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 L'invasion par les migrants africains est un mythe

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FleurOccitane
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Localisation : Toulouse
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MessageSujet: L'invasion par les migrants africains est un mythe   Jeu 2 Mar à 19:29

Citation :

«L'invasion par les migrants africains est un mythe»
PROPOS RECUEILLIS PAR BENITO PEREZ

Paru le Samedi 11 Février 2006

A moins de quinze kilomètres des côtes de l'opulente Union européenne, un continent en panne. Une proximité qui suscite convoitises et peurs des deux côtés du détroit de Gibraltar. Invité au colloque Mondialisation et migration, tenu à Genève en janvier, Mehdi Lahlou bat en brèche quelques idées reçues largement propagées au Nord. Professeur d'économie appliquée à Rabat, il étudie en particulier l'émigration irrégulière africaine.

«Le Courrier»: Depuis la tuerie de Melilla en septembre 2005, la crainte des Européens de voir une masse de migrants subsahariens les envahir s'est avivée. Comment réagissez-vous?

Mehdi Lahlou: La première chose est de dire qu'il n'y a pas d'invasion. Selon les chiffres dont je dispose, 15 000 personnes essaient de franchir chaque année le détroit de Gibraltar ou de rejoindre les îles Canaries depuis le Maroc. Si l'on ajoute les autres pays du Maghreb, cela fait environs 27 000 migrants. C'est infime en rapport à ce type de mouvements de population que l'on constate ailleurs. D'autant que ces migrants vont se disperser parmi 450 millions d'Européens!

La manipulation politique est évidente. On stigmatise les migrants, en disant: regardez les problèmes qu'ils créent dans les banlieues. Or ces gens sont là depuis trente ou quarante ans! La focalisation sur l'Afrique démontre bien le caractère politique de ce discours, car la majorité des migrants illégaux viennent de l'Est et d'Amérique latine. Mais stigmatiser ces derniers serait problématique pour les pays européens, car ils possèdent d'importants intérêts économiques là-bas. En fait, on applique la plus mauvaise règle aux plus faibles, faisant croire que l'on agit.
Bien sûr, que des Subsahariens tentent de migrer hors des lois, en prenant tous les risques, est un grave problème. Mais pas au point de mobiliser toutes les énergies européennes. L'Union ferait mieux de s'attaquer aux causes du phénomène.

Quelles sont-elles, selon vous?

– Il y a deux causes majeures: d'une part, le déficit de développement économique et social et, d'autre part, l'absence de démocratie et de sécurité. Mais ce sont les deux faces d'une même médaille, les inégalités, l'évasion financière, l'indigence des Etats, le refus de la citoyenneté... tout cela est lié. Quant aux réponses, elles passent par des réformes de longue haleine dans les pays africains et par une attitude moins égoïste de l'Europe. Prenez le discours de plus en plus fréquent sur l'immigration sélective: imaginez qu'aujourd'hui 2000 diplômés quittent chaque année le Maroc. C'est comme si on nous amputait 2% de notre PNB.

La mise en place de zones de libre-échange avec les pays du Maghreb va-t-elle dans la bonne direction?

– Depuis la mise sur pied de ces accords et l'accentuation de la mondialisation, l'écart de développement avec l'Europe n'a cessé de croître! Non seulement les investissements extérieurs ne sont pas venus, mais le tissu économique local n'a pas été mis à niveau, ce qui a engendré une compétition inégale. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord, le déficit de la balance commerciale marocaine est passé de 35% à 52%. L'effet sur l'emploi et donc sur la propension migratoire a été immédiat. Depuis dix ans, le différentiel des richesses a doublé entre le Maghreb et l'Europe. Entre le Niger et l'Europe, il est de un pour quatre cents! Pensez-vous que cela soit supportable? D'autant que l'écart se creuse et se creusera encore!

L'Europe délocalise sa police

Pour faire face aux flux migratoires, l'Union européenne externalise de plus en plus leur gestion vers les pays du Maghreb.

– L'idée est ancienne. Elle est née à la chute du mur de Berlin pour contenir l'immigration de l'Est et a été recyclée, vers 1998, pour l'Afrique et en particulier le Maroc, censé devenir une sorte d'«Etat tampon». D'abord, l'Europe a espéré que le Maghreb parviendrait à retenir les migrants subsahariens en les intégrant dans le tissu social et économique local. Mais vu les taux de chômage régnants, c'était illusoire. Depuis le Sommet européen de Thessalonique, en 2003, germe désormais l'idée de créer des camps dans ces pays pour retenir et dissuader les migrants, mais l'Espagne et la France s'y refusent.

L'un des intérêts de cette politique, c'est ce que j'appelle l'externalisation de l'irrespect des droits de l'homme. A l'instar des Etats-Unis qui confient à l'Egypte la sous-traitance d'interrogatoires «poussés», l'Espagne et l'Italie demandent aux autorités de police de Libye ou du Maroc d'être plus fermes à l'égard des migrants, et expulsent des Subsahariens vers ces pays... tout en leur demandant de respecter les droits humains bien entendu! En fait, ce que les Européens ne peuvent pas faire à cause de leur opinion publique ou du contrôle de la justice sur la police, ils l'exigent des Etats du Maghreb...


Quelles mesures concrètes ont été adoptées pour l'instant?

– L'Union européenne a obligé le Maroc et la Tunisie à renforcer leurs lois anti-étrangers et leurs dispositifs policiers, sous la menace de voir bloquée l'application d'accords économiques pourtant signés dix ans auparavant. Depuis 2005, le Maroc dispose de 9000 policiers affectés au seul contrôle des migrants. En parallèle, le SIVE (Système intégral de vigilance, ndlr) qui détecte les embarcations de clandestins a été perfectionné. Tout cela a entraîné une chute des passages de 25% en 2005 et de 20% en 2004, ainsi qu'une hausse des arrestations. Mais surtout, ce dispositif a poussé les candidats à l'émigration a prendre davantage de risques. Ils partent désormais de beaucoup plus loin, souvent de Guinée ou de Libye, et débarquent vers Grenade, Almeria et même aux îles Baléares! Sur ces nouvelles voies, les risques de chavirer ou de se perdre sont bien sûr plus élevés.
Outre la question éthique d'une telle politique, il faut s'interroger si les moyens engagés par les Etats dans ce dispositif ne seraient pas plus efficaces et plus utiles pour soutenir des projets de développement?

Quelles conséquences a eu ce durcissement au Maghreb?

– Cela a avivé la xénophobie. Pour pouvoir appliquer cette politique dictée par l'Europe, il faut susciter d'une façon ou d'une autre l'adhésion de la population...

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