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 Egalité des chances : les faux-semblants de la lutte ...

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FleurOccitane
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Date d'inscription : 30/04/2005

MessageSujet: Egalité des chances : les faux-semblants de la lutte ...   Ven 20 Jan à 17:55

Citation :

Egalité des chances : les faux-semblants de la lutte contre l’échec scolaire
le 11 janvier 2006

Le gouvernement affiche la volonté de combattre l’échec scolaire. Mais se trompe de cible. Une analyse de Louis Maurin...

"L’année 2006 sera l’année de l’égalité des chances comme grande cause nationale." Le Premier ministre a décidé de frapper fort. En réponse aux violences urbaines de novembre, il a annoncé un ensemble de mesures destinées à promouvoir l’égalité des chances, signalant ainsi avoir entendu l’une des principales demandes des jeunes et des familles : être traités sur un pied d’égalité, comme le veut la devise de la République, et disposer des moyens de s’en sortir dans la vie, en particulier à l’école.

"Les Français veulent que leurs enfants puissent bénéficier, tout au long de leur scolarité, d’un soutien adapté, pour leur permettre de surmonter d’éventuelles difficultés", a-t-il fort justement indiqué. Il faut "sortir de la spirale de l’échec", ne "laisser personne sur le bord du chemin". La France se placerait-elle, enfin, sur la voie du modèle d’éducation qui prévaut dans les pays nordiques ? Celui-ci obtient parmi les meilleurs résultats au monde et présente, en même temps, le moins d’inégalités entre les élèves.

Le Premier ministre a cependant très peu de concret à offrir. Le premier outil auquel il compte faire appel est l’une des mesures de la loi Fillon promulguée en avril dernier : les "programmes de réussite personnalisés". Concrètement, il s’agit d’enseignements de soutien en groupes de moins de dix élèves, dans le temps scolaire, pour les jeunes en difficulté, du primaire au collège. L’essentiel de la réussite scolaire se joue en classe, mais cette initiative pourrait être l’occasion de donner à certains de quoi se rattraper, alors que les familles qui ont les moyens utilisent les cours privés, qui se diffusent à la vitesse grand V grâce aux importantes réductions d’impôt auxquelles ces dépenses donnent droit.

Mais ces programmes personnalisés restent pour l’instant du domaine de l’expérimental : seul un collège et quelques écoles sont concernées en 2005-2006. Une pratique courante au ministère de l’éducation, qui permet d’afficher des mesures tout en évitant d’avoir à supporter le coût de leur généralisation. Le soupçon est d’autant plus fondé qu’au sein du ministère, nul n’est en mesure de chiffrer le coût de cette mesure.

Le deuxième outil, ce sont les "équipes de réussite éducative". Elles sont censées regrouper au niveau local tous les acteurs de l’éducation, de l’enseignant au psychologue, en passant par l’éducateur ou l’orthophoniste. Là aussi, c’est une bonne idée, mais dans la pratique, le Premier ministre compte sur les collectivités locales pour en financer la mise en place : l’Etat n’a inscrit au budget 2006 que 62 millions d’euros pour cette année, une somme qui ne représente finalement que... 10 euros par élève du primaire au collège. Que se passera-t-il dans les communes sans moyens ou dans celles dont les élus municipaux se désintéressent de la réussite scolaire des enfants en difficulté ?

En fait, les dispositifs annoncés, faute de moyens et de volonté politique, risquent de ne concerner qu’une fraction d’élèves très restreinte, quelques milliers par an tout au plus. Le gouvernement prévoit notamment de "concentrer" les moyens répartis actuellement sur les établissements classés en zone d’éducation prioritaire (ZEP) sur ceux qui sont les plus en difficulté. L’ensemble de ces zones ne dispose pourtant actuellement que de très maigres moyens (600 millions d’euros) compte tenu de l’enjeu. Leurs moyens sont même inférieurs à ceux mis en oeuvre dans les autres territoires si l’on prend en compte le fait que les enseignants des ZEP, plus jeunes, sont moins coûteux ! Le gouvernement va donc déshabiller Pierre pour habiller Paul, alors que des sommes six fois supérieures sont prévues en baisses d’impôt pour la seule année 2007... De même, tout en annonçant qu’il faut agir de façon précoce, le Premier ministre n’a rien prévu pour les classes de maternelle, où une bonne part du problème se joue.

Cette politique de concentration des moyens sur un petit nombre d’élèves en grande difficulté est en totale contradiction avec le propre discours du Premier ministre. Lui-même souligne l’importance de l’échec scolaire, que 10 % des élèves de sixième ne savent pas lire et écrire correctement et que 150 000 jeunes par an quittent le système scolaire sans diplôme. Cela signifie que 20 % d’une génération a effectivement peu de chance de se faire une place au soleil dans une société qui accorde au titre scolaire une dimension démesurée, qui peine à offrir ensuite une seconde chance, la formation professionnelle profitant jusqu’à présent d’abord aux mieux formés.

Parallèlement, au niveau du collège, le gouvernement a choisi de poursuivre la politique menée depuis plus de dix ans maintenant, qui consiste à revenir de facto sur le "collège unique" et à recréer des filières d’enseignement différencié de plus en plus précoces. Après l’introduction d’un choix d’orientation en fin de quatrième, avec la mise en place d’options en troisième, le gouvernement veut rétablir l’apprentissage à 14 ans, qui devrait en réalité être proposé à partir de 15 ans. "Nous devons permettre aux jeunes qui le souhaitent de s’orienter vers les filières professionnelles", indique le Premier ministre. Fait du hasard ? Ce sont toujours des enfants de familles défavorisées dont les "goûts" sont tournés vers les filières très courtes. Plus le tri est effectué tôt, plus les jeunes issus de ces familles ont tendance à choisir des orientations courtes ou moins valorisées, en intériorisant leur échec annoncé dans les filières plus réputées. Un processus inégalitaire, d’ailleurs souvent validé (quand il n’est pas renforcé) par les décisions d’orientation prises par les conseils de classe, comme l’a montré un rapport du Haut comité à l’orientation en mars 2004.

Au-delà de ces mesures concernant directement l’école, un changement plus large se dessine en matière de politique éducative : la collectivité en a fait assez, c’est aux individus de se prendre par la main. En contrepartie d’aides aux parents en difficulté, ceux-ci seront sanctionnés par la suspension des allocations familiales dans "toutes les situations où l’enfant est en difficulté en raison d’une défaillance ou d’une insuffisance manifeste de l’autorité parentale". Par le biais de "contrats de responsabilité parentale", signés par les parents avec les chefs d’établissement. Avec pour effet de montrer du doigt les familles. "Ce que nous faisons dans le domaine de l’emploi, c’est ce que nous voulons faire davantage en matière sociale", rappelle le Premier ministre à propos de l’accompagnement personnalisé.

Les élèves qui échouent sont donc ceux qui baissent les bras ou ceux dont les familles "démissionnent". Comme les chômeurs, RMIstes et autres titulaires de minima sociaux, considérés désormais comme largement responsables de leur propre situation. Du libéralisme appliqué aux adultes au libéralisme appliqué aux enfants. Comme dirait Jacques Chirac, il en est de l’école comme des banlieues, on peut réussir "à condition de le vouloir"...

Louis Maurin

Cet article est extrait d’Alternatives économiques, n° 243, janvier 2006

Inégalités : la parade des grandes écoles

Face aux critiques concernant l’étroitesse de leur recrutement en termes d’origine sociale, les grandes écoles ont trouvé la parade : elles veulent intégrer une partie des meilleurs élèves issus des quartiers les plus défavorisés, via une discrimination positive à leur égard. Avec comme modèle les conventions signées entre l’Institut d’études politiques de Paris et quelques lycées situés dans les zones d’éducation prioritaires.

Ce type de politique a le mérite de reconnaître que le système actuel ne profite qu’aux plus favorisés. Mais il permet aussi d’éviter des réformes plus profondes. Notamment une réforme des concours d’entrée, qui privilégient à outrance la culture des élites dominantes : les grandes écoles ne sont pas seulement inaccessibles à une minorité des cités, mais aussi à l’immense majorité des enfants des catégories populaires et moyennes. Cette pratique évite aussi, plus largement, de se pencher sur une réforme de l’enseignement supérieur qui rétablirait l’égalité entre les moyens accordés à l’université et ceux des grandes écoles, deux fois mieux dotées financièrement par élève.

http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=447
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