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 La violence !

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FleurOccitane
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Nombre de messages : 5959
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 30/04/2005

MessageSujet: La violence !   Sam 13 Mai à 2:19

Citation :

La violence !
Contributions des sciences sociales sur la question de la violence


Les médias se plaisent à diffuser en boucle les images de « violences urbaines », que ce soient les violences de novembre et leurs innombrables voitures brûlées, ou les images des dernières manifestations avec ce qu'ils appellent des incidents « en marge du cortège ». Pourtant ces violences, si spectaculaires qu'elles puissent être, ne sont qu'une partie marginale de la violence qui règne dans notre monde. Cet article ne se veut pas une description exhaustive des formes et des cas de violences observables de par le monde, l'entreprise serait trop fastidieuse tant elles sont nombreuses et polymorphes. Il s'agit simplement ici d'apporter un éclairage critique sur la violence par l'intermédiaire des sciences sociales, en mettant en lumière des formes de violence qui, contrairement aux guerres, tortures, massacres de masses et génocides sont bien souvent occultées voire ignorées.
Certains chercheurs en sciences sociales en ont fait leur objet d'étude, allant jusqu'à s'engager physiquement et personnellement dans la dénonciation de ces violences. Cette posture est marginale dans le champ académique - surtout dans le champ des universitaires français, dont beaucoup revendiquent un non engagement et une prise de distance vis-à-vis du monde, la posture du savant dans sa tour d'ivoire - et mérite à ce titre d'être saluée.

Ainsi, certains se sont attachés à mettre en lumière la violence constitutive du monde moderne, afin d'en dénoncer les mécanismes. Paul Farmer, anthropologue américain, a mis en évidence le concept de violence structurelle. La violence structurelle est pour P. Farmer la violence résultant de la structuration inégalitaire des sociétés modernes. C'est une forme de violence qui s'abat sur les individus de manière insidieuse et pourtant extrêmement forte. C'est l'inégalité des conditions de vie, d'accès aux soins et aux ressources - qu'elles soient matérielles ou immatérielles - et qui a pour conséquence des milliers de morts quotidiennes et invisibles - les « invisible genocides » de Nancy Scheper-Hughes. Cette violence, qui s'abat sur des milliards d'individus des pays pauvres, ainsi que sur une partie des populations des pays riches, s'abat en priorité sur ce que notre modernité a constitué comme l'une des choses les plus sacrées dont l'être humain puisse disposer : son corps. Tandis que désormais dans nos pays riches nous pouvons porter plainte et nous déclarer traumatisés par la moindre velléité d'atteinte à notre corps, la violence structurelle s'abat froidement et de manière invisible sur les corps des citoyens pauvres de notre monde. Un seul exemple : l'espérance de vie d'un français ou d'un japonais (aux alentours de 80 ans ) est le double de l'espérance de vie la plus faible au monde, 40 ans dans certains pays africains. La violence structurelle permet aux chefs d'entreprise occidentaux de faire travailler pour moins d'un euro par jour des ouvriers pour un 15 heures de labeur quotidien. En retour les ouvriers licenciés en France par exemple et qui ne sauront pas « se mobiliser » - si l'on reprend le discours managérial - subiront la paupérisation et se verront souffrir de maladies - s'ils ne souffrent pas déjà d'une maladie professionnelle - liées à leurs nouvelles conditions de vie - maladies cardiovasculaires liées à une mauvaise alimentation, etc. La violence structurelle frappe particulièrement les femmes. Soumises d'abord à la domination masculine comme partout dans le monde, les femmes des pays pauvres sont de surcroît la proie de la violence structurelle, qui les conduit bien souvent à l'exploitation sexuelle. Femmes des pays d'Europe de l'Est vendues, revendues, traitées comme du bétail, voyageant de pays riche en pays riche au gré des transactions conclues par leurs maquereaux, mais aussi femmes d'Amérique latine, ou encore d'Afrique ou d'Asie qui, lorsqu'elles ne sont pas « exportées » doivent se soumettre dans des bordels infâmes aux désirs d'occidentaux qui s'imaginent qu'elles aiment cela. Alors que le corps est devenu sacré en occident, ces mêmes occidentaux ne parviennent pas à imaginer un seul instant que cette activité ne soit pas le résultat d'un libre choix. Je ne parle même pas ici des enfants auxquels on réserve le même sort qu'à ces femmes. Ce qui est intolérable pour l'homme des pays riches lorsque cela concerne sa femme, sa fille, sa mère ou ses enfants devient normal et tolérable dès lors qu'il quitte son domicile - pour aller se taper une prostituée dans l'une de nos métropoles - ou qu'il quitte les frontières de l'espace Schengen .
Cette violence est occultée par ce que Pierre Bourdieu a mis en évidence sous le concept de violence symbolique. La violence symbolique est ce qui contribue à légitimer l'ordre social profondément inégalitaire, notamment en le faisant apparaître comme naturel. Elle fait adhérer une partie des dominés au discours des dominants. Ici les discours scientifiques ont une importance non négligeable, aux côtés du système scolaire et des dispositifs disciplinaires. L'économie par exemple, dans ses approches néoclassiques, libérales et néolibérales a fait émerger une figure : celle de l'homo oeconomicus. Elle présente l'être humain comme un être fondamentalement rationnel, qui agit en fonction de ses besoins, qu'il cherche à satisfaire de manière optimale. Ces théories présentent cet homo oeconomicus comme un fait de nature. De ceci découlent nombre de représentations que nous nous faisons de l'autres, et qui sont profondément inscrites dans le sens commun : par exemple, si le chômeur ne travaille pas, c'est qu'il trouve des avantages supérieurs aux inconvénients liés à sa situation. Si une femme de prostitue, c'est qu'elle doit être de petite vertu et qu'elle doit y trouver des avantages. Etc. La psychologie n'est pas en reste dans ce phénomène. Par exemple, la catégorie de psychopathie - et même celle, carrément, de sociopathie dans la psychologie américaine - fait référence à des individus dont cette science dit qu'ils n'ont aucun sens moral, et commettent des actions illégales - vols, agressions etc. - en raison d'inclinations naturelles de leur esprit. Il existe certes des individus issus des classes sociales inférieures comme des classes sociales supérieures qui souffrent réellement de ces désordres. Mais les études de terrain montrent que cette catégorie a de plus en plus tendance à être appliquée à des individus qui commettent des vols avec violences car ils n'ont d'autre choix pour survivre. L'exécrable rapport de l'Inserm - qui préconise de détecter et ficher les enfants susceptibles de devenir délinquants dès leur plus jeune âge - salué par le tout aussi exécrable Nicolas Sarkosy participe de cette même volonté de légitimation d'un ordre social inégalitaire par une naturalisation des comportements sociaux.

Mais ce sont également les sciences sociales, de leur plein gré ou non, qui participent également de cette violence symbolique, lorsqu'elles expliquent ou qu'on s'en sert pour expliquer, par exemple, les difficultés d'intégration de certaines populations d'origine étrangère par des différences culturelles qui seraient insurmontables. La culturalisation prend ici la place de la naturalisation pour gommer l'aspect inégalitaire des rapports sociaux entre individus ou entre populations. On pourrait dresser à l'envi la liste des mécanismes de légitimation de l'ordre social, et qui mériteraient de bien plus amples développements.
Enfin, les états disposent de moyens de coercition physique légaux, ce que Max Weber qualifiait de violence légitime. Outre tout ce que nous connaissons - tabassages etc. - ils peuvent se permettre face à des individus n'appartenant pas au monde occidental, d'outrepasser le droit commun qui est la règle dans nos états, mais aussi les droits de l'homme. Il suffira ici de citer le cas du chenil de Guantanamo ou encore le sort réservé aux étrangers en situation irrégulière sur notre territoire. La vie, devenue valeur suprême en Occident comme « processus vital » pour Hannah Arendt, ou dans la dimension de gestion politiques des populations - la biopolitique constitutive du pouvoir moderne pour Michel Foucault - justifie des guerres au nom d'impératifs humanitaires, ou permet à des personnes accusées de crimes contre l'humanité d'échapper à leur emprisonnement (Maurice Papon) ou carrément à leur procès (Augusto Pinochet). Elle ne semble cependant pas avoir la même valeur lorsqu'il s'agit des anciens membres d'Action Directe. Dans ce monde moderne tandis que certaines vies prennent une valeur inestimable, d'autres n'ont aucune valeur et sont gaspillées, gâchées, perdues (Bauman 2006) et ces individus considérés comme des « inutiles au monde » (Castel 1995)
Face à ces violences et inégalités, qu'est-ce qu'un pavé sur le casque d'un CRS ? Qu'est-ce qu'un cocktail molotov sur un car de police ? Qu'est-ce qu'une vitrine de banque brisée ? Qu'est-ce qu'une canette sur la tête d'un flic de la BAC qui lui, peut ouvrir un crâne sans être inquiété, après avoir proféré des insultes racistes à des manifestants, ou encore peut vous tirer dessus en plein visage à l'aide de son flashball ?

Quelques lectures : Arendt Hannah : Essai sur la révolution, Gallimard 1985.
Bauman Zygmunt : Vies perdues. La modernité et ses exclus. Payot 2006.
Castel Robert : Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat. Fayard 1995.
Dewerpe Alain : Charonne, 8 février 1962. Anthropologie historique d'un massacre d'Etat, Folio, 2006.
Farmer Paul : « On Suffering and Structural Violence : A View From Below », in Arthur Kleinman, Veena Das, and Margaret Lock (Dir.) Social Suffering, University of California Press, 1997.
Fassin Didier : - L'espace politique de la santé, PUF, 1996. - avec P. Bourdelais (Dir.), Les constructions de l'intolérable, Etudes d'anthropologie et d'histoire sur les frontières de l'espace moral, La Découverte, 2005.
Foucault Michel : Histoire de la sexualité, Tome I, La volonté de savoir, Gallimard 1976.
Scheper-Hughes Nancy et Bourgois Phillipe (dir.) : Violence in War and Peace, an Anthology, Blackwell Publishing, 2004.

anonyme article:58326 Georg seppuku
le mardi 11 avril 2006 à 19h58

http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=58326
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Aikiji
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MessageSujet: Re: La violence !   Ven 29 Aoû à 0:08

Houlà, y'a du trolling dans l'air... Evil or Very Mad
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La violence !
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