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 Passe ton diplôme et casse-toi !

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FleurOccitane
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Nombre de messages : 5959
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 30/04/2005

MessageSujet: Passe ton diplôme et casse-toi !   Lun 27 Mar à 16:22

Citation :

Passe ton diplôme et casse-toi !

Alors que Sarkozy planche sur une énième loi restreignant l’immigration et propose de "choisir" les étudiants étrangers qui auront l’immense privilège de s’inscrire dans une université française, nous nous sommes intéressés aux conditions d’accueil actuelles des étudiants venus d’ailleurs. Consternant !


Assis derrière son guichet, le fonctionnaire hurle sur une jeune femme d’origine asiatique qui, visiblement, ne saisit pas bien ce qu’on lui demande. Dans la salle, une quarantaine de personnes, certaines patientant depuis plus d’une heure, observent la scène, la tête basse, les mains agrippées à leur dossier, craignant que leur tour ne suive : une séance d’humiliation publique dès que leur numéro sera appelé. Au bureau d’à côté, indifférent à l’agitation et au nombre de personnes en attente, un employé somnole, hésite - va-t-il convoquer une personne à son guichet ? - puis finalement se lève pour chercher un soda. Sa voisine multiplie les soupirs d’exaspération et les questions agressives face à un jeune sud-américain qui lui présente un dossier pourtant complet. Si cela avait été un bureau de poste ou une administration quelconque, une émeute aurait depuis longtemps éclaté chez les usagers. Mais ces usagers là n’ont pour l’instant aucun droit, sauf celui de subir l’humeur du jour des employés. Nous sommes au « centre des étudiants étrangers », dépendant de la préfecture de police, rue Miollis dans le 14ème arrondissement de Paris. Ce déplorable accueil est réservé à ceux et celles qui vont passer plusieurs mois ou années en France. Tous les étudiants présents ont pourtant un visa en bonne et due forme et sont inscrits dans une université française. Il leur faut juste obtenir un titre de séjour étudiant. Une fois diplômés, nombre d’entre eux feront ensuite partie de l’élite intellectuelle de leur pays d’origine. C’est une bien belle image de la France qu’ils rapporteront chez eux !

Univers kafkaïen

Chaque année, environ 130 000 étudiants étrangers s’inscrivent dans une université hexagonale (1). Ils sont nombreux à garder un souvenir traumatisant de cette première rencontre avec l’administration hexagonale. De cette queue interminable à la préfecture, de l’absence totale d’informations, des scènes d’énervements, de l’incohérence des procédures administratives à suivre, Tarcisio s’en souvient encore « C’est comme si tout était fait pour vous dégoûter, pour que vous renonciez à votre démarche d’étudier en France », soupire-t-il. 34 ans, Brésilien, titulaire d’une maîtrise de droit, d’un DEA de philosophie du droit et d’un DESS en droit social, Tarcisio est juge, spécialisé en droit du travail. En poste à Belo Horizonte (Etat du Minas Gerais), il bénéficie en 2003 d’un congé formation pour suivre un DEA en relations internationales. Le choix d’une université française s’impose de lui-même. « Je partageais cette passion très latino-américaine pour la France. Je me suis initié à la culture française en apprenant la langue pendant six ans avant de venir ». Le voilà donc à vivre sa passion en poireautant pendant six heures à la préfecture. Et ce n’est que le début. « Pour avoir un titre de séjour, la préfecture demande un lieu de résidence permanent. Mais pour louer un appartement, il faut un compte en banque et... un titre de séjour. Pour avoir un compte en banque, il faut là encore un titre de séjour ». Bienvenue dans le très républicain univers kafkaïen ! « Par chance, j’avais un compte à la Banque du Brésil, qui a une antenne à Paris, et le propriétaire de l’appartement que je voulais louer m’a fait confiance », raconte Tarcisio. Tous n’ont pas ces possibilités. « Nous sommes étranger mais on nous demande de présenter des documents comme si nous vivions ici depuis des années ». Heureusement, étant en congé formation, il bénéficie de ressources suffisantes et n’a pas besoin de décrocher une autorisation de travail pour trouver un petit boulot.

A l’université, à deux pas du Panthéon, l’accueil n’est pas beaucoup plus chaleureux. Avec une amie chypriote, Tarcisio s’adresse au secrétariat pour des renseignements pratiques : où se trouve la bibliothèque, le restaurant universitaire, etc. « Nous n’avons pas de personnel pour vous donner des renseignements individuels, il faut vous débrouiller », leur répond-on. « J’étais un peu naïf, j’ai découvert que c’était chacun pour soi ». Le magistrat a la peau basané, les cheveux bruns et, forcément, un accent. Cette apparence va lui jouer des tours. Lorsqu’il se présente à une boutique de téléphonie mobile pour acquérir un portable, le vendeur le dévisage : « Si vous n’avez pas un titre de séjour, nous ne pouvons pas vous vendre de portable », lui affirme-t-il (ce qui est totalement faux, n’importe quel touriste peut acheter un portable si l’envie lui en prend). Tarcisio a beau exhibé sa convocation à la préfecture, rien n’y fait. Gustavo, un ami brésilien également étudiant à Paris, ne connaît pas ce type de problème. Il est blond aux yeux verts. « J’ai découvert beaucoup de méfiance et de préjugés. Je croyais que la France républicaine était un pays de libertés. La France est moins romantique que je le pensais », sourit le sud-américain. « Mais dans ce monde où l’on baigne de plus en plus dans une culture anglo-saxonne, la France garde des atouts. Sa structure de raisonnement, autour d’une vision cartésienne de la vie, est très intéressante ».

« Certains étudiants français sont dans la même situation que nous »

« Ici, on te juge sur ton apparence pas sur tes compétences », estime Hamila. Cette jeune marocaine est intarissable sur les conditions de vie des étudiants étrangers en France. A 28 ans, elle suit un master en audiovisuel à Paris VIII (Saint-Denis) après avoir décroché un DEA de communication au Maroc. Son rêve : réaliser des reportages. Pendant ses premiers mois en France, elle est hébergée chez une tante en Seine-Saint-Denis et dépend donc de la préfecture de Bobigny. « Les regards et les comportements de certains fonctionnaires sont très agressifs. Seule une minorité est sympa. Quand on vient d’arriver, on ne comprend pas tout : les papiers à réunir, les démarches à suivre... Ils devraient prêter assistance plutôt que de crier. C’est encore pire pour les étudiants qui ne comprennent pas bien le Français ». Une fois le visa vérifié, la préfecture s’assure que l’étudiant dispose des ressources nécessaires : 450 euros minimum par mois. Soit sa famille peut le prendre en charge - mais, vu la cherté de la vie en Europe comparé aux pays du Sud, seule la haute bourgeoisie peut soutenir financièrement sa progéniture (adieu les grandes valeurs républicaines de non reproduction des classes sociales) - soit il travaille à mi-temps, le maximum autorisé par la législation. Hamila se trouve dans la deuxième catégorie. Elle a décroché un petit boulot de garde d’enfants dans une famille de Neuilly. « Question ressources, notre pays ne nous aide pas non plus », reconnaît-elle.

« Travailler vingt heures par semaine, pour beaucoup, cela signifie travailler au noir à plein temps pour avoir des revenus suffisants. J’ai trouvé un logement par un ami qui connaissait un propriétaire. Une chambre de bonne dans le 17ème arrondissement. Sinon, ce n’était même pas la peine d’y penser. Je connais des étudiants qui vont aux restos du cœur. D’autres qui sont hébergés en échange de travaux - faire le ménage, garder des enfants - ou qui bossent au noir dans la restauration ou le bâtiment. Beaucoup d’étudiants français travaillent aussi pour payer leurs études. Certains sont dans la même situation que nous », témoigne Hamila. Différence notable : sur la carte de séjour étudiante figure la mention « sans autorisation de travail ». Pour obtenir une autorisation provisoire, valable pendant la durée de son séjour, un étudiant étranger doit s’adresser au ministère du Travail. « Mais quand ils voient cette mention, les employeurs paniquent, croient qu’ils vont payer plus de charges », soupire la jeune femme.

A l’imbroglio administratif s’ajoute la discrimination. « C’est pire depuis le 11 septembre. Même pour faire un stage, lors des entretiens, on vous demande votre origine, voire votre religion ». Elle est déçue, Hamila. « On choisit la France pour la francophonie. On en a une image idéale. Il existe quand même des côtés positifs : à l’université Paris VIII, il y a beaucoup de mélanges, beaucoup d’étudiants et de profs étrangers, des cours le soir pour les salariés... Donc on ne se sent pas négligé. Pour ceux qui n’ont pas assez de ressources, il y a la CMU. Et on acquiert une certaine expérience de vie : à force d’être rejeté, on apprend à s’imposer ! » A la différence de Tarcisio, elle ne conçoit pas son avenir au sein de son pays d’origine, le Maroc. « Je ne me vois pas faire des stages au Maroc dans l’audiovisuel », précise-t-elle. Promesse de CDI en poche, elle a tenté de changer son statut étudiant en statut salarié. Peine perdue. Seuls 3000 changements de statuts de ce type sont accordés chaque année en préfecture. « Alors, comme beaucoup d’autres étudiants marocains, j’ai déposé mon dossier pour partir au Québec. Au Canada, on se fiche de ton origine, de ta couleur. Tout ce qui les intéresse ce sont tes compétences. Il n’y a pas tout ces problèmes », pense Hamila. « J’espère que ce sera ma dernière année ici. Soit je reste en tant que clandestine, pour faire des petits boulots - mais je n’ai pas fait des études pour ça ! -, soit je vais dans un pays qui me donne ma chance ».

Ivan du Roy

(1) Les vrais chiffres

Le chiffre de 250 000 étudiants étrangers en France - soit 13,7% de la population étudiante - a été avancé à l’automne. Mais les statistiques délivrées par les universités hexagonales ne sont pas fiables. Tout simplement parce qu’elles se basent sur la nationalité déclarée lors de l’inscription. Une bonne part des étudiants inscrits sous une autre nationalité sont des jeunes issus de l’immigration et ne sont donc pas ce qu’on appelle des « étudiants mobiles » : ceux qui ont passés le bac ou obtenu des diplômes dans leurs pays puis viennent suivre des études supérieures en France. D’après le nombre de cartes de séjour étudiantes délivrées par les préfectures, on compte environ 130 000 étudiants étrangers.

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