellation n'était pas fondamentale dans l'identité sociale du rwandais, d'autant que cette catégorisation identitaire était mouvante : un Hutu pouvait devenir Tusti, un Tutsi Hutu, cette identité variant en fonction des interlocuteurs de la région. En outre, existait une opposition, approximative, entre les Tutsi du Sud du Rwanda, qui reconnaissaient la souveraineté du mwami ( ''roi'' ) Munsinga, et servis par des Hutu et des Twa ; et les Tutsi, Hutu et Twa du Nord du pays, qui la refusaient et vivaient généralement de manière pacifique.

« Avec la colonisation, on passe d'une identité sociale à une identité ethnique, découlant d'une transposition d'un schéma de pensée étranger par le pouvoir colonial » (1) : partant du mythe français d'une origine franque de la noblesse française, s'est répandu au Rwanda celui, dans la moitié du 19e siècle, d'une ancienne migration de Blancs en Afrique noire. « Les Tutsi ayant majoritairement la peau claire, ce devaient être des « nègres blancs » appartenant à une race supérieure ». Le pays, qui jusqu'alors n'avait connu aucune homogénéité de pouvoir, se retrouva sous celui du roi Musinga, considéré par les colons comme roi du Rwanda, au mépris de l'existence de royaumes hutu au sein du pays. D'abord colonisé par l'autorité allemande à la fin du 19e siècle, le territoire sous mandat de la Société des Nations ( l'ancêtre de l'ONU ) fut confié à la Belgique en 1919. Cette dernière reprit le même schéma de distinction des groupes sur la base de ce dualisme identitaire Hutu / Tutsi, et le renforça dans les années 1930 en généralisant le livret d'identité mentionnant l'ethnie d'appartenance. Cette distinction raciale, propagée par les colonisateurs, s'ancra profondément dans la société rwandaise, de telle sorte qu'elle créa « un refus d'égalité entre deux ''peuples'' qui se considéraient ( … ) comme différents ». La Belgique s'appuya, comme l'Allemagne, sur les chefs Tutsi du Sud, ''réputés'' pour leur sens du commandement. Les Tutsi devinrent peu à peu les relais du système colonial, et c'est ainsi que, « dans la mémoire collective des paysans hutu, les corvées, les exactions qui pesaient jadis sur leurs pères ne sont pas imputables aux Européens, peu nombreux, peu visibles, mais aux nobles tutsi » (2). Dans le même temps, l'Eglise catholique, à laquelle la Belgique avait octroyé la mission de convertir le peuple rwandais au christianisme, s'occupait de la formation des élites, pour la plupart Tutsi. Mais, lorsque ces derniers commencèrent à réclamer l'indépendance du Rwanda, l'Eglise leur retira son soutien et le donna aux Hutu, sur la base d'une majorité démographique, ces derniers représentant environ 90% de la population rwandaise. Ce soutien participa à la montée au pouvoir des Hutu. Les choses commencèrent à s'envenimer dès 1959 : suite à des luttes entre les deux ''clans'' rwandais, qui firent des milliers de morts, un grand nombre de Tutsi s'exila du pays. « Ceux qui étaient restés au pays y vivaient dans des conditions de citoyens de seconde zone, sans possibilité d'accéder ni à la fonction publique, ni à l'armée, ni à l'instruction et servaient d'otages à chaque alarme venue des milieux de réfugiés » (3). Ces réfugiés se trouvaient dans les pays voisins du Rwanda : en Ouganda, mais aussi au Zaïre ( nouvellement République Démocratique du Congo ), au Burundi et en Tanzanie.

En 1961, le parti du mouvement de l'émancipation hutu ( Parmehutu ) accéda au pouvoir : cet événement marqua le début d'un pouvoir hutu, qui ne cessera d'essayer de se débarrasser de la minorité tutsi et de faire de l'identité hutu le critère du pouvoir et de la survie. En 1962, le pays accéda à l'indépendance. Dans le même temps, les élites tutsi du Rwanda furent chassées du pouvoir par un coup d'Etat, et un début de génocide contre tous les Tutsi entraîna un exode massif, notamment en Ouganda. C'est ici qu'une peur latente d'une revanche des maîtres d'hier se fit jour, stimulée par le pouvoir en place. On assista alors à l'inversion du racisme des nobles Tutsi contre les Hutu. Cependant, ce racisme s'étendit aux Tutsi dans leur ensemble, les nobles et les autres, les Tutsi du Nord, qui « avaient souffert autant que les Hutu du joug des membres de leur catégorie identitaire ».

B) La manipulation politique de l'ethnicité aux fins de conquête et de maintien au pouvoir

« Depuis l'indépendance a été martelée l'idée que Hutu et Tutsi formaient deux races en guerre » (1) : la diffusion par les dirigeants rwandais de cette idée, et de la peur qui s'ensuivit, permit d'unir une fraction de la nation autour d'un chef de l'Etat contre un ennemi commun, sur le thème : « Massacrer avant d'être massacré ». C'est ainsi qu'on a pu observer de nombreuses tueries : par exemple, de 1963 à 1966, les incursions armées des Tutsi exilés se solderont systématiquement par le massacre des Tutsi de l'intérieur.

Devant le refus constant du régime rwandais de donner le droit de retour au Rwanda des Tutsi exilés, l'affrontement armé devint inévitable : le 1er octobre 1990, les guérilleros du Front Patriotique Rwandais ( FPR ), composé en majorité de Tutsi exilés, lancèrent une offensive en provenance d'Ouganda sur la capitale du Rwanda, Kigali. Mais le régime fut sauvé grâce à l'intervention du Zaïre, et des parachutistes français et belges. Cette intervention répondait à la demande du président Juvénal Habyarimana, à la tête de l'Etat depuis 1973. Dès lors, et jusqu'en mars 1993, la France maintiendra sa présence militaire au Rwanda. Et, dès que surviendront des risques sérieux d'un retournement de la situation sur le terrain au profit du FPR, elle renforcera sa coopération militaire, estimant avant tout qu'il ne fallait pas laisser se déstabiliser le Rwanda. En outre, un accord de cessez-le-feu fut signé par les deux parties en conflit, et le principe de retour des réfugiés et d'accélération de la démocratisation accepté.

Les assassinats ne s'arrêtèrent pas là pour autant : après cette attaque, les Tutsi, du Rwanda comme du FPR, furent diabolisés et pris comme bouc émissaire, permettant ainsi d'oublier que le pays s'enfonçait dans des problèmes économiques importants. « On lyncha, on tortura, on viola, on massacra et on emprisonna, sans épargner ni femmes ni enfants, des citoyens qui n'avaient commis d'autre crime que de ressembler physiquement aux assaillants venus du Nord » (3). Le président Habyarimana lui-même lança immédiatement « une campagne contre les Tutsi au pays, les accusant d'être complices du FPR » (4). De même, « toute personne étrangère qui fréquentait un lignage ennemi était considéré comme lui appartenant et comme pouvant constituer l'objet de la vengeance » (1) : certains Hutu furent les victimes de cette logique de la vendetta. Cependant, devant l'indignation de la communauté internationale, le régime consentit à relâcher, mais au compte-gouttes, les prisonniers. Un accord de paix entre le président Habyarimana et le chef du FPR finit par être trouvé le 4 août 1993. Cet accord, signé à Arusha, en Tanzanie, organisait un gouvernement de transition, comprenant le gouvernement du président Habyarimana, les partis de l'opposition interne et le FPR. Afin de surveiller l'exécution de l'accord, et pour faciliter l'intégration des deux armées, une mission des Nations Unies ( la MINUAR ) fut installée à Kigali. Or, cet accord, qui remettait en cause le pouvoir des Hutu, déplût fortement aux extrémistes de l'entourage du président Habyarimana. L'exécution de l'accord subit une série de retards, dont la plupart furent causés par le président Habyarimana et son groupe. De plus, dépassant les barrières partisanes résultant du multipartisme instauré en 1991, les extrémistes Hutu se regroupèrent dans un nouveau parti, le Hutu Power, qui prépara le génocide de 1994. L'idéologie raciste fut d'abord diffusée par la revue Kangura, notoirement soutenue par la belle famille du président Habyarimana, mais 95% de la population rwandaise était analphabète. Ce fut donc la Radio Télévision Libre des Milles collines ( RTLM ) qui prit le relais, pour contrer la propagande de l'émetteur du FPR - Radio- Muhabura. Dirigée notamment par Séraphin Rwabukumba ( beau-frère du président Habyarimana ) et Ferdinand Nahimana ( principal idéologue du régime ), la RTLM devint l'outil essentiel du génocide : depuis juillet 1993, elle diffusa l'idée que le FPR, composé à 90% de Tutsi, voulait reprendre le pouvoir qu'il détenait avant les années 1950. En réalité, il s'agissait d'une demande de reconnaissance des Tutsi en tant que citoyens rwandais et de partage démocratique du pouvoir. En outre, cette RTLM organisa le recrutement et l'organisation des milices Interahamwe et Impuzamugambi, créées en 1992, et la distribution des armes à feu, fournies par l'Occident, notamment la France : depuis qu'un accord militaire franco-rwandais avait été conclu entre les deux pays en 1975, elle armait et formait les hommes de la Garde présidentielle. A cette période, 70 % des dépenses ordinaires de l'Etat rwandais étaient consacrés à l'effort de guerre. « Les rapports des organisations des droits de l'Homme auraient du alerter l'opinion internationale (…). Mais la France qualifia de ''rumeurs'' les rapports qui s'accumulaient et intensifia sa présence militaire aux côtés de l'armée rwandaise, tandis que la Belgique ne suspendit jamais sa coopération » (5) : du fait du degré de proximité et de connivence entre les conseillers militaires français et l'armée rwandaise ( FAR ), ils n'ont pu être pris au dépourvu. Et, pourtant, le génocide aura bien lieu, malgré la présence des forces françaises et belges sur le territoire.

[...]

http://www.dailyjungle.net/?idarticle=359


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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: Comprendre le génocide rwandais   Comprendre le génocide rwandais EmptyMar 16 Aoû à 19:40

(suite)

Citation :

II/ Une communauté internationale apathique devant le génocide rwandais

Le génocide a une histoire qui débute dès 1959, lorsque la monarchie tutsie fut renversée et que le gouvernement révolutionnaire, à forte prédominance hutu, eut pour politique la discrimination des Tutsi. L'attentat à l'encontre de l'avion présidentiel ne fut donc qu'un prétexte à son déclenchement ( A ) Le génocide rwandais s'est déroulé du 7 avril au 17 juillet 1994. Durant cette période, la réaction de la communauté internationale n'a cessé d'être hésitante, donnant le champ libre aux leaders du génocide ( B).

A) Le génocide rwandais, un crime organisé et de proximité, où l'impunité était garantie

L'élément déclencheur du génocide rwandais fut la mort du président Habyarimana, le 6 avril 1994. Ce soir-là, l'avion transportant le président rwandais et le président burundais Ntaryamira fut abattu lors du survol de la capitale rwandaise, alors que les deux hommes revenaient d'un sommet consacré aux conflits ethniques qui déchiraient leurs pays. A ce moment-là, le gouvernement de transition prévu par les accords d'Arusha n'était pas encore en place. Peu après l'écrasement de l'avion et le début des massacres, un groupe de politiciens proches de Habyarimana se constitua en un nouveau gouvernement. Soutenus par les militaires extrémistes, les "Ministres" prétendirent représenter un nombre de partis politiques, et ainsi continuer le gouvernement précédent de coalition. Mais, en réalité, tous avaient la même position idéologique, indépendamment de leurs partis politiques.

Dans l'heure qui suivit l'attentat contre l'avion présidentiel, la Garde présidentielle interdit à la MINUAR de se rendre sur les lieux de l'attentat, et des barrages furent mis en place dans les rues de Kigali et les cartes d'identité vérifiées. « Ceux appartenant à ''l'ethnie'' tutsi ou en présentant les caractéristiques physiques communément admises ou ne pouvant présenter une carte d'identité avec la mention ''hutu'' ont été retenus et sommairement exécutés » (6). L'attentat entraîna l'assassinat des gens d'opposition au président Habyarimana par ses hommes et les FAR, dont la première fut le Premier ministre, Mme Agathe Uwilingiyimana, hutu modéré, ainsi que les dix soldats belges de la MINUAR qui avaient reçu pour mission de la protéger.

Ce génocide fut un crime de masse, réfléchi et rationnel, et non pas un acte de folie collective, puisque préparé minutieusement : l'armée et les milices avaient été formées à cette fin, et l'idéologie raciste avait été diffusée par la radio. Des listes d'ennemis avaient également été établies, préalablement à l'attentat, probablement dans le cadre de la lutte entre les factions politiques. En outre, ces listes ne devaient initialement viser que de hautes personnalités politiques, indépendamment des ethnies, les habitants des collines se connaissant tous. Les massacres ciblaient les Tutsi et les Hutu opposés au régime du président Habyarimana, comme les précédentes tueries d'octobre 1990, de janvier-février 1991, de mars 1992 et de décembre 1992 - février 1993. Les militants hutu modérés et les membres des partis d'opposition furent les premières cibles, puis ce furent les civils. Les Hutu étaient encadrés par les milices, selon un ordre bien précis : ils débutaient les assassinats en matinée, se rendant dans les maisons, les paroisses, les hôpitaux - des places normalement considérées comme sanctuaires - et jusque dans la rue, et les fins d'après-midi étaient consacrées au pillage des maisons des victimes. Cette organisation était accompagnée par la RTLM, qui diffusait en continu la liste des personnes à tuer, encourageait les assaillants et les bandes de tueurs et semait la panique. Elle prit également pour cibles les casques bleus belges, qui veillaient depuis décembre 1993 à la bonne application des accords d'Arusha, les accusant de partialité en faveur du FPR. Il en résulta un nombre impressionnant de victimes : parfois 20 000 personnes tuées en une journée, et, au total, plus d'un million de morts en cent jours, parmi lesquels ont figuré tant les femmes et les enfants que les chefs de famille. Ce massacre est d'autant plus surprenant qu'il ne fut pas seulement commis par les miliciens et les FAR, mais également par les voisins et même par des membres de la famille, et ce dans l'impunité la plus totale. Les Hutu se trouvaient certes dans l'obligation de participer, de suivre le groupe de tueurs. Mais cette obligation n'était sanctionnée que par des amendes, excepté pour les Hutu mariés avec des femmes Tutsi qui pouvaient être physiquement malmenés s'ils refusaient de participer. Il ne faut cependant pas oublier le contexte dans lequel se trouvait le Rwanda à cette époque : dans une société d'une pauvreté extrême, les récompenses accordées en contrepartie des tueries pouvaient avoir une grande influence, surtout pour des jeunes sans emploi : « on leur donnait à manger, des vaches, de la bière, des vêtements. On offrait à la population ordinaire la possibilité de piller » (7). De plus, tous les Hutu n'ont pas tué, certains ont même résisté et sauvé la vie de Tutsi. « Des rapports dignes de foi décrivent l'héroïsme de quelques autorités rwandaises, tant civiles que militaires, qui ont cherché à prévenir ou a arrêter le massacre dans leur région (…). Malheureusement, dans certains cas, ils ont été forcés de se soumettre et de permettre les massacres. Des officiers militaires qui ont essayé de maintenir l'ordre ou d'aider les personnes menacées ont plus tard subi des représailles pour leur conduite humaine. » (4)

Si une grande partie de la population rwandaise est condamnable ( on parle d'un million de personnes délictueuses ), la communauté internationale porte une responsabilité certaine. Alors que, le 6 avril 1994, le Premier ministre Agathe Uwilingiyimana demandait l'intervention urgente des Nations Unies, la communauté internationale tarda à réagir.

B) Les erreurs fatales de la communauté internationale dans la gestion de la crise

Le génocide est le résultat de l'instrumentalisation de l'ethnicité par le pouvoir rwandais, mais aussi celui de l'apathie de la communauté internationale, qui a - trop - tardivement qualifié de génocide les crimes atroces et continus se déroulant au Rwanda. Elle les a d'abord banalisés sous le terme de ''guerre tribale''. Or, les manœuvres de préparation du génocide ne pouvaient passer inaperçues aux yeux des militaires français et belges, qui en connaissaient l'existence au moins depuis décembre 1993. Jusqu'à la résolution du 8 juin 1994, l'ONU évita soigneusement cette qualification juridique. L'enjeu était de taille : l'emploi du terme de génocide aurait entraîné, en vertu de l'article VIII de la Convention des Nations Unies sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, une obligation pour les organes compétents de l'ONU de prendre « les mesures appropriées pour la prévention et la répression des actes de génocide ». Cependant, d'une part, la communauté internationale n'était pas prête à intervenir : la crainte était trop grande de perdre de nouveau des soldats. En effet, deux mois avant le début du génocide rwandais, les américains avaient perdu 18 soldats en Somalie. Cette perte affecta la communauté internationale dans son ensemble, car les troupes des Nations Unies avaient été ''prêtées'' aux Etats-Unis. D'autre part, le mandat de la MINUAR était limité : l'aire géographique de la mission de sécurité de la MINUAR était limitée à la seule ville de Kigali et de ses alentours, la question de la recherche d'armes était évoquée de manière très implicite, et le mandat était peu interventionniste. Les forces de l'ONU étaient également limitées en nombre. « A l'époque ( en août 1993 ), seuls les diplomates étrangers se montrèrent optimistes. A tel point que les membres du Conseil de sécurité estimèrent bien suffisant de doter le Rwanda d'un détachement de 2 548 hommes ( au lieu des 4 500 que réclamait le commandant de la MINUAR, le général canadien Roméo Dallaire ) et de limiter son action au chapitre VI de la Charte des Nations Unies, qui interdit le recours à la force » (Cool. Dans les faits, la MINUAR n'était que légèrement armée et équipée, et les moyens logistiques étaient extrêmement faibles.

Au moment du déclenchement du génocide, les forces de l'ONU étaient dispersées et manquaient de munitions et d'effectifs, ce qui les empêcha d'agir. La première réaction de la communauté internationale a donc été d'évacuer les expatriés. Mais, « tandis que l'on abandonnait aux massacreurs des centaines de familles accrochées au portail de l'ambassade, auxquelles on refusait l'entrée ( ainsi que du personnel rwandais d'institutions françaises, et des compagnes de Français - auxquelles on refusait le rapatriement ), se retrouvaient à l'intérieur tous les dignitaires du régime et leur famille, ainsi que le directeur de la radio et ses subalternes connus pour leurs appels aux massacres » (9) : la veuve du président Habyarimana, l'idéologue Fernand Nahimana, … Cette décision d'évacuation des expatriés donna également le champ libre aux leaders du génocide… Et face à l'inaction des troupes de la MINUAR, la guerre fut reprise par le FPR pour secourir ses troupes à Kigali ( officiellement placées sous la protection de l'ONU ) et pour mettre fin aux massacres.

La suite des évènements ne fit que renforcer l'inaction de la communauté internationale : devant l'assassinat de ses soldats, la Belgique décida, le 12 avril 1994, le retrait de son contingent de la MINUAR. Alors que les troupes belges constituaient la ''colonne vertébrale'' de la MINUAR, cette décision déstabilisa totalement l'organisation de la MINUAR, dont les responsables, déjà très désabusés quant à l'efficacité de leurs actions, n'étudièrent pas sérieusement d'autres possibilités que le retrait, total ou partiel, des Casques bleus. Quant aux Américains et aux Britanniques, ils continuèrent à s'opposer au renforcement des effectifs de la MINUAR. Ce qui conduisit à la résolution 912 du Conseil de sécurité, qui, le 21 avril, décida de réduire la force de l'ONU au Rwanda. Lorsque, enfin, les 11 et 12 mai 1994, le commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme employa le terme de génocide pour qualifier les crimes se déroulant au Rwanda depuis le 6 avril 1994, la communauté internationale ne pu plus reculer : le mois suivant, le Conseil de sécurité vota pour une MINUAR II renforcée. Mais, devant la réticence américaine et celle du FPR, la France demanda l'autorisation de lancer une opération couverte par le chapitre VII, qui prévoit le recours à la force. Le 22 juin, elle l'obtint, et mit en place l'opération Turquoise, dans le but d'essayer de sauver la mise du gouvernement intérimaire, et de protéger, non plus seulement ses ressortissants français, mais aussi le maximum de rwandais. L'opération Turquoise arrivait un peu tard : 75% de la population tutsi déjà était massacré. En outre, le gouvernement français étant divisé sur les modalités de l'intervention, le Premier ministre Edouard Balladur réduisit le mandat des militaires de l'opération Turquoise. La seule action possible fut celle de la création d'une Zone Humanitaire Sûre ( ZHS ), créée au sud-ouest du Rwanda. Cette ZHS devait servir de refuge aux civils qui fuyaient les combats et les massacres.

Si cette zone de sécurité permit de sauver quelques milliers de Tutsi, elle n'en comporte pas moins un inconvénient majeur : elle permit à beaucoup d'extrémistes Hutu de s'immiscer dans la ZHS, et de propager leur idéologie raciste dans les camps de réfugiés pour organiser des attaques contre le Rwanda et le Burundi. Aucun des responsables du génocide repliés sur la ZHS avant d'aller au Zaïre ne fut interpellé, pas plus que les préfets, sous-préfets ou chefs miliciens qui avaient, localement, organisé les massacres, cette opération n'étant pas mentionnée dans le mandat français. C'est ainsi qu'un émetteur pirate parvint probablement à s'installer, jusqu'à la mi-juillet 1994, dans la ZHS, appelant les Hutu du Burundi « à en finir, une fois pour toutes, avec l'oppresseur tutsi » (10) : le risque de répétition du génocide rwandais au Burundi, pays voisin, s'est confirmé récemment. Ce pays, composé de manière similaire aux niveaux ethnique et économique, est partagé en deux ''clans'', partition aggravée par l'installation dans le pays de plus de 200 000 réfugiés du Rwanda, travaillés par la propagande extrémiste.

La RTLM pu émettre au Rwanda jusqu'au bout des massacres, le 16 ou 17 juillet 1994, avant de se réfugier au Zaïre. Vers la fin du génocide, elle incita les rwandais à fuir en masse l'arrivée du FPR. La communauté internationale ayant fait peu de tentatives pour l'arrêter, le fonctionnement de cette radio meurtrière est le symbole de la lâcheté de la communauté internationale : « des sources diplomatiques à New-York et à Washington affirment que, techniquement, il était possible de trouver et de détruire ou faire taire les émetteurs mobiles » de la radio des milles collines. Or, « le ministre de la défense, M. François Léotard, répond à ces accusations en faisant valoir que le brouillage des émissions de radio ou la destruction d'un émetteur ne faisaient pas partie du mandat confié à la France par l'ONU » (11). L'émission de RTLM engendra l'un des plus graves et des plus meurtriers exodes de l'histoire contemporaine : environ 2 000 000 de rwandais fuirent devant les massacres et la guerre, dont 300 000 vers les pays limitrophes, la grande majorité vers la Tanzanie. Ils vécurent dans une grande misère, les conditions étant précaires et les soins médicaux inexistants. Les militaires français, manquant de camions et de médicaments, furent impuissants devant l'épidémie de choléra qui décima nombre de réfugiés rwandais.

Un autre facteur, et non des moindres, favorisa l'ampleur des massacres : la déclaration d'embargo de la France le 8 avril 1994 et celle des Nations Unies le 17 mai 1994, interdisant la livraison d'armes au Rwanda, furent transgressées. L'Egypte, la Russie, Israël, mais surtout l'Afrique du Sud, ont été les fournisseurs du Rwanda en armement. Quant au Rwanda, il a violé la convention du 13 décembre 1984, qui déclare l'embargo à l'encontre de l'Afrique du Sud, avec laquelle il est théoriquement interdit de commercer. La France a également été coupable de cette transgression : Jean-Claude Urbano, alors consul de France à Goma ( Zaïre ), avoua des livraisons d'armes au Rwanda via Goma ( en mai et en juin 1994 selon le rapport de Human Rights Watch de mai 1995 ), fournies par la France, postérieures à l'embargo, invoquant l'exécution d'anciennes commandes. De plus, selon l'ancien chef-adjoint de la MINUAR à Kigali, l'un des avions français destiné le 8 avril 1994 à l'évacuation des Européens amenait des munitions pour les FAR (9). Pour François-Xavier Vershave, président de l'association Survie, en continuant à fournir des armes en avril-mai 1994, la France a conclu un « contrat insecticide » en plein génocide (12). Le génocide de 1994 s'acheva par la victoire du FPR, qui, en juillet 1994, forma un gouvernement de coalition avec les anciens partis d'opposition, excepté le MRND ( ancien parti présidentiel ) considéré comme responsable du génocide. Le nouveau président de la République, nommé par le FPR le 17 juillet 1994, était M. Pasteur Bizimungu, Hutu et membre du FPR ; le Premier ministre, Hutu, était membre d'un parti d'opposition.

[...]

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(suite)

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III/ En finir avec l'impunité

Il existe plusieurs manièresde parvenir à la réconciliation nationale : tout d'abord, il faut punir les coupables, tout en permettant le renouveau des procédures sociales rwandaises ( A ). Mais il est également nécessaire d'établir les responsabilités de chacun, et notamment celle de la communauté internationale ( B ).

A) Punir les coupables

Aujourd'hui, alors que, dans les camps de réfugiés, les anciennes FAR et les milices reconstituées menacent de reconquérir le pouvoir et de « terminer le travail », il apparaît urgent de mettre fin à l'impunité qui a prévalu trop longtemps au Rwanda. En effet, ce serait le seul signal d'alarme véritablement compréhensible par tous les criminels de la région. Mais c'est aussi un moyen efficace pour parer au révisionnisme : il s'agit de prendre conscience qu'il ne s'agissait pas d'une guerre tribale, qui ne nous concernait pas et pour laquelle on ne pouvait rien faire. La justice se fait dans quatre pays : la Tanzanie, devant le Tribunal Pénal International des Nations Unies, chargé de juger les crimes pendant le génocide de 1994 au Rwanda ( TPIR ) ; la Suisse ; et la Belgique, où s'est déroulé, au printemps 2001, le procès de quatre rwandais comparaissant pour leur participation au génocide de 1994, devant la cour d'assises de Bruxelles. Ils ont été condamnés de 12 à 20 ans de prison.

Le TPIR a été créé en novembre 1994 par le Conseil de sécurité de l'ONU. Son siège est à Arusha, en Tanzanie. Il est chargé des dossiers concernant des suspects recherchés pour génocide, conspiration en vue de commettre un génocide et crimes contre l'humanité. Il a rendu son premier verdict le 2 septembre 1998, à l'encontre de l'ancien maire de Taba, M. Akayesu. Ce premier verdict sur les crimes commis au Rwanda est aussi le premier à reconnaître coupable de génocide un accusé, depuis la définition de cette qualification pénale en 1948. Récemment, en août 2002, l'ancien chef d'état-major des FAR en 1994 et ancien chef d'Etat rwandais, M. Bizimungu, a été transféré au TPIR, étant considéré comme l'un des principaux responsables du génocide rwandais. L'ONU a imposé des délais au TPIR : les instructions devaient être bouclées pour la fin 2004, et tous les procès en première instance devront l'être pour fin 2008, dans le but d'en finir avec la procédure d'ici 2010. Dans ce but, le TPIR tente d'accélérer les enquêtes, et prévoit, à cette fin, de déférer des accusés devant des juridictions nationales, dont au Rwanda. Or, la majorité des Rwandais incarcérés au centre de détention du TPIR estiment que leur transfert dans leur pays reviendrait à les envoyer à une mort certaine, le gouvernement rwandais ne visant, en négociant ce transfert, qu'à l'élimination physique des adversaires politiques.

Pourtant, il est nécessaire que les procédures sociales rwandaises se remettent en marche, pour éviter que la vendetta ne dégénère en guerre totale et que l'horreur de 1994 ne se reproduise. La justice à la logique européenne ne suffit pas pour que les liens, rompus entre les Rwandais, se recréent. Une loi rwandaise de mars 2001 a donc institué des juridictions Gacaca, pour faire face à l'impossibilité de juger un nombre très élevé de prévenus. En effet, on compte environ 120 000 détenus en attente de jugement en 2003, et plus de 8 000 à travers tout le pays. Seuls les commanditaires et les organisateurs du drame, ainsi que ceux qui ont fait "profession de tuer" pendant les cent jours du génocide, continueront à être jugés par les tribunaux classiques. On estime leur nombre entre 2 500 et 10 000. Tous les autres seront soumis aux juridictions Gacaca. A terme, les autorités rwandaises estiment que les Gacaca seront capables de juger tous les auteurs présumés du génocide, estimés par Kigali à environ 800 000, soit un habitant sur dix. Ces juridictions Gacaca ont été mises en place depuis juillet 2002. Mais les premiers procès n'ont commencé au niveau national que depuis le 10 mars dernier. Les Gacaca sont des tribunaux populaires participatifs, ayant pour objet de confronter survivants et assassins du génocide, dans l'espoir d'obtenir un début de réconciliation. Leurs juges peuvent infliger des peines allant jusqu'à la prison à vie. Déjà, près de 2 000 Rwandais ont fui leur pays depuis début avril, pour trouver refuge au Burundi voisin, par crainte de comparaître devant ces tribunaux, provoquant ainsi des tensions entre les deux Etats. Quelque 1 500 Rwandais ont aussi fui en Ouganda depuis le début du mois. Selon un gouverneur du Rwanda, « ils disent qu'ils ont peur des juridictions gacaca depuis qu'ils vu des gens condamnés à la perpétuité, mais aussi qu'ils ont eu peur du climat qui a régné pendant la commémoration du génocide de 1994 », qui s'est déroulée du 7 au 13 avril 2005.

Il ne suffit pas de juger les responsables, qu'ils soient directement ou indirectement impliqués dans le génocide rwandais. Il faut aussi que les responsables reconnaissent leurs erreurs et présentent publiquement et explicitement leurs excuses au peuple rwandais.

B) Des excuses internationales indispensables à la réparation de la mémoire rwandaise

Les responsables d'erreurs aux conséquences tragiques sont au nombre de six. Les missionnaires ont diffusé une pensée raciste à l'origine de la division ethnique et de la guerre entre les rwandais ; ils ont laissé faire les pogroms qui se produisaient tous les cinq ou six ans, et une centaine de religieux ont participé au génocide, dont deux ont été reconnues coupables en 2001 à Bruxelles. Les politiciens rwandais sont responsables pour avoir incité à la haine, et donné les ordres de tuer et de piller les Tutsi et tous les opposants au régime. La communauté internationale a tardé à réagir, pendant mais aussi avant le génocide. Elle a d'abord usé de diplomatie, alors qu'il y avait urgence à agir, les Etats-Unis ayant pesé dans la décision onusienne de ne pas employer le mot ''génocide'', la priorité américaine principale étant d'éviter un engagement trop important des Nations Unies dans la crise rwandaise, pour des raisons à la fois budgétaires et politiques. Par la suite, alors qu'il était évident qu'il s'agissait d'un génocide, la communauté internationale n'a pas pris de position claire, laissant à la France le soin d'intervenir. La France a participé au maintien, financier et politique, du régime génocidaire du président Habyarimana. Elle a également formé et armé les FAR, et indirectement les miliciens qui étaient sous leurs ordres. Sa coopération militaire comprit également une participation aux contrôles d'identité durant le génocide. En outre, en se gardant d'arrêter les responsables du génocide et d'interdire les émissions haineuses de la RTLM, elle a permis aux partisans du Hutu power de continuer à endoctriner les réfugiés dans la ZHS. Enfin, tout comme l'Égypte, la France a reçu des représentants du gouvernement intérimaire, et extrémiste, les aidant ainsi à gagner le respect de la communauté internationale. Les Belges sont également responsables, en ce qu'ils se sont retirés de la MINUAR alors qu'ils en étaient la « colonne vertébrale », et qu'ils se sont lancés dans une action diplomatique pour tenter de persuader les autres pays d'en faire autant.

C'est à compter de 1998 que certains responsables internationaux du génocide ont commencé à présenter leurs excuses : dans le cadre de sa tournée africaine, l'ancien président américain Bill Clinton s'est rendu au Rwanda, où il a reconnu la responsabilité de la communauté internationale du fait de sa passivité face au génocide. Puis, ce fut au tour de la Belgique : en 2000, lors du sixième anniversaire du génocide, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a demandé pardon au peuple rwandais pour son comportement durant le génocide. D'abord reconnue partiellement dans un rapport de la commission d'enquête de l'ONU le 16 décembre 1999, la responsabilité de la communauté internationale a été enfin affirmée publiquement par M. Koffi Annan, secrétaire général de l'ONU, le 26 mars 2004 : « La communauté internationale a abandonné le Rwanda à son sort . ( Si elle ) avait réagi rapidement et avec détermination, elle aurait pu prévenir la plupart des massacres ». Ces regrets ont le mérite de permettre au Rwanda d'écrire plus complètement et précisément l'histoire de la tragédie qu'il a vécu, pour mieux se tourner ensuite vers l'avenir.

Si l'ONU a reconnu sa culpabilité par la voix de son secrétaire général, la France se montre encore réservée. Depuis 1993, et plus encore aujourd'hui, les tensions sont fortes entre la France et le Rwanda, cette dernière soupçonnant Paris de continuer à aider les extrémistes de l'ancien régime réfugiés au Zaïre. Une Commission d'enquête sur le rôle de l'armée française au Rwanda a même été mise en place par l'actuel chef de l'Etat rwandais, M. Paul Kagamé. Il est donc plus que temps que les choses soient éclaircies. Selon Gérard Prunier, chercheur au CNRS « le partenariat du pouvoir français avec le régime du président Juvenal Habyarimana n'a certes pas été la cause des massacres, mais a joué un rôle de catalyseur » (13). Or, en avril 2004, lors des commémorations du génocide rwandais, pas un homme politique français n'a critiqué le gouvernement français pour son soutien aux autorités rwandaises avant et pendant le génocide. L'absence totale de remise en cause de la politique française au moment du génocide rwandais est inquiétante. En outre, comment se fait-il que la France, qui se réclame patrie des droits de l'homme, ne poursuive pas les Rwandais, notoirement connus comme assassins actifs durant le génocide, qui vivent sur son territoire depuis des années ? Alors qu'en Belgique ou encore en Suisse, des procédures ont été engagées à l'encontre de tels criminels ?

Une autre question se pose : comment respecter l'engagement international conclu en 1948 de prévenir le génocide ? Est-il vraiment possible de le prévenir ? Certains préconisent des mesures d'alertes visant à détecter les situations prégénocidaires, et imaginent les moyens à mettre en œuvre pour secourir efficacement les populations en danger. Encore faut-il, comme l'a montré le déroulement du génocide rwandais, que les Etats manifestent une réelle volonté politique de les mettre en œuvre. Deux questions resteront également encore longtemps en suspens : qui a organisé, conçu ou exécuté l'attentat, déclencheur du génocide ? Et pourquoi le Conseil de sécurité de l'ONU n'a-t-il pas décider de renforcer la MINUAR et lui permettre d'employer la force ?

Qu'en est-il aujourd'hui ? Le 30 juillet 2002, le président du Congo, Joseph Kabila, et son homologue rwandais, Paul Kagamé, ont signé, à Pretoria, en Afrique du Sud, un accord de paix. Cet accord prévoyait que le Congo s'engageait à regrouper et désarmer les extrémistes hutu Interahamwe et les soldats hutu des anciennes FAR présents sur son territoire. En contrepartie, le Rwanda devait organiser le retrait des troupes rwandaises entrées en RDC en 1998. Au mois d'avril 2005, les rebelles hutus rwandais présents en RDC ont annoncé qu'ils renonçaient à la lutte armée et qu'ils s'abstenaient « d'ores et déjà de toute opération offensive » contre le Rwanda, faisant naître l'espoir d'un apaisement des tensions dans la région des Grands Lacs. Les rebelles ont aussi, et pour la première fois, « condamné le génocide commis au Rwanda et leurs auteurs », et déclarent vouloir rentrer au Rwanda. Mais ils devront répondre de leurs actes. Pour le président Joseph Kabila et le peuple congolais, cette déclaration représente un espoir de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo.


Sources de l'article

(1) Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d'un génocide, 1997

(2) Colette Braeckman, Rwanda, histoire d'un génocide, 1994

(3) Anonyme rwandais, « Au Rwanda, les massacres ethniques au service de la dictature », Le Monde Diplomatique, Avril 1993

(4) Rapport de Human Rights Watch, avril-mai 1994

(5) Colette Braeckman, « Autopsie d'un génocide planifié au Rwanda », Le Monde Diplomatique, Mars 1995

(6) Affirmation de Mme Claudine Vidal, directeur de recherche au CNRS, devant la Commission parlementaire française

(7) Rapport du 15 décembre 1998 de la Commission d'enquête parlementaire française sur les opérations militaires au Rwanda entre 1990 et 1994

(Cool Colette Braeckman, « Rwanda, retour sur un aveuglement international », Le Monde Diplomatique, Mars 2004

(9) Agir Ici - Survie, « Dossiers Noirs de la politique africaine de la France », n°1 à 5, 1996

(10) François Misser, « Rwanda : médias et génocide », Le Monde Diplomatique, Août 1994

(11) Hervé Deguine, Robert Ménard, « Les extrémistes de ''Radio Machette'' », Le Monde Diplomatique, Mars 1995

(12) Emission de radio sur France Inter, « Là-bas si j'y suis » de Daniel Mermet, du 5 avril 2004 avec François-Xavier Verschave, président de l'association Survie.

(13) Philippe Leymarie, « Maudits soient les yeux fermés… », Le Monde Diplomatique, Février 1996.

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