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 Des refoulés de Ceuta et Melilla témoignent

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FleurOccitane
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Nombre de messages : 5959
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 30/04/2005

MessageSujet: Des refoulés de Ceuta et Melilla témoignent   Dim 14 Mai à 2:52

Citation :

Des refoulés de Ceuta et Melilla témoignent
Voyages au bout de la barbarie impériale


Au Mali, le Forum pour l’Autre Mali (FORAM) et le Réseau des Artistes et Intellectuels Africains ont organisé « La marche pour la dignité », un voyage en signe de solidarité avec tous les survivants de Ceuta et Melilla dont la dignité a été bafouée ainsi qu’un hommage à tous ceux qui ont payé de leur vie leur quête d’Europe. Elle a débuté le 18 octobre au Centre Amadou Hampaté BA à Bamako, avec l’écoute de quelques deux cents refoulés dont nous transcrivons quelques témoignages.

« Moi aussi, j’étais à Melilla où les forces marocaines et la Guardia nous ont coincés entre les deux grilles. Ils ont tiré sur ceux qui les débordaient en tentant d’escalader la deuxième grille. C’est à ce moment que j’ai reçu une balle dans la jambe. Siaka Diarra, mon ami qui n’avait pas réussi à leur échapper a été battu à mort, le crâne fracassé ». Dianguina COULIBALY

« Ta peau est ton visa et tu ne passes pas quand tu es noir et, de surcroît, pauvre. Tu dois même disparaître. Tel est mon sentiment personnel. Sinon pourquoi vont-ils jusqu’à déchirer ou brûler nos passeports, et même nos carnets d’adresses quand ils ne nous tuent pas ? Ils nous veulent sans identité, ni existence. Ils nous dépouillent souvent des moindres papiers que nous pouvons avoir et les informations qui peuvent nous permettre de poursuivre notre chemin ou de garder le contact avec nos parents ». Mamby DEMBELE

« Le téléphone portable qui nous permet de coordonner nos actions pour atteindre notre objectif, ou garder le contact entre nous et avec nos parents est convoité par les éléments des forces marocaines dont les plus gradés. Lorsqu’ils m’ont arrêté et m’ont dépouillé, j’ai eu le malheur de leur demander de garder l’argent et de me rendre mon téléphone qui était vital pour moi. Pour toute réponse, l’un d’entre eux m’a donné un coup de tête qui m’a assommé... J’ai dû y renoncer en me rappelant le sort de l’un de nos compagnons qui avait eu le même comportement que moi et sur qui huit agents s’étaient acharnés en attachant ses poignets pendant qu’il crachait du sang ». Bréhima DEMBELE

« Certains agents vont jusqu’à nous suivre dans les toilettes pour nous dépouiller quand ils sentent que nous détenons un téléphone ou de l’argent. Ils ont le même comportement quand vous portez un vêtement qui leur plaît. Moi, j’avais un pantalon jeans et des chaussures qui ont dû attirer l’attention de l’un d’entre eux. Il me les a enlevés. J’ai marché à moitié nu et sans chaussures jusqu’au moment où quelqu’un dans la population m’en ait donné. Pourquoi d’ailleurs les uns tentent d’arriver en Europe par bateau tandis que les autres attendent devant les grilles de Ceuta et de Melilla ? Précisément parce que nous sommes arnaqués au niveau de Gao par des gendarmes et des policiers qui veulent prélever leur dû sur nos maigres sous. Quand vous résistez, ils vous débarquent, vous fouillent et vous enlèvent la totalité de votre argent quel que soit le montant. Je les ai vus dépouiller quelqu’un de plus d’un million de Francs. Alors que leurs homologues algériens n’exigent rien de nous, les agents maliens constituent la première étape de nos difficultés sous prétexte que le Président de la République leur a demandé de ne pas nous laisser partir à l’étranger. Pour poursuivre notre chemin sans argent, nous sommes obligés de nous arrêter de village en village, en Algérie, et d’effectuer des travaux agricoles, de construction et autres qui nous permettent d’arriver au Maroc. En quatre mois, j’ai pu économiser 600 Euros avant de poursuivre ma route ». Souleymane TRAORE

« Moi, je ne sais rien de Ceuta et de Melilla ni des grilles de protection. Mais je sais tout de nos malheurs lors de la traversée par bateau. Et quel bateau ! Les passeurs que nous avons contactés nous ont conduits dans des cachettes qui sont logées au flanc des collines où nous devions attendre, entassés les uns sur les autres, avec très peu d’eau et de nourriture. L’eau contenue dans un gobelet comme celui que je tiens entre les mains doit être bue par petites gorgées pendant des jours. Vous pouvez mourir de soif si vous ne respectez pas cette consigne. Le moment venu, les passeurs viennent chercher certains d’entre nous pour les mettre à contribution dans la fabrication de l’embarcation. Par le passé, ce sont des arabes qui nous faisaient traverser. De plus en plus, ils donnent une boussole à l’un d’entre nous et lui montrent comment s’en servir. Et nous partons. Moi, j’ai tenté la voie maritime à trois reprises mais sans succès. J’ai assisté à de nombreuses pertes en vies humaines. Le bilan de la troisième tentative s’est soldé par sept rescapés dont moi-même et 35 noyés. » Madou KEITA

« Pourquoi risquons-nous ainsi nos vies ? Pour ne pas assister impuissants à la mort des nôtres, surtout nos vieilles mères et nos enfants faute de nourriture ou de médicaments. Nous n’avons certes pas de diplômes, pour la plupart d’entre nous. Nous tentons juste de vendre notre force à l’Europe pour nourrir les nôtres. Est-ce un crime ? Nous ne faisons de mal à personne, ni au Maroc, ni en Espagne. Nous voulons juste travailler ». Sadio CISSOKO

« Nous nous jetons sur les grilles et montons dans ces embarcations que nous bricolons, la peur au ventre. Mais nous nous disons que la mort vaut mieux que la honte. Nous estimons que nos compagnons qui sont tombés à Ceuta et à Melilla ou dans le désert, comme ceux qui se sont noyés en traversant l’Atlantique ne sont pas des bandits mais des hommes de mérite. Ils ont risqué leurs vies non pas pour eux-mêmes mais pour leurs familles et pour ce pays. Leur sort sera plus enviable que le nôtre si nous devons rester ici et vivre au crochet de nos parents âgés. Je ne peux pas me prononcer pour les autres, mais sans emploi rien ne me retiendra ici. Je repartirai dès que j’aurai économisé l’argent nécessaire à moins que le Mali change et s’occupe mieux de nous ». Mamadou DIARIMAN

Causes Communes numéro 49 - Janvier / Février 2006 Sommaire

Actualités :

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- Violence dans les quartiers : les leçons d’un séisme
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Europe

- Ceuta et Melilla : l’assaut du désespoir

- Des refoulés de Ceuta et Melilla témoignent

International

- Sénégal : Partenaires parce que solidaires

- A propos deu livre de Pierre Péa : Non à la désinformation

- Non Pierre Péan, pas cela !

Source/auteur : http://www.cimade.org
Mis en ligne le mardi 18 avril 2006, par Frederique

http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=8280
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