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 88 écoles, quelle mixité sociale ?

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FleurOccitane
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Nombre de messages : 5959
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 30/04/2005

MessageSujet: 88 écoles, quelle mixité sociale ?   Mar 18 Avr à 15:45

Citation :

88 écoles, quelle mixité sociale ?
dimanche 12 mars 2006
par Denis Collet

Un rapport "confidentiel" des Renseignements Généraux voit dans les émeutes de novembre « une insurrection non organisée », d’abord alimentée par « un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur l’origine ethnique ou géographique, mais sur la condition sociale d’exclus de la société française » [1].
Depuis Jules Ferry, l’école est la première institution où se jouent l’intégration et l’adaptation des petits citoyens aux valeurs de la République. A quoi ressemble la mixité sociale sous les préaux ? Comment les enfants sont-ils répartis entre les établissements du primaire ? Cuverville liste quelques mécanismes à l’oeuvre dans le système éducatif français en analysant plus spécifiquement la situation toulonnaise.


LA nostalgie a la peau dure. Des experts mandatés par l’INSERM [2] réinventent le déterminisme biologique en cherchant dans « le tempérament et la personnalité » du quasi-nourrisson la raison de ses « troubles des conduites » à l’âge adulte. La phrénologie, l’eugénisme et le dix-neuvième siècle ne sont plus très loin [3]. Et certains législateurs connus pour leurs idées progressistes saluent le travail de ces dignes représentants de la Recherche française.

Plus sérieusement, un rapport commandé par le Ministre de l’Education nationale [4] tente d’expliquer pourquoi la concentration scolaire d’enfants issus de mêmes milieux sociaux peut devenir un handicap, nuire à leur future intégration et générer de la violence. Le rapporteur pose la question suivante, sans laisser de doute sur la nature de la réponse : « l’inculcation d’une "culture civique" qui rattache chaque citoyen [...] à une même nation et aux valeurs républicaines et démocratiques qui la fondent peut-elle encore avoir la moindre signification lorsqu’elle s’exerce dans des établissements où se répercutent toutes les ségrégations — économiques, sociales, ethniques, religieuses, culturelles — qui caractérisent le quartier dans lequel ils sont implantés ? » Une précision s’impose : « les ségrégations ne se situent pas seulement dans les banlieues dites "difficiles". Tel établissement de centre ville, public ou privé, fréquenté par les enfants des familles les plus aisées peut présenter les mêmes types de problèmes et induire des comportements déviants, certes spécifiques, mais du point de vue d’une éducation civique, tout aussi inquiétants ».

Pas besoin d’émarger à l’INSERM pour constater que l’absence de mixité sociale favorise le communautarisme, le repli sur soi, le racisme et, partant, certains « troubles des conduites ».

Le constat n’est pas brillant. Toutes les écoles de la République ne sont pas représentatives de toutes les strates sociales de la République, c’est une évidence. Et à Toulon, la mixité sociale ne peut prétendre s’exprimer que dans les écoles des quartiers où cette mixité existe.

Inscrire le minot à l’école.

« La commune a la charge des écoles publiques », dit l’article L212-4 du code de l’Education. Cela signifie entre autres que l’inscription des écoliers est gérée par la Ville. « En fait, l’attitude des communes peut varier du dirigisme le plus strict au laisser-faire le plus complet » [4]. La situation toulonnaise correspond à ce deuxième cas de figure : l’inscription est laissée à l’appréciation du directeur de l’école qu’auront choisi les parents pour leur progéniture. Sur le principe, cette école peut se situer à l’autre bout de la ville. La sectorisation, c’est-à-dire le découpage en zones précises (tu habites ici, ton gamin sera donc scolarisé dans tel établissement), n’existe pas. Cadre institutionnel, la sectorisation pourrait pourtant agir comme promoteur de la mixité sociale à condition bien sûr qu’elle soit aménagée en ce sens.
Sous prétexte de laisser la liberté aux parents d’inscrire leurs enfants où ils le désirent, certaines municipalités — dont Toulon — évitent bien soigneusement de s’intéresser au problème. La sectorisation s’inscrit dans une démarche politique volontariste qui contrarie forcément les électeurs les plus avertis. Il se trouve que les électeurs les plus avertis sont souvent les plus opposés à l’hétérogénéité des classes.
Bien au fait de la veulerie des maires, Hébrard préconise « de confier la préparation de la sectorisation à une instance de discussion mettant en jeu les différents partenaires (mairie, enseignants, familles, partenaires associatifs...) »

En attendant et pour garantir un certain équilibre, les directeurs doivent donc s’entendre entre eux. Selon l’avis des professionnels avec lesquels nous nous sommes entretenus, cela se passe généralement en bonne intelligence. Mais il y a des contre-exemples : telle école de l’Est toulonnais était jadis le symbole de la mixité car située à la frontière d’une cité HLM et d’une zone résidentielle. Le directeur de l’école la plus proche se mit en tête d’élargir son cercle de recrutement géographique "naturel" et attira ainsi progressivement tous les gamins de la zone résidentielle au détriment de l’établissement voisin. Le "symbole de la mixité" est ainsi devenu "l’école du HLM"...
Il faut dire que le système peut faciliter les dérives. Pour assurer leur mission — et cela demande une certaine abnégation —, les directeurs bénéficient d’une rémunération adaptée et de décharges horaires [5] qui augmentent avec le nombre de classes de l’école. Cela va du quasi-bénévolat (moins de 5 classes) à la décharge complète (14 classes et plus). Mais c’est mal foutu, non proportionnel, il y a des paliers qu’on peut être tenté de franchir pour souffler un peu. Schématiquement : en acceptant plus d’élèves que l’école ne peut théoriquement en recevoir, un directeur pourra faire pression sur l’Inspection Académique [6] pour ouvrir une classe supplémentaire grâce à laquelle il accèdera à une "tranche" supérieure.

Il convient d’affirmer que les acteurs principaux de la ségrégation sont les parents. Quand la société ne définit pas un cadre précis et rigoureux pour le vivre-ensemble, c’est le chacun-sa-merde qui s’organise. Quoi de plus "naturel" que de vouloir le meilleur pour son gamin, demande le parent d’élève qui craint de voir son fils racketté, corrompu par les dealers, crétinisé au contact des classes sociales défavorisées ?
Propos rapportés du directeur d’une école toulonnaise située dans un quartier bourgeois : « les parents à qui je dis que je ne peux pas accepter leur minot parce que je dépasse l’effectif vont le foutre dans le privé. Je suis bien obligé de le prendre ! » Et c’est par effet d’entraînement, sur l’environnement urbain ou la qualité présumée d’une équipe pédagogique, que se créent les déséquilibres et se font les réputations, que telle école est désertée par les couches supérieures au profit de telle autre. A mort l’hétérogénéité (des niveaux, des cultures, des couleurs, etc.) !
Nous pointons là les parents des milieux les plus favorisés. Les autres ignorent pour la plupart les mécanismes et sont sans doute moins préoccupés par le mélange. Et comme ce ne sont pas les électeurs les plus fidèles, ils passeront facilement pour des citoyens de seconde zone aux yeux de la municipalité.

[...]

http://www.cuverville.org/article43225.html
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FleurOccitane
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MessageSujet: Re: 88 écoles, quelle mixité sociale ?   Mar 18 Avr à 15:46

(suite)

Citation :

Créer la mixité, ce n’est pas mélanger la difficulté sociale et la très grande misère sociale.

La Valbourdine est un foyer toulonnais pour jeunes gens en péril : le fond de la misère affective et sociale avec tout ce que cela peut induire de « troubles des conduites ».
Les minots de ce foyer étaient encore récemment scolarisés sur place à raison de 5 ou 6 élèves par classe et presque autant d’adultes pour les encadrer, en comptant le maître. L’Inspecteur de l’Education Nationale responsable du secteur a décidé de supprimer ces classes en chantant "l’intégration" : ces enfants seraient bien mieux dans une école "normale" avec des gamins "normaux" au contact desquels ils pourraient se policer [7]. La mairie a donné sa bénédiction [8]. Résultat : les deux écoles les plus proches du foyer ont récupéré la vingtaine de minots, dont 12 pour le seul petit établissement du Fort Rouge qui ne disposait que de 4 classes pour les accueillir. Sachant que la population alimentant l’école n’est déjà pas franchement favorisée à la base, le Fort Rouge se retrouve dans une situation critique ; les maîtres sont débordés mais qu’importe, les parents d’élèves ne se plaindront pas.

Rive droite, rive gauche.

On a vu comment naissent les déséquilibres au sein d’un même quartier. Le rapport Hébrard préconise de « casser la concurrence entre deux écoles proches en les rassemblant dans une même unité de sectorisation (plus vaste et donc plus hétérogène) et en répartissant dans chaque bâtiment les niveaux successifs (le cycle 2 de l’école élémentaire dans l’un, le cycle 3 dans l’autre) » [4].

La mixité sociale doit aussi composer avec la concurrence des écoles privées.

Quelle motivation certains parents trouvent-ils à inscrire leurs enfants dans un établissement sous contrat, quand les écoles publiques ne manquent pas ? La tradition, un peu, et la peur du métissage social, beaucoup. C’est dans les traditions de la Royale, par exemple, de considérer qu’un bon enseignement est un enseignement avec un crucifix au dessus du tableau. C’est dans les traditions de certaines professions libérales de considérer que les enfants méritent mieux que le métissage social. Or on trouve une forte densité d’officiers de Marine, de toubibs et autres notables dans les quartiers toulonnais du Mourillon et du Cap Brun. Les écoles privées n’y manquent pas. L’école élémentaire publique du Port Marchand située entre les jolies maisons du Mourillon et une cité HLM limitrophe, par contre, ferme une classe à la rentrée prochaine (ce n’est pas la seule). Certains observateurs considèrent que si la mairie ne s’intéresse pas vivement au problème, cette école est vouée à disparaître à moyen terme.
« L’hétérogénéité fait peur. Elle provoque des réflexes de défense qui conduisent souvent au mépris, à la xénophobie et au racisme. Les enfants reproduisent rapidement les stéréotypes des adultes et, quelquefois, les anticipent. Les réactions de rejets sont le plus souvent réciproques. Si l’école faillit à l’apprentissage patient de l’acceptation de l’autre, c’est-à-dire de la différence, qui pourra prendre en charge la transmission de cet aspect essentiel des valeurs de notre démocratie ? » [4]

[1] Le rapport des RG date du 23 novembre 2005, des extraits en ont été publiés dans le Parisien ou l’Express, entre autres. Qu’est-ce qu’un rapport confidentiel ? Un rapport dont les bonnes feuilles ne sont publiées que par un seul journal à la fois.

[2] Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale.

[3] Extraits d’une version allégée du rapport de l’INSERM sur les troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent : « Des facteurs individuels comme le tempérament et la personnalité peuvent être impliqués dans l’apparition, le maintien et la sévérité du trouble des conduites. L’agressivité, l’indocilité, et le faible contrôle émotionnel pendant l’enfance ont été décrits comme prédictifs d’un trouble des conduites à l’adolescence, indépendamment du contexte familial et des pairs. [...] Des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme, l’agressivité sont mentionnés comme associés à la précocité des agressions, la persistance du trouble à l’adolescence et à une personnalité antisociale à l’âge adulte ». Chercheur, perds-tu ton sang-froid ?

[4] La mixité sociale à l’école et au collège, rapport présenté par Jean Hébrard, mars 2002.

[5] Les directeurs sont avant tout des maîtres ou des instituteurs, il est donc prévu qu’ils enseignent.

[6] La commune gère le patrimoine et les inscriptions (façon de parler...), et l’Inspection Académique fixe le nombre de postes budgétaires, c’est-à-dire le nombre de maîtres et d’instituteurs.

[7] Notons que le rapport Hébrard conteste cette vision des choses.

[8] Elle envisagerait sur le site une opération immobilière. L’assertion est non vérifiée mais on peut légitimement s’interroger sur les raisons de ce massacre social.

http://www.cuverville.org/article43225.html
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