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 Interview de Vincent Cheney

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wapasha
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wapasha

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MessageSujet: Interview de Vincent Cheney   Interview de Vincent Cheney EmptySam 11 Juin à 0:39

altermonde.levillage-MADELEINE R.-vendredi 10 juin 2005
Interview de Vincent Cheney

Cet article arrive comme un miroir à ma pensée. Il me fait dire que ces années passé a militer pour la décroissance n'ont pas été vaine puisqu'enfin reprise par de bonne volontés. L'homme raisonnable n'est peut-être pas tout a fait mort, on fait donc bien de s'acrocher.

wapasha



Citation :

Madeleine : Bonjour Mr Vincent Chenet. Vous êtes le fondateur de "casseur de pub" et rédacteur en chef du journal de la décroissance. Vous nous dites « la voiture propre c’est un leurre ». Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi ?

Vincent Cheney : Déjà, quand on parle de voiture propre, il y a un mensonge sur les mots parce qu’une voiture pour la construire, çà nécessite un certain nombre de matières premières. Aujourd’hui, pour faire une voiture, il faut 20 fois son poids en matière première, donc il est bien important de comprendre que ce n’est pas que la pollution atmosphérique. C’est aussi tout un ensemble, la production de la voiture, sa fabrication. Après, tout ce qui est nécessaire pour la faire circuler et puis, après, c’est le véhicule comme déchet. Donc, on ne peut pas prendre uniquement sous cet angle atmosphérique en disant « On va réduire cette pollution et l’on va considérer que cette voiture est propre ». C’est un mensonge sur les mots, une voiture par nécessité est sale. On peut parler de voiture un peu moins sale, un peu moins polluante, mais pas de voiture propre ! Il n’existe pas de voiture propre, comme il n’existe pas de guerre propre, ni de bourreau humaniste. Donc, c’est un mensonge sur les mots comme le développement durable ou la croissance soutenable. On est dans le même registre, comme nous n’arrivons pas à changer le monde, à changer certains éléments techniques, eh bien nous changeons les mots pour nous faire penser qu’une voiture puisse être un jour écologique.

On a parlé de la construction, et puis après il faut savoir qu’une voiture, quand on la fait circuler, cela nécessite un certain nombre d’infrastructures ; il faut des routes, des autoroutes, des rocades, tout un environnement propre à l’automobile. Je dirais aussi que c’est un mode de vie. Aujourd’hui nous bâtissons une civilisation qui est basée sur le transport automobile et au-delà de son impact écologique, cet environnement, c’est une nuisance à la joie de vivre qui est considérable. Nous construisons un univers non pas pour l’humain, mais construit pour des robots, des objets mécaniques ce qui fait que nous déshumanisons notre cadre de vie à travers ce mode de déplacement. Donc, c’est une nuisance écologique et c’est aussi une nuisance sociale. On parle de voiture propre en oubliant que c’est des tués ; un mort par heure en France, des millions de morts depuis 30 ou 40 ans, depuis qu’elle s’est généralisée dans les pays occidentaux. Je ne sais plus qui disait « La voiture, c’est une troisième guerre mondiale au niveau des victimes », mais voilà, c’est énormément de choses que l’on ne pense pas de prime abord, c’est les multiples conséquences, les multiples impacts sur notre société. Aujourd’hui, cela a un impact lourd, puisqu’on peut dire qu’on est dans les sociétés de l’automobile.

Aujourd’hui, la principale pollution, c’est l’automobile et la télévision qui sont deux grosses problématiques, deux gros problèmes écologiques de notre civilisation. Alors, souvent, on nous reproche de nous focaliser sur l’automobile, mais quand on regarde la rue, c’est l’espace collectif qui est accaparé à 80 % par l’automobile ! Donc, ces objets, aujourd’hui, occupent de plus en plus l’espace qui devrait être un espace commun, qui devrait être avant tout un lieu de relation d’échange social, de contact humain et tout cela est accaparé par ces boîtes de tôles en moteur. C’est aussi un envahissement spatial, donc je le redis, l’automobile ne peut pas être propre : Quand on roule en ville, cela a des conséquences planétaires, écologiques, et l’automobile, aujourd’hui, c’est la guerre parce que quatre cinquième de l’énergie utilisée c’est du pétrole. Cela a de lourdes conséquences sur notre civilisation. Pour que les pays riches occidentaux puissent se l’accaparer, il faut mettre en place un système militaire ; c’ est l’armée américaine qui va permettre d’acheminer vers nos pays le pétrole ; c’est la mise en place des dictatures pour pouvoir capter des richesses qui ne nous appartiennent pas ; c’est tout un ensemble militaro-industriel qui est mis en place pour nous permettre de circuler de cette manière. Ce qui est difficile, c’est que l’automobile, nous l’avons largement naturalisée, alors que c’est un phénomène marginal tant dans le temps que dans l’espace. C’est aujourd’hui 20 % de la population mondiale qui se déplace avec cet objet. Cela fait une cinquantaine d’années qu’elles s’est généralisée de façon massive dans les pays riches, mais nous avons grandi, évolué dans cet univers avec ces objets qui nous semblent aussi naturels que les arbres, les plantes. Il faut faire un effort, prendre du recul pour pouvoir comprendre que le déplacement automobile c’est un phénomène marginal et que cela engendre une civilisation qui est insoutenable écologiquement mais humainement surtout.

Madeleine : Dans le cas d’une ville sans voiture, quels seraient les moyens de transport adéquats pour les femmes enceintes, les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite ? Qu’est-ce que vous voyez pour eux ?

Vincent Cheney : C’est un des systèmes de défense de l’automobile, des automobilistes, des gens qui défendent ce mode de déplacement. Nous, on leur dit « ce mode de déplacement est insoutenable ». Ils nous répondent : « vous êtes contre les ambulances » !

Madeleine : En riant ce n’est pas la même chose !

Vincent Cheney : Excusez-moi de faire du mauvais esprit... Çà fait partie de ce système, par une utilisation marginale de justifier l’ensemble du processus, donc une ambulance justifie 1000 voitures et 1000 voitures vont nécessiter 10 ambulances qui à leur tour vont légitimer 1000 automobiles ! Nous ne sommes pas contre quelques automobiles bien que cela reste discutable, on peut les remettre en cause. L’urgence, cela devrait être de limiter l’automobile aux gens qui en ont vraiment besoin, c’est-à-dire les ambulances pour le coup ou les utilisations vraiment indispensables pour peu qu’il y en ait. Quant on parle d’automobile en ville, notre regard est un peu trompé par l’urbanisme que nous connaissons à l’heure actuelle. C’est-à-dire que nous voyons la ville et à côté une campagne quasiment désertique ou qui est habitée de façon très moderne, très urbaine. Penser un monde sans voiture ! Vous ne devez pas penser qu’une ville sans voiture, on doit penser plus loin ! Un monde sans voiture, çà nous oblige à repenser la conception de l’urbanisme que l’on a aujourd’hui, c’est-à-dire de sortir de cette rétractation de la population dans de grandes agglomérations où c’est un mode de vie qui nécessite énormément de pétrole. Donc, c’est un mode de vie qui va être lié à cet engorgement du territoire que nous connaissons à l’heure actuelle. Il faut savoir aujourd’hui que 80 % de ces déplacements ont lieu dans ces grandes agglomérations et que les déplacements entre ces grandes agglomérations sont minoritaires quant à l’utilisation de l’automobile. Donc, s’il reste des automobiles il faut les limiter à des transports vraiment indispensables...

Madeleine : L’automobile est le 2ème poste budgétaire derrière l’habitat. Comment remettre en cause l’automobile sans se casser la figure ?

Vincent Cheney : Il faut prendre le problème à l’envers. Il faudrait dire aujourd’hui : « qu’est-ce que c’est cette utilisation qui nous oblige à rouler avec des automobiles » ? Très souvent, les personnes vont nous dire « mais il est impossible de vivre sans voiture un peu comme Marie-Antoinette à la veille de la révolution française qui disait comment puis-je vivre sans chaise à porteurs » ! L’automobile, c’est un phénomène marginal ! Plutôt que de bâtir un autre système, il faut déconstruire ce système qui nous a été imposé, ce mode de fonctionnement, ce mode de déplacement automobile.

Madeleine : Donc déconstruire, on en arrive à décroissance, c’est çà ?

Vincent Cheney : Voilà ! Il faut décroître, décoloniser notre univers, essayer de se libérer de tous ces besoins qui ont été créés de toute pièce par la société industrielle, décoloniser notre imaginaire de l’idéologie publicitaire qui nous amène à une civilisation insoutenable ! C’est très important pour nous : Il s’agit d’un désencombrement ! Très souvent, on est dans des logiques qui sont très constructivistes, les personnes nous disent « nous sommes dans un système de croissance, apportez-nous un contre-système ! Un contre-système au système automobile ! » Notre objectif, dans un premier temps, n’est pas de bâtir un autre système, il faut déjà sortir de cet enfermement psychique qui est créé par les medias de l’idéologie de croissance, de consommation. Je reviens un peu à la voiture propre : La voiture propre participe un peu du système où l’on vous dit « Ne vous inquiétez pas on va trouver des solutions techniques pour répondre à tous ces phénomènes » ! On est toujours dans un système d’inversion des valeurs comme la société de consommation, la société de consommation qui fait passer de rang de moyen à celui de fin et là on se met à croire en la science à croire dans un monde techno-scientifique. Elle ne repose plus sur le doute, elle devient une foi ! On nous dit « on ne peut plus se passer de voiture » ! Çà, c’est la pensée unique ! La voiture s’est imposée mais nous pensons que grâce à la science toute puissante nous allons trouver des technologies qui nous permettront d’inventer des véhicules qui sont non polluants ! Nous nous déresponsabilisons sur la techno-science pour ne pas faire front face à la réalité des problèmes. Eh bien, nous nous réfugions derrière de fausses solutions qui relèvent plus de la croyance que d’une vraie volonté politique culturelle, philosophique. Nous avons peur de nous affronter à la réalité des choses ; nous attendons par ex la venue, presque d’une façon religieuse, du moteur à eau qui défie les lois de la physique. Ce genre de terme est complètement populaire même s’il est complètement irrationnel. Le moteur à eau est irrationnel, déconnecté de la réalité physique. C’est croire que si on lance une balle en l’air, elle va continuer de monter...

Madeleine : Justement, il y a une marche pour la décroissance au départ de Lyon et qui doit arriver à Magny-Cours. C’est un petit peu ce que vous venez de dire, mais est-ce que vous pouvez nous apporter des compléments pour que l’on comprenne bien de quoi il s’agit quand on parle de décroissance ?

Vincent Cheney : La décroissance, ce n’est pas un terme que j’ai entendu d’un psy ; la décroissance, c’est un mot obus, c’est un mot qui a une charge symbolique forte pour essayer de briser l’idéologie de croissance. En fait, nous sommes aujourd’hui dans un monde qui véhicule cette idée d’un développement sans fin, sans limites, ce qui rompt complètement avec des principes philosophiques spirituels qui ont permis à des civilisations de vivre longtemps de façon pérenne, durable. Aujourd’hui, nous sommes dans un système inversé des valeurs où l’on cherche à attiser les pulsions archaïques de l’homme, les pulsions de domination, ce qui nous amène à nous autodétruire dans un premier temps, à détruire notre environnement naturel, puis à nous détruire humainement à travers cette idée du développement sans limite et de la croissance sans limite. Nous savons que nous pouvons nous structurer comme personne et comme groupe quand nous sommes capables de nous poser des limites. Nous devenons adultes quand nous sommes capables de rentrer dans un processus d’autolimitation. En ce qui concerne les enfants, nous avons, nous adultes, notre rôle : C’est de leur poser des limites ! Ils arrivent à l’âge adulte quand ils sont capables de se poser des limites ! Voilà ce qui nous structure en tant qu’être humain. Nous devons maîtriser nos pulsions archaïques pour permettre à notre être d’émerger. Ça rejoint la théorie freudienne qui est de dire « nous devons maîtriser le (... ?), c’est-à-dire la somme de nos pulsions pour permettre au « moi » d’émerger.

La société de croissance, au contraire, n’a de cesse de flatter ces pulsions archaïques, de nous faire régresser sans cesse à l’âge du sein dans la culture de l’immédiateté. Donc, je veux quelque chose, je dois l’avoir de manière immédiate ! Donc, la décroissance est là d’abord pour essayer de briser cette idéologie de croissance que nous trouvons aujourd’hui très, très largement dans les médias qui nous amènent à nous détruire logiquement socialement et humainement. C’est quelque chose de fondamental, de très important. Avant de construire quelque chose d’autre, nous devons déjà nous désencombrer, décoloniser notre univers de cette idéologie de croissance qui, comme la voiture, devient un phénomène naturel à tel point que nous l’avons inscrit à l’intérieur du traité constitutionnel européen. Les sociétés de croissance sont des sociétés marginales dans l’espèce humaine. Toutes les sociétés qui se sont fondées dans cette logique se sont effondrées en se détruisant et en détruisant l’environnement. Il y a un exemple célèbre, c’est celui de l’Ile de Pâques. Il y a de multiples autres groupes sur la planète qui se sont autodétruits à travers cette idéologie. Donc, la première étape, c’est de déconstruire ce phénomène que l’on nous présente comme quelque chose de naturel. Le fait que ce soit inscrit dans ce traité européen est quelque chose de gravissime ; donc il est important de le dénoncer et puis après il faut se dire que nous sommes une petite fraction de l’échelle humaine -les pays riches- à consommer l’immense partie des richesses planétaires et nous ne pouvons pas continuer à consommer à ce rythme ! Nous devons apprendre la sobriété et la sobriété n’est possible que dans le partage. Donc après la décroissance, après la campagne que nous devons mener pour les prochaines législatives, nous devons tout de suite ajouter le qualificatif équitable, parce que nous ne comprenons pas la décroissance sans la volonté de partage.

La suite en dessous :

_________________
Les conséquences de ce qu'on ne fait pas sont les plus graves.
Marcel MARIËN 1920
Interview de Vincent Cheney Ban_01


Dernière édition par le Sam 11 Juin à 0:41, édité 1 fois
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wapasha
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MessageSujet: Re: Interview de Vincent Cheney   Interview de Vincent Cheney EmptySam 11 Juin à 0:40

La suite :

Citation :
Madeleine : Les ressources naturelles, le pétrole, l’uranium, l’eau devraient être le capital mondial de l’humanité. Dans une économie saine qui ne toucherait pas au capital naturel, il faudrait apprendre à tout recycler. Sait-on le faire, mais surtout a-t-on la volonté de le faire ?

Vincent Cheney : Eh bien non puisque nous sommes dans cette idéologie de croissance qui est défendue par tous les politiques à l’heure actuelle. Nous sommes dans un monde virtuel, on peut dire que les économistes qui tiennent un peu les rennes, qu’ils soient néolibéraux, néo-marxistes, sont bien enfermés dans cette idéologie de croissance, dans une logique déconnectée de la réalité physique du monde. Donc, la décroissance repose un peu sur cette idée de reposer les pieds sur terre et dans le même temps de vouloir donner du sens à notre société en disant « non ce n’est pas cette logique sans fin de bien matériel qui nous permettra de nous structurer et d’évoluer sereinement comme groupe humain » ! Nous sommes très loin du compte, nous avons un gros travail à faire surtout que l’idéologie de croissance fait partie de l’idéologie ultra-libérale et l’idéologie ultra-libérale qui conduit à l’ultra individualisme. Donc, nous avons beaucoup de mal à l’heure actuelle de constituer des projets collectifs. Chacun se réfugie dans des résistances ; des résistances individuelles ou de niches ! Et tant que nous ne serons pas capables de rebâtir du collectif, nous ne serons pas capables de reconstruire des rapports de force qui permettront de bâtir des projets de résistance qui concernent la société tout entière et non pas des fractions de la population, sortir des petits microcosmes de gens qui sont informés et qui sont résistants. L’objectif aujourd’hui passe bien par la repolitisation et notre capacité à rebâtir du collectif.

Madeleine : La biosphère ne va pas négocier de délais, çà c’est le moins que l’on puisse dire. Donc, une prise de conscience est nécessaire et comme vous disiez tout à l’heure, la marche pour la décroissance va dans ce sens. Mais quand on entend les Présidents américains successifs qui nous disent que le niveau de vie d’un américain n’est pas négociable, qu’est-ce qu’il faut comprendre ?

Vincent Cheney : Guillaume Duval qui est rédacteur en chef d’une revue économique nous demande de nous serrer la ceinture. Mais l’immense partie des Français n’a pas l’impression de vivre de manière excessive et, en fait, il traduisait de manière différente ce propos de Georges Bush. Nous avons naturalisé beaucoup d’objets de consommation... Et aujourd’hui, cette logique se retrouve dans la bouche de Georges Bush mais aussi bien chez des personnes et des milieux qui se voudraient critiques. Ils nous disent « avoir une automobile, avoir une télévision c’est un droit et personne ne peut me contester ce droit », ce qui fait que je pense qu’il peut être dangereux de trouver un bouc émissaire facile dans le peuple étasunien et ses représentants. Nous faisons partie de cette fraction de la population mondiale -nous les pays riches- qui surconsomment, qui sont surdéveloppés... Les USA poussent cette logique à son paroxysme, ils nous entraînent dans un très mauvais chemin, c’est une très mauvaise locomotive. Nous devons nous en détacher et cela ne doit pas nous empêcher de remettre en cause ce qui est le train de vie européen et nos conceptions de la vie de consommation qui très souvent est vue comme un droit et cela même dans les milieux qui voudraient se voir critiques voire dans les milieux de gauche critique.

Madeleine : Elle s’arrête où déjà la marche pour la décroissance ?

Vincent Cheney : La marche pour la décroissance s’arrête le 3 juillet à Magny-Cours. Le 3 juillet, nous allons être rejoints par José Bové, par Albert Jacquart, et Serge Latouche devant le circuit de Magny-Cours du grand prix de France de formule 1. Cela fait maintenant 5 ans que nous manifestons contre cette épreuve qui est le symbole du paroxysme, du gaspillage, cette épreuve qui érige des comportements irresponsables en exemple. Donc si nous voulons essayer de stopper cette folie de la consommation, nous devons nous attaquer aux symboles majeurs. Aujourd’hui, le symbole c’est le grand prix de France ! Voilà pourquoi depuis des années nous demandons sa suppression auprès de nos hommes politiques sans succès, mais il faut bien dire je pense que ce grand prix nous verrons sa fin ! Nous allons rentrer dans l’ère du déclin de l’extraction de pétrole, donc il faut savoir que ce genre de folie n’a pas grand avenir. Mais aujourd’hui, il faut anticiper ce déclin d’extraction. Donc il faut que cet arrêt soit un arrêt politique avant que cet arrêt ne soit lié à des nécessités, à des contingences écologiques, sinon nous courons à la catastrophe.

Madeleine : Alors vous allez essayer d’avoir une prise de parole, une manifestation qu’est-ce que vous allez faire à Magny-Cours ?

Vincent Cheney : Eh bien nous allons déjà marcher pendant un mois à la suite d’un garçon qui s’appelle François Schneider qui parcourt la France depuis un an avec une ânesse, Jujube, et qui sensibilise nos concitoyens pour la décroissance. Il faut savoir aussi que nous n’attendons pas grand-chose de médias actuels. Il ne faut pas se leurrer, il ne faut pas chercher à les convaincre. Les grands médias appartiennent à des grands groupes financiers, industriels, voire militaires.

Madeleine : Des marchands d’armes...

Vincent Cheney : Des marchands d’armes puisque Lagardère, Dassault sont les principaux propriétaires de la presse française. Donc, ils défendent une logique qui est celle de la croissance, qui est celle de la délocalisation. Il faut savoir que quand ils parlent, c’est souvent fait de manière superficielle soit pour nous décrédibiliser. Donc nous visons de manière très, très modérée la tribune dans ces grands médias. Notre objectif, c’est d’aller directement à la rencontre de nos concitoyens pour pouvoir leur parler de ce sujet. Car ce sujet est nécessairement complexe, nuancé, il ne peut pas se satisfaire de logique binaire : le nucléaire ou la bougie, le tout consommation ou pas de consommation du tout, comme nous l’entendons à travers nos médias. Donc nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une communication simplificatrice, réductrice, donc forcément notre propos est un propos qui prend du temps, qui doit être développé d’une manière un peu structurée, même si nous le faisons comme je le fais d’une manière humaine, d’une manière maladroite. Mais nous pensons que ces idées, malgré tout, sont des idées vraies que rien n’arrêtera.

Madeleine : Quand on dépense plus que l’on gagne on va à la faillite. Dans le cas des ressources naturelles que l’on gaspille, on hypothèque la vie de nos descendants. Comment passer d’un modèle basé sur l’expansion, sans limites, comme vous l’avez expliqué, à une économie sobre, sans tomber dans l’anarchie ?

Vincent Cheney : Il faut savoir une chose : Pour nous, les ressources naturelles seraient mille fois plus importantes qu’elles ne le sont aujourd’hui, nous pourrions polluer mille fois plus et notre planète serait mille fois plus vaste si elle pouvait absorber la pollution que nous émettons eh bien, nous serions toujours des gens qui seraient pour la décroissance. Parce que nous pensons que, au-delà de cette problématique écologique, c’est qu’il faut penser, au fait que l’homme ne se structure, ne se grandit, qu’en étant capable de se poser des limites. Donc, pour nous, l’écologie est importante, certes, mais ce n’est qu’un point d’appui rationnel pour notre combat, notre propos philosophique humaniste qui est là pour essayer de véhiculer des valeurs, valeurs qui fondent notre humanité. Alors dans ce processus d’autolimitation, on pourrait dire que la loi est partie prenante, ces lois qui nous permettent d’évoluer ensemble, qui sont essentielles pour essayer de développer des projets de société qui soient viables. Pour que nous puissions vivre en bonne entente, nous pourrions dire qu’aujourd’hui il suffirait d’appliquer un certain nombre de lois, pour que nous entrions dans un processus de décroissance.

Je vous prends un exemple : l’eau en Bretagne ! Pourquoi l’eau est polluée ? C’est tout simplement parce que la loi n’est pas appliquée ! Demain, nous ferions appliquer la loi eh bien l’eau redeviendrait buvable ! Donc on pourrait dire est qu’il est nécessaire pour rentrer dans cette décroissance de bâtir des "méta-cités", des "méta-systèmes" qui soient des systèmes clé en main pour la décroissance. Ce n’est pas du tout notre propos. Notre propos n’est pas de substituer à une idéologie de croissance une espèce de contre-idéologie de décroissance. Notre objectif, c’est de rétablir notre aspect critique pour après entrer dans une phase de propositions. Mais ces propositions nous ne les entendons que dans un cadre démocratique, c’est-à-dire un cadre qui soit fondé sur un conflit, un conflit sain où chacun échange des argumentaires. Donc nous n’avons pas de système clé en main. Nous savons que nous pourrons déjà progresser en faisant appliquer les lois qui existent puis après en essayant d’imaginer, de renforcer certaines lois, tout en sachant que notre objectif n’est pas de construire un système qui soit infernal, où il y ait des lois dans tous les sens.

Madeleine : Pas une éco-dictature...

Vincent Cheney : Pas une éco-dictature ! Donc, en cela, la prise de conscience des individus est fondamentale parce qu’évidemment quand on parle d’anarchie Gandhi disait l’anarchie est le système le plus évolué dans le bon sens du terme. Cela suppose que les individus soient des individus parfaits, mais nous nous savons imparfaits ! Donc nous savons que nous avons besoin d’un certain nombre de lois. Mais plus les gens sont conscients moins ils ont besoin de lois !

Madeleine : Aujourd’hui on entend beaucoup parler de développement durable ; est-ce que c’est la même chose ou est-ce que cela va dans le même sens que la décroissance ?

Vincent Cheney : C’est une supercherie, c’est un acte sémantique ! Serge Latouche, qui est professeur d’économie, n’a pas de mots assez durs pour le dénoncer. Evidemment, cela participe de cette même logique que la voiture propre : Nous voyons que la voiture pollue et plutôt que de remettre en cause l’automobile, nous accolons certains adjectifs pour nous faire penser que la voiture puisse être écologique. Avec le développement durable, nous sommes exactement dans le même cas de figure. Donc nous nous apercevons que le problème c’est du développement sans limite. L’idée qu’il y a dans nos sociétés, des pays développés, des pays sous-développés, des pays en voie de développement, donc la société de consommation telle que nous l’entendons sera l’aboutissement inéluctable de l’évolution du processus d’une société, c’est bien cela qu’il faut remettre en cause. Le développement durable est d’autant plus pervers qu’il accole ses adjectifs, qu’il voudrait faire passer le développement pour éthique alors que c’est complètement incompatible avec cette idée de nous poser des limites. Nous sommes dans un monde fini et nous devons comprendre que nous ne pouvons pas consommer sans cesse plus ; et que la société de consommation est insoutenable philosophiquement. Je dirais que le développement durable, c’est ce qu’il y a de pire puisque c’est un faux ami. Dernièrement, c’était le PDG de Renault, Louis Schweitzer disait que le développement durable n’était pas une utopie, que c’était la condition de la survie de l’économie de marché. Quand Louis Schweitzer parle de l’économie de marché, il ne pense pas à l’économie des marchés, une économie basée sur de petites entités économiques. L’économie de marché comme le capitalisme, et en cela il est très clair Louis Schweitzer, il dit la survie du capitalisme c’est le développement durable, ce qui prouve bien que ce faux ami est avant tout à combattre !

Madeleine : J’ai vu sous votre plume et celle de Bruno Clémentin que vous n’aviez pas l’air d’être de grands partisans du commerce équitable, du moins sous certaines formes. Est-ce que vous pouvez nous préciser votre pensée ?

Vincent Cheney : Pour être simple, parce que le débat sur le commerce équitable c’est un débat complexe, on pourrait dire que manger du chocolat équitable, qui vient du commerce équitable, c’est mieux que manger du chocolat classique.

Madeleine : (en riant) C’est mieux pour la santé !

Vincent Cheney : C’est mieux pour respecter les personnes qui le produisent. Le mieux, c’est de ne pas consommer des produits exotiques bien sûr, c’est de consommer des ressources locales et c’est en faisant cela que nous aiderons le mieux les paysans du tiers-monde et du reste du monde. Parce que toute cette production de produits exotique a été mise en place avec l’esclavage à partir du 16, 17, 18ème siècle et nous ne voulons pas faire perdurer cette logique qui consiste à faire sortir des paysans du tiers-monde de leurs cultures vivrières, c’est-à-dire des cultures d’autosuffisance pour passer à des cultures de rapport dont l’objectif est d’exporter leur production très souvent en contre-partie de l’importation d’armes. Donc on ne peut pas rejeter d’emblée le commerce équitable, mais il faut savoir qu’il a des effets pervers, qu’il entérine une certaine logique économique, celle de la marchandisation du monde de sa globalisation, de la perte de la souveraineté alimentaire et c’est avant tout cela qui est à combattre ! Voilà, je dirais le discours sur le développement durable est forcément nuancé. On ne peut pas arriver avec une logique abrupte, on dit « on bloque le commerce équitable ». Mais il y a d’autres objections à ce commerce équitable : aujourd’hui on ne peut pas parler de commerce équitable, il y a aussi une tromperie sur les mots. Le commerce équitable serait vraiment équitable si les conditions de protection sociale des pays producteurs étaient les mêmes que les protections sociales des pays consommateurs. Ce n’est pas le cas ! Nous nous demandons si cela ne participe pas à toute cette fausse solution technique qu’on nous propose et qui entérine nos renoncements à changer de politique à travers le monde. Si, face à notre démission, si, face à notre désir de justice, nous ne finissons pas par dire « il n’y a plus que la charité qui puisse apporter un moindre mal à ce monde », cela ne veut pas dire que la charité est négative en tant que telle, mais nous devons dire que la charité est quelque chose de second par rapport à notre désir de justice planétaire.

Madeleine : Merci Monsieur Cheney d’avoir répondu à nos questions !

source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=2968

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