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 Jeunes perdus sans collier

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wapasha
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wapasha

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MessageSujet: Jeunes perdus sans collier   Jeunes perdus sans collier EmptyVen 29 Juil à 15:10

L'Express du 25/07/2005
Jeunes perdus sans collier
par Boris Thiolay


Citation :
C'est pas dans mes habitudes de lire l'express mais comme je ne fais theoriquement pas de preference politique à mes choix d'article, je le fais quand même de temps à autre et là je tombe sur celui-ci que j'ai trouvé interressant à relayer ici.

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Packs de bière et chiens à leur côté, ils zonent dans les centres-villes, interpellent le passant pour glaner quelques euros. La plupart ont une vingtaine d'années et vivent dans la rue. Aujourd'hui, en France, plusieurs dizaines de milliers de jeunes sans domicile fixe s'organisent en petits groupes pour affronter un quotidien de misère. Rencontres

Citation :
Cédric se lève en titubant, une canette à la main, et se rue sur Vince. «Tu fais chier! Je ne veux pas te voir au squat ce soir!» Les sept chiens se mettent à hurler. Julie enfouit son rat sous son tee-shirt noir et tente de séparer les deux jeunes hommes. Cédric, 23 ans, crête décolorée sur le crâne, tiges de métal en piercing dans le nez et à la tempe, manque s'affaler sur le pavé. C'est finalement Jojo, l'aîné du groupe, qui ramène le calme. Vince, le petit dernier de la bande, récupère ses deux roquets, son sac à dos, et file en reniflant. La tension est montée d'un seul coup sur la place du Pilori, dans le cœur historique de La Rochelle. Trop de bières, trop de pétards, probablement quelques cachets avalés pour tromper l'ennui. Pour oublier l'angoisse qui remonte systématiquement en fin de journée. Pantalon et tee-shirt informes, rangers délacés, Jérôme, lui, revient brusquement à la réalité. Le restaurant social, situé à 300 mètres, va fermer à 21 heures. «Putain, 2,30 €… Comment je vais manger, moi?» Il avise un couple qui passe. «Bonsoir, messieurs-dames, une petite pièce, s'il vous plaît…» Le couple accélère le pas. «Merci quand même», reprend Jérôme. Avant de souffler: «Sales bourgeois…»

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Une scène devenue banale dans toutes les villes de France. Partout, dans les rues, on croise ces groupes de jeunes SDF, en pantalons de treillis ou en haillons, arborant piercings, tatouages et chiens. Ils font la manche dans les gares, à la porte des tabacs, des supermarchés, des sandwicheries. Ils arpentent les centres-villes, les rues piétonnes et les squares. Parfois agressivement, ils interpellent le passant, quémandent 1 euro, une cigarette, un Ticket Restaurant, une parole bienveillante. Ils dorment où ils peuvent. Quelques nuits dans un foyer d'hébergement, un ou plusieurs mois dans un squat, souvent dans la rue, sous l'auvent d'un magasin ou d'un distributeur bancaire. Evidemment, ces jeunes errants et leurs chiens font peur. Ils le savent, ils en jouent, le déplorent de temps à autre. Look post-punk décadent, état d'ébriété avancée, incivilités, tapage, dégradations, petits trafics, vols, règlements de comptes, voire agressions: incontestablement, ces jeunes font tache. Les commerçants et les riverains craquent, signent des pétitions, saisissent les services de police nationale et municipale.

Qui sont-ils ? D'où viennent-ils? Enfants de la crise, du chômage de masse ?

Problème: les groupes sont de plus en plus nombreux, de plus en plus jeunes, et composés d'une proportion croissante de filles et d'étrangers, souvent sans papiers. Selon le ministère délégué à la Cohésion sociale, ils seraient entre 30 000 et 50 000 en France. «Nous sommes face à un problème de société majeur et nous allons devoir les écouter, les accueillir et les réinsérer», explique Catherine Vautrin, ministre chargée du dossier. Certains sociologues et professionnels de l'action sociale avancent des chiffres plus élevés, parlant d'au moins 100 000 jeunes gens en errance. Une seule certitude: ils font désormais partie intégrante de notre paysage. Et posent des questions lancinantes. D'où viennent-ils? Qui sont-ils? Des enfants de la crise, du chômage de masse (un quart des moins de 25 ans), de la cherté du logement (un tiers des jeunes SDF ont un emploi) ou de l'atomisation des familles en grande précarité? Ou sont-ils des naufragés volontaires?

Sursollicités, les passants finissent par se lasser de cette misère voyante et bruyante. Les services sociaux sont débordés et voient leurs budgets fondre. L'Etat et les collectivités locales sont écartelés entre le devoir de solidarité, l'exigence de sécurité et les propres contradictions de ces jeunes à la dérive.

Dans la rue, le meilleur ami du jeune zonard, c'est le chien. «Eux, ils ne nous trahiront jamais. La nuit, ils nous protègent, ils nous tiennent chaud», explique Philippe, 26 ans, vêtu d'une gabardine hors d'âge et coiffé d'une casquette siglée «Martinique». Comme sa compagne, Séverine, 24 ans, pantalon lâche et sandales en plastique, il traîne un hallucinant parcours de galères derrière lui: Ddass, structures d'accueil, et la rue. Le tour de France de la grande misère. Ils se sont rencontrés à Toulouse, il y a cinq ans. Puis Philippe a trouvé un boulot de vigile à Chartres. Logé dans une cité déglinguée, le couple a dû fuir après avoir été harcelé et menacé par une bande du quartier. Leurs deux enfants, en bas âge, sont placés à Tours. Ces six derniers mois, Philippe et Séverine ont dormi dans la rue, à La Rochelle. Ou plutôt sous le cabanon d'embarquement pour les balades en mer vers l'île d'Aix et le fort Boyard, à deux pas des tours Saint-Nicolas et de la Chaîne, fiertés architecturales de la ville. «On vient de trouver un “collègue” qui nous prête une tente de l'autre côté du port», dit le jeune homme. Tout ce qu'il leur reste tient dans un sac à dos pesant 50 kilos, sur lequel sont accrochés une canne à pêche, un sac de croquettes et une peluche représentant un golden retriever, la race canine favorite de Philippe. Leurs deux chiens - Freddy, un malinois de 4 ans, et Hoko, un berger picard de 7 ans - ne les quittent pas d'une semelle. «Hoko fait de l'épilepsie, comme sa maîtresse», plaisante Séverine en caressant la bête.

Compagnon d'infortune, source d'affection, signal d'alarme en cas de danger, le chien est l'objet de toutes les attentions. Généralement tatoué et vacciné, il est souvent en meilleure forme que ses maîtres. L'animal sert aussi à entrer en contact avec les passants lorsque l'on fait la manche. «Si tu as un clébard maigre ou qui a l'air malade, les gens ne te donnent rien parce qu'ils pensent que tu es un salaud, constate Antoine, la trentaine, qui vit dans la rue depuis douze ans. Certains s'intéressent plus à eux qu'à nous.» Un avis que tempère Olivier Douville, psychanalyste et anthropologue, membre du réseau Souffrance psychique et précarité: «Par peur d'humilier un jeune qui mendie, beaucoup de gens font semblant de donner pour le chien.» L'animal de compagnie assure aussi une fonction symbolique. «Posséder une bête impressionnante est une façon archaïque de montrer sa force, poursuit Olivier Douville. Mais aussi son humanité: les jeunes SDF démontrent qu'ils sont capables de prendre soin d'un être vivant. Le chien devient un prolongement de leur propre corps, la preuve qu'ils tiennent le coup.» Le vol, la perte ou la confiscation de l'animal par la police canine sont vécus comme un drame. Un de plus.

Le phénomène a explosé au tournant des années 1990, avec les grands festivals d'été

Pour Jacques Guillou, sociologue spécialiste de ces questions (Figures de l'exclusion. Parcours de sans domicile fixe, L'Harmattan), la très grande majorité des jeunes que l'on retrouve dans la rue ont un vécu très lourd: mauvais traitements, ruptures familiales, décès des parents - quand ils en ont eu - échec scolaire, démêlés avec la justice, impossibilité d'entrer sur le marché du travail… «Il existe encore beaucoup de familles où le jeune doit quitter le domicile dès sa majorité, voire avant, pour soulager des parents eux-mêmes en déshérence.»

Un tiers des jeunes zonards sont des enfants de la Ddass. Selon une enquête réalisée en 2000 par l'Institut national des études démographiques (Ined), 52% n'ont aucun diplôme, 17% ont perdu au moins un de leurs parents, 9% ne savent même pas si ces derniers sont encore en vie. Parmi ces jeunes en déroute, on trouve aussi beaucoup d'adolescents fugueurs, qui contestent l'autorité parentale et décident un jour de ne plus jamais revenir. «Souvent, l'errance commence au sein même de la famille», résume Robert Bianco-Levrin, responsable de la «mission squat» lancée en juin 2004 par Médecins du monde en Ile-de-France.

Eric, 24 ans, ne supportait plus l'atmosphère familiale. Fils d'une bonne famille de Bergerac, il a commencé à fréquenter les squats de la ville avec d'autres mineurs. Cette «errance de proximité», ponctuée de retours conflictuels au bercail, s'est peu à peu muée en mode de vie permanent. «J'ai pas mal bougé. Un hiver en montagne dans l'Ariège, sans eau ni électricité. Ensuite, quelques squats, explique ce jeune homme au regard gris-vert et au look destroy. Là, je suis revenu, mais je me vois bien aller faire un tour dans le Massif central.»

Le phénomène a explosé au tournant des années 1990. «Autour des grands festivals culturels, à Bourges, Aurillac ou La Rochelle, nous avons vu débarquer des centaines de jeunes venus profiter de l'ambiance de la fête, explique François Chobeaux, sociologue et responsable du réseau national Jeunes en errance. Ils cherchaient avant tout à s'affranchir de toute forme d'autorité.» Avec le succès de la musique techno et l'apparition des free parties - rassemblements gratuits et non autorisés s'étalant sur plusieurs jours - ces jeunes gens vont découvrir un monde parallèle: celui des travellers, ces DJ vivant de façon itinérante, festive et déjantée dans leurs camions bariolés. Ils en adoptent le look tribal: vêtements kaki, treillis à capuche, grosses chaussures, piercings et meutes de chiens. «Pour de nombreux jeunes, il était plus valorisant de s'identifier aux “technoïdes”, ces Robin des bois qui jouent à cache-cache avec les autorités, que de se voir en SDF, commente Lionel Pourtau, sociologue au Centre d'études sur l'actuel et le quotidien [Ceaq] de l'université Sorbonne-Paris V. Ils peuvent ainsi revendiquer une soif de liberté, un droit à l'expérimentation, par exemple celle des drogues. Alors, ils ne sont plus inférieurs, mais différents.»
La suite en dessous :

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Les conséquences de ce qu'on ne fait pas sont les plus graves.
Marcel MARIËN 1920
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MessageSujet: Re: Jeunes perdus sans collier   Jeunes perdus sans collier EmptyVen 29 Juil à 15:11

La suite :

Citation :
Passé le premier été - leur «lune de miel», disent les spécialistes - les jeunes prennent la réalité du monde de la rue en pleine figure. «Le nouveau venu apprend les premiers usages à ses dépens. On le dépouille, on lui vole ses chaussures, explique Jacques Guillou. Mais se faire tabasser, c'est aussi un moyen d'entrer en contact avec un groupe.» Car il est très difficile de survivre seul dans l'univers hostile de la zone. Un jeune isolé est à la merci de tous les dangers: racket, violence, voire embrigadement par des grands délinquants. Le premier jour où il s'est résolu à faire la manche à Paris, William, la trentaine, s'est fait aborder: «Tu veux un boulot? Viens avec moi!» William s'est retrouvé dans un camp de gens du voyage. Son «travail»? Déguisé en faux agent EDF, il devait détourner l'attention de personnes âgées pendant que ses «comparses» raflaient argent, bijoux, chéquiers. «A la fin de la journée, ils m'ont proposé 600 €. J'étais écœuré, je suis parti, ils m'ont dit qu'ils me retrouveraient…»

Certains ne sont même plus révoltés contre la société : ils vivent à côté d'elle

La bande, c'est un clan, on fait peur aux gens, reconnaît Julie, 24 ans, qui s'est retrouvée à la rue à l'âge de 15 ans. Mais c'est le seul endroit où on me donne du courage, où on me donne le droit à la parole. Je n'ai jamais reçu d'amour ailleurs qu'ici.» C'est au sein de ce groupe d'une dizaine de personnes qui se forme, se disloque et se retrouve au fil des années et des errances de ville en ville que Julie a rencontré Vince, son «petit frère de rue», et Cédric, son compagnon. La bande est une famille reconstituée, une microsociété avec ses propres lois, ses dominants et ses protégés. On y pratique même le culte des anciens: à chaque canette de bière ouverte, on verse la première goutte par terre, en mémoire des SDF morts dans la rue. En revanche, les jeunes détestent les vieux clochards: pour eux, ils incarnent l'image repoussoir d'un avenir effrayant.

Chaque jour, il faut se débrouiller pour satisfaire deux exigences vitales: manger et dormir. Ceux qui parviennent à garder le contact avec la réalité sociale s'adressent aux associations caritatives et aux services spécialisés. Un circuit harassant, jalonné d'étapes rassurantes. A La Rochelle, on peut prendre un petit déjeuner au Secours catholique, puis manger midi et soir à l'Escale, un restaurant social attenant à un foyer d'hébergement. Le repas coûte 3,10 €: une somme. A partir de 14 heures, une vingtaine de jeunes convergent vers une petite maison aux volets bleus, près de la gare. Au Point jeunes, lieu d'accueil, de prévention et d'aide à la réinsertion, on peut venir sans rendez-vous. Pour prendre une douche, un café, passer un coup de fil, dénicher une place dans un foyer ou discuter avec l'équipe d'éducateurs qui se démènent pour démêler des situations souvent inextricables. En 1998, la moyenne d'âge des visiteurs était de 24 ans, elle est aujourd'hui de 21 ans. «Beaucoup viennent avec une demande d'urgence: un ticket repas pour le restaurant social, consulter l'infirmière, ou le vétérinaire pour leurs animaux, explique France Médard, éducatrice spécialisée. Mais, au fil du temps, certains nous disent qu'ils en ont marre de cette vie et veulent entamer une formation pour se réinsérer.» Le Point jeunes offre aussi à ses visiteurs la possibilité d'avoir une domiciliation postale. Au courrier: surtout des papiers administratifs et des piles d'amendes SNCF. Les trains, le meilleur moyen de rallier les destinations ensoleillées et les grands festivals d'été, sont sous surveillance. Au bout de 10 amendes, le récidiviste est passible d'emprisonnement.

Le soir, l'équipe du Point jeunes change de casquette et assure la tournée du camion du Samu social. A bord, boissons chaudes, couvertures, trousse à pharmacie et une bonne dose d'enthousiasme. «C'est l'occasion d'aller à la rencontre des personnes sur leur lieu de refuge, de les rassurer pour la nuit, raconte Hugues Menard, 31 ans. Cela nous permet aussi de localiser et d'approcher ceux qui ne demandent rien.»

L'été, avec l'arrivée des touristes, le SDF est sommé de déguerpir

Certains groupes de jeunes marginaux ne sont même plus révoltés contre la société, ils vivent à côté d'elle. Certes, les plus de 25 ans ne crachent pas sur le RMI. Mais leur credo, c'est le No future hérité des années punk. Leur maître mot: la «solidarité» qui règne au sein du groupe. En principe, on partage tout: la bouffe, les cigarettes, les stupéfiants, l'alcool. «En réalité, il s'agit d'une solidarité forcée, indispensable. C'est la gestion de la galère collective, explique Pierre Coupiat, éducateur de rue chevronné. Le fait de consommer ensemble les mêmes produits, notamment les toxiques, soude le groupe autour de valeurs communes.» Pour tuer le temps, gommer la réalité et se «donner du courage», on fume clope sur clope. On boit tout ce qui passe: canettes de bière de 50 centilitres à 8,6°, bouteilles de blanc, rhum, cocktails improbables. «Encore une bière, pour oublier une vie amère», martèle une chanson des Sales Majestés, un groupe punk-rock référence des années 1990. Autant dire que les gérants de supérettes ne protestent pas forcément quand une bande stagne une journée entière à proximité. On rit beaucoup aussi. «Vivement le jour où on remplacera les euros par les capsules», lance Jérôme, en désignant un amas de bouteilles vides.

Ce mode de vie est impitoyable pour le corps et l'esprit. La drogue fait, a minima, tomber précocement les dents. Le manque d'hygiène, de protection et la promiscuité favorisent les problèmes dermatologiques, respiratoires, et la transmission des maladies sexuelles. «La vie dans la rue a aussi des effets déstructurants sur l'état psychique, souligne Olivier Douville. Les jeunes SDF sont souvent de grands ados, avec des angoisses de nourrissons, alors qu'ils montrent une carapace de durs à cuire nihilistes.»

L'été, avec l'arrivée des touristes, le SDF est sommé de déguerpir. Dès 1995, des villes comme Avignon, Nice, Sète ou La Rochelle ont promulgué des arrêtés interdisant la mendicité. Sur la place rochelaise du Pilori, où Jojo, Julie, Cédric et les autres stationnent avec leur barda et leur meute, deux policiers à vélo, teint hâlé et casque bleu rutilant, s'arrêtent: «Messieurs-dames, à partir d'aujourd'hui, fin des regroupements avec plus de deux chiens. Veuillez vous disperser, s'il vous plaît.» La troupe maugrée, obtempère, s'ébranle. Et se reforme 200 mètres plus loin, derrière une église. Une heure plus tard, rebelote. Cette fois, les policiers sont six. «Dernier avertissement. La prochaine fois, nous serons obligés d'embarquer les chiens.» Dans ce jeu de gagne-terrain, ce sont toujours les flics qui gagnent à la fin. Les chiens des plus récalcitrants sont placés huit jours en fourrière, où ils font l'objet d'examens vétérinaires. Le propriétaire peut ensuite récupérer son animal, moyennant 60 €. «Ils savent comment nous faire mal, grommelle Cédric. Mais ça ne sert à rien.» Inimaginable pour un jeune zonard de partir sans son chien: il reste en ville huit jours de plus.

Chassés des agglomérations, beaucoup de jeunes SDF se réfugient dans les campagnes. L'idée? Trouver une ferme abandonnée, squatter et tenter de créer un lieu de vie communautaire. Angie et Nat, la trentaine, font partie de ces «néoruraux» précaires. Etablis avec enfants et chiens sur une ancienne exploitation de 7 hectares, à une dizaine de kilomètres de Bergerac, ils revendiquent un mode de vie alternatif. Une utopie minimaliste, fondée sur le retour à la nature et le troc. «Le but, c'est de cultiver des légumes, des fruits, d'avoir des bêtes et d'être en autonomie alimentaire», avance Angie. La ferme est aussi un lieu de passage et de repos pour leurs copains Eric, Russel et Christophe, qui savent que le squat qu'ils occupent à Bergerac va être évacué sous peu par la police.

Au bout de trois ans, en moyenne, il devient très dur de sortir de la rue. Certains peuvent considérer l'attribution du RMI (425,40 €) comme une ressource suffisante. «Qu'est-ce qu'on te propose quand tu veux t'en tirer? Un petit boulot à 400 € et des mois d'attente pour avoir une place en foyer, s'insurge Russel. A ce tarif-là, il faut vraiment en vouloir…» Pas simple d'affronter un employeur potentiel quand les stigmates corporels sont flagrants: cicatrices, brûlures, dents manquantes… Suprême difficulté: pour réintégrer la société, il faut quitter sa «famille de la rue», abandonner ses chiens. «On voit des gens trouver un job, un petit studio. Ils se retrouvent seuls chez eux le soir, totalement paumés, raconte Pierre Coupiat. Certains craquent et retournent auprès de leurs copains de galère.» Parfois, c'est l'amour qui triomphe. Les jeunes femmes - a fortiori quand elles tombent enceintes - ne supportent plus le manque d'hygiène, l'absence d'intimité avec leur compagnon. L'ultimatum est clair: «C'est la rue ou moi.»

Le plan de cohésion sociale entré en vigueur en janvier 2005 prévoit une batterie de mesures en faveur des jeunes SDF. «D'ici à 2007, nous allons créer 1 800 places supplémentaires dans des centres d'hébergement, 100 centres d'accueil et d'écoute jeunes, et débloquer 20 000 places dans les foyers de jeunes travailleurs et de la Sonacotra pour des personnes en voie de réinsertion, annonce la ministre Catherine Vautrin. Il faut multiplier et combiner les solutions.» Ancien zonard, Luc, qui a retrouvé un emploi et un logement, reste circonspect: «Avant, j'étais un marginal. Maintenant, je suis un pauvre.» Dans les rues de La Rochelle, la bande de Jérôme, Julie et Cédric vient de repérer un nouveau venu. Un jeune homme seul, propre sur lui, assis en tailleur sur un bloc de béton. Il regarde fixement la Grosse-Horloge, porte d'entrée de la vieille ville. On le retrouvera peut-être dans six mois à Bordeaux, dans un an à Paris. Ou à la même place.


Post-scriptum
Un tiers des jeunes de moins de 25 ans sans domicile fixe - vivant en foyer, en centre d'hébergement temporaire ou dans la rue - occupent un emploi précaire. 57% d'entre eux bénéficient de la couverture maladie universelle (CMU).
source : http://www.lexpress.presse.fr/info/societe/dossier/exclusion/dossier.asp?ida=434132

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