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 Villepin, un goût de perlimpinpin

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wapasha
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wapasha

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MessageSujet: Villepin, un goût de perlimpinpin   Villepin, un goût de perlimpinpin EmptyLun 20 Juin à 18:37

lundi 20 juin 2005 (Liberation - 06:00)
Par Cécile DAUMAS et Sonya FAURE et Stéphanie PLATAT et Michaël HAJDENBERG
Villepin, un goût de perlimpinpin

CDI avec période d'essai de deux ans, armée, contrôle des chômeurs... des jeunes s'inquiètent des mesures annoncées début juin à l'Assemblée par le Premier ministre.

Citation :
L'avenir professionnel de la France au chômage se trouve-t-il dans un magasin de vêtements ou une petite imprimerie ? Dominique de Villepin le pense. Lors de son discours de politique générale à l'Assemblée, le 8 juin, le Premier ministre a dit tout le bien qu'il pensait des très petites entreprises. C'est là que se trouve la capacité d'embaucher, là qu'il faut expérimenter un «nouveau modèle social», avec ce contrat assorti d'une période d'essai de deux ans. Lors de son discours, il n'a oublié personne parmi ceux qui sont le plus touchés par le chômage : femmes, vieux, jeunes ­ bichonnant particulièrement ces derniers. Son discours les a-t-il convaincus ? Sont-ils prêts à effectuer un service militaire adapté ou travailler dans le bâtiment ou la restauration ?

Egalité des chances

«Accéder à un emploi quand on porte un nom à consonance étrangère, entrer à l'université, dans une grande école, quand on est issu d'un milieu modeste (...) quelle ambition plus légitime ? Pourtant dans notre pays, c'est souvent une ambition déçue.»

«Les jeunes d'ici, ils ont une expression pour ça : "C'est des blagueurs." Ils ne croient plus aux politiques. A leurs yeux, tous ces discours ne changeront rien à leur vie.» Amar Henni est directeur du service jeunesse de Grigny et adjoint au maire de Ris-Orangis. Située à trente kilomètres de Paris, dans l'Essonne, Grigny concentre deux cités sensibles, la Grande Borne et Grigny 2. Amar est un type qu'on dirait de bonne composition. Mais il s'énerverait presque à la sortie de Villepin, engageant l'ANPE à sanctionner les chômeurs qui refuseraient plusieurs offres d'emploi «raisonnables». «Même les stages de fin d'étude sont difficiles à décrocher pour un jeune de Grigny Nous avons trouvé du travail à 85 jeunes cette année. A peine un cinquième en CDI et bien sûr en dessous de leur diplôme. Qu'on ne me dise pas que les bac + 3 qui déchargent les camions ne veulent pas bosser !» Les jeunes sont-ils prêts à travailler dans les très petites entreprises (TPE) ? «Ils aimeraient bien travailler tout court», lâche Hervé, en maîtrise d'aménagement du territoire. Dans le bassin d'emploi de Grigny, les TPE, souvent dans la manutention, ne proposent pas de postes qualifiés. «Même si les employeurs aiment bien avoir des bac + 3 : ça veut dire qu'ils étaient "sérieux" à l'école, ça les rassure», explique Amar Henni.

Les jeunes affluent vers les carrières sanitaires et sociales, spécialement les filles, ou les formations vente. Des secteurs saturés. Le bâtiment, la restauration ? Même avec un crédit d'impôt de 1 000 euros, comme le propose de Villepin, difficile de réhabiliter ces secteurs qui manquent de bras. «On a dévalorisé les métiers manuels. On a insulté leurs pères, dit Amar Henni. Un poste dans le bâtiment, la plupart des jeunes d'ici ne peuvent pas l'accepter : "On veut pas être des ouvriers", nous répètent-ils.» Laurence Legagneux, directrice du Point info jeunesse, poursuit : «A Grigny, les jeunes veulent tous bosser à la mairie. Pour eux, la municipalité est riche à millions et y travailler serait une reconnaissance de l'Etat, des institutions...»

L'ANPE peut toujours convoquer individuellement chacun des 57 000 jeunes au chômage depuis plus d'un an, comme le propose le nouveau Premier ministre, ils ne croient plus au discours sur l'égalité des chances. Leur salut professionnel passe plutôt par le réseau de connaissances, la cooptation. «Ils cherchent plutôt la personne "qui pèse", explique Amar Henni. Celle qui a du réseau, celle qui connaît du monde.» Haçade Bensalem, né à la Grande Borne il y a trente ans, compte bien être de ceux-là. Après un bac + 2 électronique, il a créé, à 25 ans, sa ligne de vêtements. «Un jour, j'ai passé un entretien en tant que technicien. J'arrive le lundi et le type me tend un balai. Je me suis cassé. Leur discours, c'est beaucoup de blabla pour rien. J'ai pas besoin d'eux pour avancer. Tous les ans, ils nous sortent une mesure, un nouveau dispositif, au lieu de dire aux jeunes : "Montez votre boîte, on vous soutient."» A Grigny, de plus en plus de diplômés créent leurs boîtes de sécurité, des taxiphones ou des sandwicheries. Pour monter sa ligne de vêtements, Haçade a «tapé toutes les institutions». Il dit qu'elles ont regardé de travers le «petit Arabe» : «Maintenant, je veux monter un lobby de "business" autour de notre communauté. L'Etat ne nous donne pas le respect ? Entraidons-nous.»

Armée

«Il y a 60 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme. (...) Nous avons un modèle qui fonctionne pour nos jeunes compatriotes d'outre-mer, très durement frappés par le chômage : le service militaire adapté.»

L'armée, remède contre le chômage des sans qualification ? Jennifer, 22 ans, une scolarité interrompue en troisième, a tenté sa chance. Pétillante jeune femme d'origine africaine, elle a voulu devenir volontaire de l'armée de terre : quatre mois de formation, un an d'engagement. «Nerveuse, difficile, impulsive», elle espérait «se remettre droit» sous les drapeaux. «Je suis partie au bout d'un jour. Problème d'autorité. Un chef nous a expliqué les règles de la vie collective. J'ai été élevée en institution, les ordres, je ne peux plus. Depuis cinq ans, je suis indépendante, je vis en foyer.» En proposant aux jeunes sans qualifications une formation (bâtiment, restauration, sécurité...) via l'armée, Villepin a sorti une mesure «travail, famille, patrie». «L'armée, ça passe ou ça casse», explique Sylviane Reboud, conseillère emploi à la Mission locale du XIe arrondissement de Paris, réseau national d'accueil des jeunes sans qualification. «S'ils arrivent à s'adapter à la rigueur du milieu, ils peuvent très vite être employables. L'image de l'armée, garantie de discipline, rassure l'employeur. Pour certains jeunes désocialisés, cela peut être une solution. Mais pas pour tous.» Le plan armée de Villepin prévoit 8 000 places d'ici à 2006 ­ le premier centre doit ouvrir en septembre ­ alors qu'ils sont plus de 60 000 à sortir chaque année de l'école sans diplôme... L'armée oubliée, Jennifer s'est tournée vers la restauration, secteur qui cherche désespérément à embaucher. «En un an et demi, on m'a fait miroiter des CDI, mais je n'ai accumulé que des remplacements. Je crois que je n'ai pas la peau assez claire.» Juliette a aussi tenté sa chance dans la restauration, après avoir tout laissé tomber en seconde. «A 21 ans, dit-elle, je n'ai plus de dos. C'est un milieu marrant pour les étudiants, pas pour ceux qui veulent en faire leur métier. La plupart des restaurants ne respectent pas le Smic, ne paient pas les heures supplémentaires. Il y a trop d'arnaques, trop de travail au noir. Ça m'a dégoûtée du monde du travail.» Soutenue par sa famille, elle va reprendre ses études.

Apprentissage

«L'apprentissage permet aux jeunes d'accéder à un bon emploi ou de s'engager dans la création d'entreprise.»

Ils sont heureux et aimeraient que ça se sache. Pierre, Loïc, Aurélie, Sébastien et Emilian ne sont ni vraiment des étudiants, ni vraiment des pros. Ils font partie des 1 400 apprentis formés chaque année par l'Institut consulaire de formation par alternance (ICFA), à Bordeaux, et se situent «dans cet entre-deux», qu'ils jugent «méconnu» et «dévalorisé». «Je suis sûr que vous vous attendiez à nous trouver avec des blouses bleues et des sabots à la main pour raboter», lance Sébastien. En réalité, tous les cinq travaillent dans le tertiaire, comme la moitié environ des apprentis en France. Alors, même s'ils se méfient des mesures annoncées par Villepin, ces jeunes, âgés de 20 à 25 ans, le rejoignent sur son constat de base : «L'apprentissage permet aux jeunes d'accéder à un bon emploi.» Surtout, ils espèrent que le discours du Premier ministre participera d'une valorisation de leur statut. Un CAP, soulignent les spécialistes de l'emploi du Céreq (Centre d'études et de recherches sur les qualifications), permet de mieux s'insérer sur le marché du travail que des études supérieures sans succès...

C'est pourtant à reculons que la plupart sont venus à l'apprentissage. Emilian : «Je n'avais pas d'assez bonnes notes pour rester en filière générale. Mais, au final, c'est une chance : j'ai des perspectives d'emploi.» 66 % des apprentis du centre trouvent du travail dans les six mois après leur formation. Emilian, en bac pro commerce, a des garanties chez une grande surface de matériel informatique. Mais il veut d'abord passer un BTS, pour entrer comme chef de rayon. Pierre est déjà en BTS. Son patron lui a promis un poste d'agent immobilier, voire la création d'une nouvelle agence. Il ne s'emballe pas. Villepin a beau avoir lié l'apprentissage à la création d'entreprise, il sait que le chemin est long : «C'est vrai qu'on accumule de l'expérience. Mais c'est plus concevable de lancer sa société chez les artisans que dans le tertiaire.»

Avant d'être créateurs d'entreprises, Pierre et ses petits camarades devraient donc être embauchés. Avec une période d'essai de deux ans ? «Ça n'aurait aucun sens si c'est dans la boîte où on a déjà été formés depuis deux ans», explique Loïc, pour qui cette mesure «risque d'intimider le salarié». «Par exemple, il n'osera pas demander une augmentation de salaire au bout d'un an.» Et travailler dans une petite entreprise ? Si Emilian préfère travailler dans une «grosse boîte», au nom de la sécurité de l'emploi, Pierre aimerait commencer par une petite, pour la même raison. «De toute façon, on est sur les rails, se rassure Sébastien qui, comme les autres, en a d'abord bavé. Pour entrer dans un centre de formation, il faut l'accord d'une entreprise. Or, dans notre domaine, très peu d'employeurs connaissent le système d'apprentissage.» A son train de mesures, Villepin ferait donc bien d'ajouter un wagon communication.

Recherche d'emploi

«Il n'est pas acceptable qu'un demandeur d'emploi (...) puisse refuser successivement plusieurs offres d'emplois raisonnables. Des dispositifs existent pour sanctionner les abus. J'entends qu'ils soient appliqués.»

«Je veux bien que certaines personnes se trouvent plus avantagées avec les allocations chômage que si elles travaillaient», explique Lucie, 25 ans, diplômée d'une école de commerce depuis octobre. Elle touche le RMI depuis trois mois et, comme elle vit chez ses parents en Bretagne, elle ne perçoit que 374 euros par mois. Alors entendre un ministre dire que certains se complaisent dans leur précarité et refusent d'en bouger la met «en boule». «C'est énervant de toujours entendre que, si t'es chômeur, c'est que tu le veux bien. Une majorité de gens souffrent de cette situation et se sentent assez mal. Quand on sort de l'école, pointer au chômage, ce n'est pas vraiment dans tes plans de carrière.» C'est sur le «raisonnable» premier-ministériel que Lucie a des doutes : «Un poste d'agent de service, c'est raisonnable, mais moi avec mon bac + 4, je n'accepterai jamais. Faut pas déconner.»

Dominique de Villepin a mis l'accent sur les très petites entreprises. Mais, quand on est jeune diplômé à bac + 4 minimum, la solution TPE n'est pas celle qu'on envisage en premier. «J'ai bossé dans une entreprise où ils étaient quatre. Si tu te fâches avec un de tes collègues, c'est mort pour l'ambiance au bureau», explique Camille, 26 ans, titulaire d'une maîtrise de droit, qui cherche du boulot dans la communication. La durée de vie des TPE rebute également la jeune diplômée. «Tu ne sais jamais combien de temps ça va tenir. Les TPE ont une réflexion à six mois. Tu peux facilement être jeté si ça ne marche pas. Celui qui veut se faire une carrière ne choisira pas de travailler dans une TPE, parce que, niveau hiérarchie, on a vite fait le tour. A moins que le boss ne meure, je ne vois pas comment on peut grimper.»

Toutes deux rejettent le contrat nouvelle embauche. «C'est honteux, affirme Camille. Les directions vont pouvoir mettre la pression deux ans sur leurs employés, au lieu des trois mois habituels. On n'a pas besoin de deux ans pour montrer si on est efficace ou pas.» «C'est deux ans d'instabilité, deux ans de bouche-trous, deux ans pendant lesquels on ne peut pas faire de projets, estime Lucie. C'est un contrat d'emploi cheap.» Elle en est à son douzième entretien et a envoyé cette semaine sa treizième lettre de motivation. Camille cherche un travail depuis un peu plus d'un an, elle a déjà effectué quelques CDD mais pas de CDI au bout. Elles connaissent les entretiens d'ANPE. Alors, que Villepin ait décidé de reconvoquer tout le monde pour septembre, ça les ferait presque sourire. «ça part d'une bonne intention, tempère Lucie, mais je ne compte pas sur l'ANPE pour me trouver un boulot. Il faudrait créer, comme en Angleterre, des vrais cabinets professionnels où la personne qui s'occupe de toi te motive vraiment.» «De l'ANPE, je n'en suis jamais sortie plus forte. Au contraire, conclut Camille. Après il fallait que je me rebooste toute seule.»
source : http://origine.liberation.fr/page.php?Article=305188

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Les conséquences de ce qu'on ne fait pas sont les plus graves.
Marcel MARIËN 1920
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