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 Marche pour la décroissance

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wapasha
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wapasha

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MessageSujet: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyJeu 23 Juin à 19:18

altermonde.levillage-PRÉPARATION À LA MARCHE-jeudi 23 juin 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (1)

Préparation à la marche : un carnet de note décroissant - une préparation physique et mentale.

Citation :
Un carnet de note décroissant

Dimanche 19 juin 2005

Après avoir marché la première journée de la marche pour la décroissance, je me suis décidé à "faire la dernière semaine" au lieu de suivre un festival de musique : cruel dilemme !

Et puis l’idée m’est venue de prendre des notes. Je rejoins la marche mardi prochain et il me faut un carnet de notes.

Chez mon ami Seb, je confectionne un carnet en récupérant la moitié d’un gros bloc-note qui traînait sur une étagère depuis des années. Sur la couverture : une photographie d’une route de campagne. Un arbre est en train de perdre ses feuilles roussies. Au loin, en contrebas, je vois des petites montagnes le long d’une vallée. Ça me rappelle la Haute-Loire.

Seb coupe le gros bloc-note en deux, avec un scalpel, et pour éviter que les pages ne se décollent, il applique sur la tranche un ruban adhésif jaune portant la mention "radioactive".
- d’où vient-il ce ruban ?
- c’est mon père qui me l’a passé. Il travaillait au CERN. Pas trop décroissant comme job. Nous rions de la situation.

Et me voilà en plein dans le sujet :
- la campagne qui évoque la marche,
- la route qui évoque l’automobile et la course de F1,
- le ruban nucléaire : cet énorme gaspillage, terriblement dangereux et pervers, qui rappelle la participation de l’association "Sortir du nucléaire" à la marche pour la décroissance.

Préparation physique et mentale

Lundi 20 juin

Je propose à Jean Dornac de publier mes comptes-rendus de la marche : sur place, je n’aurai pas d’ordinateur portable avec liaison satellite ! J’enverrai mes textes manuscrits par la poste, et Jean les publiera à la réception, environ 2 jours après.

Je me suis demandé s’il y avait un intérêt à commencer à publier avant mon premier jour de marche, lorsque je rejoindrai les marcheurs déjà sur la route. Et progressivement, je me suis rendu compte que la préparation à la marche comptait autant que la marche elle-même. La préparation et la marche ne peuvent être séparées.

De cette préparation, il ressort essentiellement :
- la préparation physique et mentale : se préparer à souffrir dans son corps, se préparer à des conditions de vie rudes ;
- le sentiment d’être déjà avec les marcheurs, de marcher à leurs côtés ;
- retrouver et s’approprier l’esprit du marcheur ;
- une réflexion sur mon rôle dans la marche, mon choix d’en être le correspondant pour altermonde, et la pratique du journalisme qu’il me faut entièrement (re)définir.

La préparation physique et mentale
Chaque jour, je vais à mon travail avec mon sac à dos, chargé dans les mêmes conditions que celles de la marche. J’ai choisi de marcher avec des sandales, chaussures de l’antiquité, portées par les plus humbles et les moines. J’ai parcouru une boucle de 7 km avec mon sac à dos dans Lyon, pour durcir mes pieds, rôder mes rotules, tester mon équipement : sac, bâton, lunettes et casquette. Je me prépare au pire : vivre plusieurs jours sans se laver, dormir à la belle étoile dans un champ, boire peu et pas frais, manger chichement.

Je marche déjà avec eux
C’est un sentiment étrange, mais en marchant seul dans Lyon, je marche pour la même cause. Ma marche individuelle est déjà un soutien à la grande marche. Peut-être qu’à cet instant, d’autres personnes font comme moi, dans d’autres villes, pour se préparer à rejoindre le groupe ? Et puis il se passe déjà ce qu’il se passera quand je marcherai avec le groupe : une dizaine de personnes m’ont interpellé, soit pour me soutenir, me serrer la main, soit pour me questionner. Le contact était toujours très positif.

Retrouver et s’approprier l’esprit du marcheur
J’ai déjà marché un peu sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, pas par conviction chrétienne, mais pour le goût de ce chemin sauvage, le lien avec le passé médiéval, les rencontres étranges qu’il permet. Et je retrouve en moi le sauvage qui marche. Je marche dans la rue et pas sur les trotoirs. Je traverse les rues quand le feux est rouge, en faisant signe aux automobiles de s’arrêter : je n’appartiens plus à la ville. Je n’appartiens plus à la loi de ce pays : je suis un vagabond, qui n’a que faire des courtoisies, ou des élégances citadines. Je traverse la ville : la ville m’est étrangère.

Tout marcheur, tout vagabond détient une vérité qu’il peut délivrer quand bon lui semble : il est étranger au monde qu’il traverse. Son regard est détaché de ce monde, et de ce fait, il peut donner un point de vue original aux gens qu’il rencontre ; il peut leur tendre un miroir qui leur montrera une image différente de ce qu’ils connaissent d’eux-mêmes.

Pour un journalisme libre
Je développerai demain, en abordant les dérives et les silences des médias marchands, en développant le cas récent du chauffeur-guide-interprète de Florence Aubenas, passé complètement sous silence, et en tentant de définir un nouveau métier : journaliste libre !

Marche pour la décroissance Jpg-dist Couverture

Marche pour la décroissance Jpg-dist Tranche
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3058

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Les conséquences de ce qu'on ne fait pas sont les plus graves.
Marcel MARIËN 1920
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Dernière édition par le Mar 28 Juin à 14:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyVen 24 Juin à 13:01

altermonde.levillage-POUR UN JOURNALISME LIBRE-vendredi 24 juin 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (2)

Mensonge et subjectivité au pays des médias marchands ; La censure par le silence médiatique ; Florence Aubenas et son "chauffeur" : un exemple à chaud ; Journaliste libre : un nouveau métier.


Citation :
Mensonge et subjectivité au pays des médias marchands

Mercredi 22 juin

Contrairement à un journaliste, je peux me permettre d’écrire en toute liberté. La plupart du temps, un journaliste est subjectif. Le choix des sujets, la façon de les traiter sont déjà définis à l’avance selon la ligne éditoriale. Il arrive parfois qu’un journaliste se mouille pour un sujet : si son article est refusé, c’est très frustrant et ça ne donne pas envie de recommencer.

Un journaliste est subjectif mais il ne le dit jamais, préférant nous faire croire qu’il est objectif, qu’il présente une vision conforme à la réalité. Depuis les dérives visibles des médias marchands, le peuple constate sans équivoque qu’il n’en est rien.

Comme dit Laurent à propos de la perche du Nil et du film "Le cauchemar de Darwin" :

La bonne nouvelle c’est que les appareils médiatiques ont de plus en plus de mal à cacher les mensonges. Ce film et les blogs qui en parlent esquissent ce qui pourrait devenir un vrai contre pouvoir citoyen.

Exemples de dérives médiatiques, à peu près par ordre chronologique, et je ne détaille que le début :
- le faux charnier de Timisoara, décembre 89 [1]
- la guerre du Golfe [2]
- la mort de Lady Di,
- l’invasion américaine en Irak,
- la campagne présidentielle 2002, basée sur la fameuse "insécurité", fabriquée de toute pièce,
- la fausse agression dans le RER D,
- le ras-de-marée asiatique que je me refuse toujours à appeler "tsunami",
- la mort du pape,
- la propagande honteuse du oui pour le projet de Constitution Européenne.

C’est comme les fêtes : il faut se mettre un sujet sous la dent, à mâcher régulièrement, mettons une fois par trimestre, dès que le goût du sucre à disparu et qu’on s’emmerde tous à mourir, sans une nouvelle excitation hystérique, une bonne branlette collective, affective et larmoyante !

La censure par le silence médiatique

Les médias parlent de "dérives médiatiques", comme si un média était un bateau, qui part de temps en temps à la dérive, ou de "dérapages médiatiques", comme si un média était une voiture (la sacro-sainte bagnole).

C’est bien visible, les médias en font même un sujet, on a dépassé un peu les bornes mais on ne nous y reprendra plus. Personne ne s’excuse. Si c’était à refaire, on referait pareil. Nous ne regrettons rien. Comme dit Chirac à PPDA, à la suite de la fausse agression du RER D (voir la vidéo sur le site de Zalea TV [3]) : "c’est regrettable, mais je ne regrette rien", fabuleux exemple de la schizophrénie et du talent de manipulation de notre président.

Mais il y a aussi les silences, l’absence d’information, une information complètement déformée ou très insuffisante en regard de la gravité du sujet :
- le Timor [4],
- la guerre en ex-yougoslavie : Sarajevo, Srebrenica, le Kosovo...
- le Rwanda,
- le conflit Israël-Palestine après l’échec du processus de paix,
- la Tchétchénie,
- le sous-marin Kursk torpillé par un sous-marin américain - information qui n’a jamais été révélée publiquement à l’époque - et dont l’équipage a été lâchement abandonné à la mort par l’amirauté russe, sous la responsabilité de Poutine, dont nous connaissons maintenant le cynisme et la cruauté,

Florence Aubenas et son "chauffeur" : un exemple à chaud

Illustration avec un sujet bien chaud, qui montre à quel point l’information est orientée selon le point de vue subjectif des récepteurs du spectacle (spectateurs, auditeurs, lecteurs) :
Florence Aubenas a la vedette depuis sa libération, mais son "chauffeur" ou "guide" ou "interprète" - c’est selon l’humeur - est passé assez vite à la trappe.

Déjà, entre ces qualificatifs, la valeur de Hussein Hanoun al-Saadi joue aux montagnes russes : "interprète" me semble plus valorisant que "guide", qui fait un peu touristique genre "toi donner backchich", mais qui est évidemment plus valorisant que "chauffeur".

Les émissions de télé qui ont présenté les 2 sur le même plateau sont rares. Les articles de presse montrant les 2 en photo sont rares. La plupart des articles écrits cite "Hussein Hanoun al-Saadi" mais ne développe que la partie "Florence Aubenas".

Amusons-nous avec un moteur de recherche (critères = web mondial, toutes langues) :
- "Florence Aubenas" obtient 744 000 articles : du délire !

Bon, bien-sûr, il y a sûrement d’autres "Florence Aubenas" que la journaliste prise en otage en Irak.

- "Florence Aubenas" +libération : 162 000
- "Florence Aubenas" +liberation : 48 000
- "Florence Aubenas" +journaliste : 95 000
- "Florence Aubenas" +otage : 52 000
Quand même !

Par contre, "Hussein Hanoun al-Saadi" obtient 76 300 : il "pèse" 10 fois moins, pourrait on dire en langage comptable ! Je parie que les journalistes professionnels fond ce genre de comptabilité et donnent des poids aux sujets pour les prioriser.

- "Hussein Hanoun" obtient 251 000 : ah, il pèse un peu plus, mais son nom est amputé une fois sur 3. Qu’est-ce qui y’a ? C’est trop long à écrire ou à lire ? ça fait trop "arabe" ?

Alors, c’est vrai, petite précision, le "al" ne prend pas de majuscule.

- "Florence Aubenas" +"Hussein Hanoun" obtient 231 000, un peu moins que "Hussein Hanoun" seul.
- pour vérifier : "Hussein Hanoun" -"Florence Aubenas" obtient 16 300, ce qui correspond à peu près à 251 000 - 231 000.

Evidemment, je vous passe les "AUBENAS Florence", "Florence" tout court, ou les "Laurence Aubenas". Et puis il y a forcément des homonymes de l’un et de l’autre.

Analysons maintenant les articles sensés se concentrer sur "Hussein Hanoun al-Saadi" :
"Hussein Hanoun al-Saadi" -"Florence Aubenas" tombe à 274 !
"Hussein Hanoun al-Saadi" -Florence -Aubenas chute à nouveau à 99, qui tombe en fait à une trentaine de page réellement disctinctes : une misère !

"Hussein Hanoun al-Saadi" pèse donc environ 25 000 fois moins que "Florence Aubenas" (744 000 / 30) : impressionnant, n’est-ce-pas ?
Disons que Hussein Hanoun al-Saadi est iraquien, ce qui ne le place pas dans le camp occidental. Même si Chirac a dit non à Bush, on va pas trop en faire pour les iraqiens, quand même !

Alors, j’ai fini par trouver que Hussein Hanoun al-Saadi est un ancien colonel de l’Armée de l’Air irakienne [5].

Voici une biographie un peu plus loquace, en français, mais sous "Hussein Hanoun" [6] ! Dites-donc, c’est quand même pas n’importe qui, ce gars ? C’est quasiment un scoop cette info, non ? Sauf que tout le monde s’en fout !

Un des rares articles en français, hors Libération, qui s’intéresse à notre personnage, vient de l’Humanité, 17 juin 2005, avec le même ton critique que le mien, et je le reproduis ici :

L’homme du jour
Hussein Hanoun Al Saadi

Dans les affaires d’otages, s’il est de bon ton de mettre en avant le journaliste, c’est souvent au détriment de celui qui lui permet de faire son boulot. Celui qui guide, conseille, traduit, comme il est dit dans Libération voire même qui est formé au maniement de la caméra pour le compte de journalistes souvent confinés dans leur hôtel. La campagne de Reporters sans frontières a dérogé à la règle et mis en lumière ces petites mains, ces fameux « fixeurs » payés entre cinquante et cent dollars par jour pour tâter le terrain, évaluer la fiabilité d’un contact, enrichir un papier. Hier, en fin d’après-midi, Hussein Hanoun Al Saadi, le compagnon d’infortune de Florence Aubenas, quadragénaire moustachu et chiite marié à une sunnite, père de trois filles et d’un fils, devait être accueilli à Orly par celle dont il a partagé la geôle cinq mois durant. Rompant un temps l’injonction que sa femme lui a intimé à sa libération : « Toi, tu es à moi, maintenant et tu ne bouges plus d’ici » pour renouer avec un pays qu’il connaît bien. Colonel de l’armée irakienne, il a été formé en France au pilotage sur Mirage au début des années quatre-vingt. Après avoir été démobilisé à l’issue de la seconde guerre du Golfe, il s’est reconverti dans le commerce avant de devenir fixeur. De son passé militaire, il apprendra la prudence et de son appartenance à la tribu des Saadi, des contacts tant chez les sunnites que chez les chiites. Discret sur le sort qui lui a été réservé durant ses cinq mois de détention, amaigri, on se souviendra de la joie qu’il a eu à retrouver sa famille, prenant dans ses bras son fils de trois ans. Mais il devra abandonner son métier. Et peut-être même son pays. Pour des raisons de sécurité.

Sébastien Homer

Un article plus complet, paru dans Libération, quelques jours après la prise d’otage (extrait) :

Depuis la chute du régime baasiste, il fait profession de fixer, terme anglo-saxon intraduisible. Tout à la fois guide, interprète, chauffeur, éclaireur, compagnon. Dans le petit monde des Irakiens qui assistent la presse étrangère, il occupe une place centrale du fait de son expérience, de son entregent et de son large carnet d’adresses.

Hussein Hanoun al-Saadi, un atout maître sur le terrain, Libération, 10 janvier 2005

Journaliste libre : un nouveau métier


Je me présente donc en tant que journaliste subjectif, qui se permet de donner son point de vue personnel. A contrario, il me semble essentiel de donner la parole au peuple, voire à l’impliquer dans le processus d’information : par exemple, proposer à ceux que ça intéresse de rédiger des papiers par eux-mêmes, et organiser une sorte de revue collective avant transmission à Jean Dornac.
"des médias pour le peuple, par le peuple".

Lorsque je rapporterai des témoignages, il me faudra choisir les personnes, quitte à aller vers des gens qui me sont peu attirants, voire antipathiques. Il me faudra retranscrire très fidèlement leurs paroles, leurs mots, leur ton.

Dès à présent, je m’engage à enquêter sur une critique qui a été émise à propos de l’invitation de Tariq Ramadan par l’association Casseurs de pub. Cette critique est facile, car pour moi il s’agit d’un épisode peu représentatif du mouvement, sans doute une erreur d’appréciation de la part de Vincent Cheynet. Mais je ne peux pas laisser cette critique sans réponse.

Pour les lecteurs intéressés par la question du journalisme libre, je vous propose les articles suivants :
La fin du journalisme

Serge July, patron de presse, stratège de papier et conseiller de Jacques Chirac

"Au lendemain du référendum sur le Traité constitutionnel européen, comment réagissent les éditorialistes qui ont unanimement fait campagne pour le « Oui » ? Nous laisserons à d’autres [1] le soin de dresser un tableau d’ensemble, et nous nous concentrerons sur une réaction particulièrement caricaturale : celle de Serge July. L’intégralité de son éditorial du 30 mai 2005 est reproduite ci-dessous, en sept parties, avec les quelques remarques qui s’imposent [2]."...
Un « cri de douleur » de Serge July, par le Collectif "Les mots sont importants" - Quand un conseiller du Prince sermonne la populace

Après un tel acte de barbarie médiatique, comment ceux d’entre vous, lecteurs de Libération, pouvez-vous encore accepter d’acheter ce journal qui fait figure de Titanic en train de sombrer ? La moindre des choses pour sanctionner ce personnage grotesque, c’est de lui faire sentir votre point de vue, par une baisse sensible des ventes pendant au moins tout l’été (je risque de me faire traiter de boycotteur à la plume facile, tant pis !).


[1] entre 90 et 147 victimes au lieu des 12 000 annoncées. plus de détail

[2] Chacun de nous se souvient de ces expressions atroces - la guerre "propre", "juste" ou "inévitable", les frappes "chirurgicales". Chacun de nous se souvient de ces journalistes ayant revêtu une tenue militaire et commentant avec le sourire "cette formidable machine de guerre".

« On en a le souvenir plus ou moins précis. On a pu oublier tel ou tel détail. Mais au fond de la mémoire reste gravée, de manière indélébile, l’empreinte des mensonges. Pour l’opinion, la guerre contre l’Irak (1990-1991) fut aussi une vaste entreprise de manipulation. »
La presse française et la première guerre du Golfe, Marc Hecker - Paris, L’Harmattan, coll. « Inter-National », 2004, 164 p.

[3] Zalea>La Diff’>Web TV>Les anciennes vidéos archivées (ou pas)>Médias critiques et critiques médias>La non-affaire ou Quand les publicitaires font de l’info - le lien est actuellement en panne

[4] "un pays occupé depuis 1975 par une armée étrangère, ayant subi un génocide au cours duquel près de la moitié de la population fut assassinée, l’autre moitié déportée, n’a fait l’objet que d’un seul sujet en vingt ans [sur TF1]" - Timor : lendemains d’amnésie

[5] Wikipedia : Hussein Hanoun al-Saadi is a Iraqi interpreter and former colonel in the Iraqi air force, which he left in 1991. He is also qualified as a pilot on the Mirage F1. He was taken hostage on January 5, 2005, in Iraq along with Florence Aubenas, and was freed on June 11, 2005. Hussein Hanoun Al-Saadi

[6] IzyNews : Hussein Hanoun est né en juillet 1960 à Bagdad. Depuis le 5 janvier 2005 il a été retenu en otage après avoir été capturé en compagnie de la journaliste française Florence Aubenas. Il a été libéré le 11 juin 2005 (voir les détails de sa libération ).

Biographie
Ancien pilote de chasse, il a appris le français lors d’une formation de pilote en France dans les années 1980, lorsque ce pays collaborait militairement avec le régime de Saddam Hussein. Il a été engagé comme pilote dans la guerre Iran-Irak, qu’il a achevé avec le grade de Colonel et plusieurs décorations.

Opposant au régime de Saddam Hussein , il désapprouve la présence américaine en Irak .

Depuis la guerre en Irak, il est un chauffeur-guide et interprète pour les journalistes en mission dans le pays.

Marié, il est le père de trois filles et d’un fils. Il appartient à la tribu des Al-Saadi. l’article sur IzyNews
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3060

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyMar 28 Juin à 14:26

altermonde.levillage- mardi 28 juin 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (3)

Préparation à la marche : avant de marcher, je prends le temps de réfléchir.
Un article vient de paraître dans la décroissance qui me semble riche en réflexion et mérite le commentaire des lecteurs. Avant de recueillir le point de vue des marcheurs que je rejoins mardi, et avant d’attendre le courrier des lecteurs dans le prochain numéro...


Citation :
Jeudi 23 juin
La décroissance de ce mois de juin (n°27) propose un article en double page (pp. 14 et 15), au titre joyeusement provocateur "Peut-on décroître sans devenir fou ?", qui me semble propice au débat. Cet article est rédigé par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre, Georges Didier, psychanalyste, et Paul Ariès, politologue.

Georges Didier : "Chacun s’est construit sur de la frustration et un équilibre. Choisir la décroissance, c’est toucher au curseur personnel de la frustration car c’est l’augmenter."


Personnellement, je peux déjà préciser que j’ai une très faible tolérance à la frustration. En effet, chacun de nous à un seuil de tolérance admise qui lui est personnel. Certains acceptent d’accumuler beaucoup de frustration (il s’agit souvent des postes à responsabilités, ou de métier qui exigent "d’encaisser" ), d’autres réagissent rapidement pour s’en dégager.

Au lieu d’augmenter ma frustration, j’ai plutôt eu l’impression de la réduire en adoptant la plupart des comportements de la décroissance.

Pour l’instant, j’ai eu tout à gagner à me débarasser de ma voiture et à adopter le vélo comme mode de transport quotidien.

Et je vais développer uniquement à partir de cet exemple, qui me semble fondamental de la décroissance, et très riche d’implications.

En positif

- j’ai restauré ma liberté de mouvement et modifié radicalement l’usage de mon temps : je ne me retrouve plus coincé dans les bouchons - ce qui me frustrait terriblement - et j’accepte de consacrer parfois plus de temps à un trajet, sans compter !
- je peux accéder à des quartiers de Lyon qui m’étaient inaccessibles jusque là : pas de places de parking dans les rues, un temps et un coût prohibitif pour laisser sa voiture dans un parking souterrain.
- je peux faire des achats ponctuels, dans des petits commerces de proximité, à l’envie, spontanément.
- je rencontre très souvent des amis, qui se déplacent à pied.
- mon corps est plus tonique, plus léger, même si je fais toujours à peu près le même poids. Un gars qui travaille chez un constructeur de camions disait : "les cyclistes sont souvent plus sexy". La séduction, sans tomber dans l’excès, c’est une façon de se valoriser.
- le vélo me procure un grand sentiment de liberté - critère très fort pour moi - et, si je compare avec les transports en commun, j’ai aussi le plaisir de l’autonomie.
- enfin, l’économie représentée sur ma voiture (environ 300 euros par mois) me permet de travailler moins : je travaille 4 jours par semaine, et mes week-ends s’étalent confortablement sur 3 jours.

Développement
e vais développer à nouveau cet aspect.
Sarkozy (pardon : le noble Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui se paye, sur le dos du peuple, un appartement digne d’un château, 5 téléviseurs à écran plasma, des bagnoles à n’en plus finir...) nous dit : "travailler plus pour gagner plus" ; nous traduisons par le véritable désir du MEDEF, infiltré par son frère Guillaume Sarkozy : "faire travailler les français plus, en les rémunérant moins".
Ben sinon, comment on va pouvoir se payer tout ce luxe, en tant que patron et/ou responsable politique ?

Nous, les "décroissants", disons : "travailler moins, pour gagner moins".

"Travailler moins", en général, ça plait ! Mais "gagner moins", ça a plus de mal à passer. Pourquoi ?

Parce que nous avons accepté depuis longtemps une équivalence (erronée) entre argent, pouvoir d’achat, et bien-être. C’est cette conviction solidement ancrée dans les esprits, que la décroissance vient démolir.

Si le bien-être passe par un week-end à la montagne, un gîte rural "sympa", une activité-gadget telle que la visite d’un parc d’attraction, un passe-temps technologique (graver des CD, configurer son téléphone portable, prendre des photos en "shootant" en numérique)... effectivement, tout cela coûte cher.

Mais si le bien-être passe par rencontrer des amis, discuter, jouer (au go par exemple), rire, regarder une vidéo en groupe (vidéo issue de la médiathèque municipale), marcher, rouler à vélo, prendre un car régional et camper, ou échanger sa maison... tout cela coûte peu, voire rien.

Alors pourquoi la plupart de mes contemporains continuent à s’accrocher à la chimère du bien-être par la consommation ?

Parce que à nouveau une équivalence erronée est faite - et sciemment entretenue par notre société - entre valeur dépensée et valeur personnelle J’achète cher, donc je vaux cher !
Je consomme, donc j’existe.

Si je consomme peu, je ne vaux pas grand’chose : je suis un râté, un marginal, un looser, un has-been, un fou, quelqu’un sans intérêt, moche, sale, répugnant...

La question essentielle posée par la décroissance, c’est la valeur : "qu’est-ce qui fait la valeur d’un individu ?" Autrement dit : "comment puis-je grandir, évoluer, vieillir, en construisant progressivement ma valeur personnelle ?". Vaste question, sur laquelle l’encre a déjà coulé depuis des siècles.

La transmission, la construction psychique, l’éducation familiale et sociale, la reconnaissance des autres, la reconnaissance d’une appartenance culturelle (régionale ou multi-culturelle), la situation de maîtrise (être le disciple d’un maître, puis dépasser, quitte le maître, pour devenir soi-même un maître auprès de nouveaux disciples)... sont les éléments essentiels de cette construction de la valeur personnelle.

Et ces éléments, ces processus collectifs, ne s’achètent pas ! Si ces processus sont défaillants, il est sans doute tentant d’y remédier par la possession, par un autre processus : celui de la consommation.


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Marche pour la décroissance (3)
PEUT-ON DÉCROÎTRE SANS DEVENIR FOU ?

mardi 28 juin 2005, Anonyme XXI



Préparation à la marche : avant de marcher, je prends le temps de réfléchir.
Un article vient de paraître dans la décroissance qui me semble riche en réflexion et mérite le commentaire des lecteurs. Avant de recueillir le point de vue des marcheurs que je rejoins mardi, et avant d’attendre le courrier des lecteurs dans le prochain numéro...

Jeudi 23 juin
La décroissance de ce mois de juin (n°27) propose un article en double page (pp. 14 et 15), au titre joyeusement provocateur "Peut-on décroître sans devenir fou ?", qui me semble propice au débat. Cet article est rédigé par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre, Georges Didier, psychanalyste, et Paul Ariès, politologue.

Georges Didier : "Chacun s’est construit sur de la frustration et un équilibre. Choisir la décroissance, c’est toucher au curseur personnel de la frustration car c’est l’augmenter."

Personnellement, je peux déjà préciser que j’ai une très faible tolérance à la frustration. En effet, chacun de nous à un seuil de tolérance admise qui lui est personnel. Certains acceptent d’accumuler beaucoup de frustration (il s’agit souvent des postes à responsabilités, ou de métier qui exigent "d’encaisser" ), d’autres réagissent rapidement pour s’en dégager.

Au lieu d’augmenter ma frustration, j’ai plutôt eu l’impression de la réduire en adoptant la plupart des comportements de la décroissance.

Pour l’instant, j’ai eu tout à gagner à me débarasser de ma voiture et à adopter le vélo comme mode de transport quotidien.

Et je vais développer uniquement à partir de cet exemple, qui me semble fondamental de la décroissance, et très riche d’implications.
En positif

- j’ai restauré ma liberté de mouvement et modifié radicalement l’usage de mon temps : je ne me retrouve plus coincé dans les bouchons - ce qui me frustrait terriblement - et j’accepte de consacrer parfois plus de temps à un trajet, sans compter !
- je peux accéder à des quartiers de Lyon qui m’étaient inaccessibles jusque là : pas de places de parking dans les rues, un temps et un coût prohibitif pour laisser sa voiture dans un parking souterrain.
- je peux faire des achats ponctuels, dans des petits commerces de proximité, à l’envie, spontanément.
- je rencontre très souvent des amis, qui se déplacent à pied.
- mon corps est plus tonique, plus léger, même si je fais toujours à peu près le même poids. Un gars qui travaille chez un constructeur de camions disait : "les cyclistes sont souvent plus sexy". La séduction, sans tomber dans l’excès, c’est une façon de se valoriser.
- le vélo me procure un grand sentiment de liberté - critère très fort pour moi - et, si je compare avec les transports en commun, j’ai aussi le plaisir de l’autonomie.
- enfin, l’économie représentée sur ma voiture (environ 300 euros par mois) me permet de travailler moins : je travaille 4 jours par semaine, et mes week-ends s’étalent confortablement sur 3 jours.

Développement
Je vais développer à nouveau cet aspect.
Sarkozy (pardon : le noble Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, qui se paye, sur le dos du peuple, un appartement digne d’un château, 5 téléviseurs à écran plasma, des bagnoles à n’en plus finir...) nous dit : "travailler plus pour gagner plus" ; nous traduisons par le véritable désir du MEDEF, infiltré par son frère Guillaume Sarkozy : "faire travailler les français plus, en les rémunérant moins".
Ben sinon, comment on va pouvoir se payer tout ce luxe, en tant que patron et/ou responsable politique ?

Nous, les "décroissants", disons : "travailler moins, pour gagner moins".

"Travailler moins", en général, ça plait ! Mais "gagner moins", ça a plus de mal à passer. Pourquoi ?

Parce que nous avons accepté depuis longtemps une équivalence (erronée) entre argent, pouvoir d’achat, et bien-être. C’est cette conviction solidement ancrée dans les esprits, que la décroissance vient démolir.

Si le bien-être passe par un week-end à la montagne, un gîte rural "sympa", une activité-gadget telle que la visite d’un parc d’attraction, un passe-temps technologique (graver des CD, configurer son téléphone portable, prendre des photos en "shootant" en numérique)... effectivement, tout cela coûte cher.

Mais si le bien-être passe par rencontrer des amis, discuter, jouer (au go par exemple), rire, regarder une vidéo en groupe (vidéo issue de la médiathèque municipale), marcher, rouler à vélo, prendre un car régional et camper, ou échanger sa maison... tout cela coûte peu, voire rien.

La suite en dessous :

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyMar 28 Juin à 14:26

La suite :

Citation :
Alors pourquoi la plupart de mes contemporains continuent à s’accrocher à la chimère du bien-être par la consommation ?

Parce que à nouveau une équivalence erronée est faite - et sciemment entretenue par notre société - entre valeur dépensée et valeur personnelle.

J’achète cher, donc je vaux cher !
Je consomme, donc j’existe.

Si je consomme peu, je ne vaux pas grand’chose : je suis un râté, un marginal, un looser, un has-been, un fou, quelqu’un sans intérêt, moche, sale, répugnant...

La question essentielle posée par la décroissance, c’est la valeur : "qu’est-ce qui fait la valeur d’un individu ?" Autrement dit : "comment puis-je grandir, évoluer, vieillir, en construisant progressivement ma valeur personnelle ?". Vaste question, sur laquelle l’encre a déjà coulé depuis des siècles.

La transmission, la construction psychique, l’éducation familiale et sociale, la reconnaissance des autres, la reconnaissance d’une appartenance culturelle (régionale ou multi-culturelle), la situation de maîtrise (être le disciple d’un maître, puis dépasser, quitte le maître, pour devenir soi-même un maître auprès de nouveaux disciples)... sont les éléments essentiels de cette construction de la valeur personnelle.

Et ces éléments, ces processus collectifs, ne s’achètent pas ! Si ces processus sont défaillants, il est sans doute tentant d’y remédier par la possession, par un autre processus : celui de la consommation.

Le processus consommatoire (influence par la publicité, naissance de l’envie indépendamment du besoin, achat, usage, destruction et pollution) est plus immédiat, plus rapide, et accessible à tous, pour peu que nous ayons un peu d’argent !

La consommation est donc un processus, plutôt individuel, de remplacement des processus collectifs défaillants.
Un thème général de réflexion et d’action pour la décroissance, et pour l’altermondialisme : "comment restaurer la valorisation individuelle en restaurant les processus collectifs défaillants ?"

C’est une autre façon de dire "plus de liens" ("moins de biens, plus de liens" est un slogan de la décroissance).
C’est le boulot déjà à l’oeuvre depuis longtemps dans les ghettos des banlieues pauvres, ce travail patient, invisible, que vient saccager un cow-boy médiatique à la Courneuve (cf Celui qui lave plus blanc que blanc ).

En négatif

- C’est vrai que j’ai du mal à admettre que les automobilistes polluent en toute impunité l’air que je respire. D’autant plus qu’un automobiliste fabrique sa bulle d’air frais en viciant un peu plus l’air collectif par sa climatisation. J’ai moi-même participé à cette hérésie, avant de revendre ma voiture climatisée ; cette hérésie qui nous conduit aux alertes actuelles concernant l’ozone et la canicule.
- il est vrai que je ne supporte plus la prédation colonialiste des blancs, appelée aujourd’hui "mondialisation", et présentée comme une évolution inévitable, alors qu’il s’agit d’un fantasme collectif et d’une réalité fortement remise en cause par la déplétion pétrolière ;
- j’ai beaucoup de mal à supporter l’arrogance convenue des costards-cravates et leur langue de bois désincarnée ;
- je ne supporte plus de trouver chaque mardi dans mon escalier des piles de journaux publicitaires alignées sur plusieurs marches ;
- si je passe devant la télé (ma femme et mon fils la regardent un peu), je risque de subir le visage, le regard crétin, et les paroles imbéciles, irresponsables, d’un animateur télé ;
- la plupart des responsables politiques me font horreur ;
- une large partie de la population me dégoûte : jeunes banlieusards rappeurs, tendance décapotable (pas la tendance "respect") vendus au majors, bimbos arrogantes dont la séduction de pacotille n’existe qu’au détriment de celui qui la regarde, les flics (violents et méprisants), les vigiles (imbéciles et paranos), les juges et avocats, les chauffeurs de bus (souvent très maladroits lorsqu’ils communiquent avec les usagers)...

C’est cette part de la population, sans recul, qui consomme Mc Donald, Quick, Nike, Disneyland, M6, TF1, NRJ... mais aussi quelques crétins sur Canal+, Canal Satellite, TPS... voire Arte, cette chaîne qui souhaite imposer aux pays de l’Est son hégémonie culturelle, cette chaîne soi-disant de qualité qui s’arrange pour censurer "La commune" de Peter Watkins.

C’est cette part de la population qui admire le cow-boy Sarkozy, semblable aux crétins qui ont pu faire élire Bush aux US, et se rendre ainsi coupables du massacre des irakiens, la bouche en coeur, et le hamburger dans le ventre, en guise de conscience.

Donc, comment rester tolérant ?

Aujourd’hui, j’ai vu un énorme 4x4 recouvert des logos "NRJ" et "Coca-Cola". Son conducteur était souriant, comme fier d’un joujou qui serait en soi sympathique et original.

Ma première réaction, ce serait de traiter ce mec de "gros connard", non pas parce qu’il a réussit quelque chose (à m’indigner, oui), non pas parce que ce véhicule doit coûter une fortune, mais parce qu’il n’a rien compris à son époque.

Comme par hasard, tout va ensemble :
- le 4x4 : énorme, monstrueux, phallique à souhait ;
- NRJ : cette radio populiste et jeuniste ;
- Coca-cola : la boisson de la pensée unique, emblème de la soumission volontaire au modèle culturel américain.

Les publicités auraient porté sur "France culture" et une marque inconnue de gourdes pour marcheurs, ça aurait semblé bizarre !

Je cotoie parfois des gens en costard-cravate : des commerciaux, des cadres dirigeants. Plongés dans l’idéologie marchande, ils roulent en 4x4 climatisé, habitent une maison avec jardin, dans une banlieue verte, souvent située à une cinquantaine de km de leur lieu de travail. Ils ont souvent 2 voitures et font la course au suréquipement technologique : agenda électronique, lecteur MP3, ordinateur portable capable de diffuser un film entier, appareil photo numérique, jeux vidéos portables pour les enfants...

Evidemment, ces gens sont pour moi les "bêtes noires" de la décroissance. Ils en sont aux antipodes. Mais je ne peux pas leur en vouloir, car moi-aussi, pendant longtemps, j’ai couru après les mêmes chimères, les mêmes désirs de possession, des désirs préfabriqués qui ne m’appartenaient pas.

Mais en même temps, je ne supporte pas leur arrogance, leur bêtise, leur ignorance. Ce qu’ils possèdent se fait au détriment des plus pauvres sur la planète. Ce qu’ils possèdent a déjà contribué à tuer des gens, indirectement. Si j’achète une voiture, je ne verrai pas devant mes yeux un enfant iraquien coupé en deux par une bombe américaine, qui explose pour contrôler la situation de ce pays, deuxième exportateur mondial de pétrole, et deuxième fournisseur des USA. Je ne verrai pas non plus un enfant gabonais décapité par une machette parce que Elf ou Total a besoin d’exploiter le pétrole africain (rechercher "Afrique +pétrole +massacre").

"Nous n’avons pas les mêmes valeurs", dirait la bourgeoise publicitaire mangeuse de rillettes.

Ma réussite - car je pense avoir "réussi ma vie" - c’est d’avoir su mettre en cohérence mes valeurs et mes comportements. "... attentifs à une cohérence intérieure..." écrit plus loin Georges Didier.

Rien ne me semble plus insupportable que cette schizophrénie collective, douce et ultra-violente, qui atténue en permanence les limites, alors que les limites se font de plus en plus visibles et pressantes.
Je cite Jean-Pierre Lebrun : "La société dans laquelle nous sommes, veut nous faire croire que nous pouvons être sans faille, sans manque. L’idée de la décroissance permet simplement de rappeler quelque chose que au fond tout le monde sait, mais que les modalités actuelles de notre vie collective, en tout cas en Occident, s’arrange pour estomper sans arrêt."

Et mon sentiment, c’est justement d’en être sorti, de cette schizophrénie collective !

C’est un sentiment de libération, terriblement jouissif ! J’ai l’impression de m’appartenir réellement ; de pouvoir disposer de moi-même, de mes capacités, de mon potentiel, pleinement, et en toute connaissance de cause. Et c’est l’envie de partager ce sentiment qui me conduit à écrire ce long article.

Je cite Paul Ariès : "Nous sommes convaincus que cette société sans limites nous empêche de devenir des sujets autonomes, dotés d’une subjectivité réflexive et délibérante." Pour moi, la quarantaine se passe au mieux. La "crise" de la quarantaine a été une formidable libération.

Donc quand je lis Georges Didier, à propos de sa réflexion sur la frustration, j’ai l’impression qu’il parle depuis le point de vue des "croissanssistes". Quand il écrit "puis-je accepter la réussite d’un autre sans que j’en sois frustré ?", il suppose que je m’aligne sur les mêmes critères de réussite. Or, aligné sur ces critères, la décroissance serait purement impensable !

Mais effectivement si je continue à adhérer aux valeurs du "gagnant", des valeurs qui seraient enfouies au plus profond de moi, au plus profond de ma frustration, alors c’est une situation explosive. Car il y a incohérence entre ce résidu profond et les couches qui le recouvrent.

La première étape sur le chemin de la décroissance, c’est donc celle des valeurs. Se questionner sur ses valeurs profondes, et faire le ménage : une anamnèse, une psychothérapie, une traversée du désert...

D’ailleurs, la question ne tarde pas à arriver : "en clair : c’est quoi la réussite ?" Et la réponse vient à la fin : "encourager [nos frustrations] à ’réussir’ leur lâcher-prise". Je sais, ça fait un peu jargon de gourou !

C’est tout sauf clair !

Alors prenons un exemple :
j’assiste parfois à un spectacle lamentable que vous connaissez peut-être : 4 hommes blancs, grassouillets, qui parlent fort, assis face à face au milieu d’une voiture TGV, et qui passent tout le trajet à discuter de technologies domestiques : lecteurs DVD, camescopes, gravure de CD, de mini-CD, connectiques et adaptateurs, forfaits téléphoniques ou ADSL, etc... L’horreur ! Je les plains !

Je pourrais les traiter de tous les noms : gros beaufs, matérialistes, pollueurs, inconscients. Mais ce ne serait pas réussir.

Réussir, ce serait d’arriver à les aimer !
J’avoue que pour l’instant, j’ai du mal. Je n’ai pas atteint le niveau de compassion de Gandhi. Mon prochain combat contre moi-même, consistera à rencontrer un croissanssiste qui a 2 bagnoles et arrose la pelouse de son jardin avec du Round Up "Bio" force ! Et d’aborder calmement avec lui la question de la décroissance.

Nous, marcheurs pour la décroissance, nous nous préparons à rencontrer les fans de F1 et tout ceux que la décroissance remet profondément en cause.

Nous sommes des militants de l’amour et de la paix, comme le suggère Georges Didier.

Nous sommes les passeurs de la Loire, ceux qui mène les fuyards en zone libre !

Anonyme XXI, le passeur de la Loire.
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3071

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyMar 5 Juil à 14:33

altermonde.levillage-mardi 5 juillet 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (5) : La fête continue !

Citation :
Journée de repos prévue dans la marche, c’est-à-dire l’occasion de rencontrer des habitants de Decize. Au fil des rencontres, la fête continue...

Mercredi 29 juin 2005


La tente commence à devenir étouffante : pénible extraction.

La douche du jardin est au vu de tous. Trop pudique, j’attendrai plus tard pour me laver. Je retrouve Hélène, du premier jour, qui m’explique comment le groupe a évolué depuis. Sur le groupe initial d’une centaine, une trentaine est restée. Il est difficile d’accepter et d’intégrer des nouveaux arrivants : Un groupe est fusionnel, donc il est aussi exclusif. Il est aussi difficile de voir partir les siens. Les 30 sont eux-mêmes répartis dans différents petits groupes, selon les affinités.

A midi, rassemblement. Nous formons un très grand cercle, un peu déformé :
- Présentation des nouveaux ;
- Une description de la décroissance a été faite en groupe : un document de 6 pages qui sera mis en ligne ;
- Proposition d’ateliers : Câlins collectifs, rédaction d’un texte à lire en même temps que les prises de paroles dimanche, tournage d’un film, recueil d’interviews et témoignages, logiciels libres, réflexion sur la suite de la marche, proposition de suite à la marche vers un chantier écolo...

Je participe à l’atelier « prise de parole », organisé par Aristide : Celui-ci a préparé un très beau texte que nous modifions en groupe. Nous proposons de prendre la parole en groupe, pour témoigner à plusieurs de ce qu’a été cette marche, et porter nos regards sur l’avenir.

J’emprunte un vélo et me retrouve rapidement à Decize. Des petites courses à partager avec le groupe, poster ma chronique, boire une bière.

13 h 33
Repas collectif : coquillettes aux herbes sauvages.

Delphine lance un atelier « câlins collectifs » : on se prend dans les bras et on s’agglomère de plus en plus. Je ne sais plus qui je touche, je ne sais plus qui me touche.

Ensuite, nous formons deux lignes face à face, qui forment une sorte d’allée. Chacun passe tour à tour dans l’allée : il est caressé, embrassé, on lui dit des paroles tendres, certains chantent. C’est très agréable d’avoir une reconnaissance du groupe, de se sentir accepté et apprécié par le groupe.

Nous repassons plusieurs fois dans l’allée et, à chaque fois, c’est l’occasion de se détendre un peu plus, de se confier au groupe. L’allée se déplace progressivement dans le jardin au fur et à mesure qu’un bout passe à l’autre bout. Une heure plus tard, le groupe est toujours là, signe de plaisir partagé.

Un atelier « énergie renouvelable » tient en haleine un public attentif, tassé à l’ombre d’un arbre.

Je lance l’atelier « médias libres » : ceux qui le souhaitent partent interviewer quelqu’un qu’ils connaissent.

Baignade dans la Loire, dans un nouveau coin. Je rejoins Decize à pied : quelques bières, discussion avec des commerçants.

Vers 19 h

Retour au campement en petite bande.

En approchant du campement, je vois un vieux rafiot qui a accosté près des tentes plantées le long du canal.
- Une vaste cabine, qui ressemble à une armoire en bois, est remplie de marcheurs. Tous sont hilares, chantants des chants de marins et boivent au goulot.

Nous coinçons là pendant un certain temps, allongés sur le pont avant. Ce bateau-surprise crée une ambiance de fête improvisée et donne un caractère poétique, quasi baroque, au temps que nous passons là. Voilà deux jours de fête presque ininterrompus qui nous rappellent les descriptions données dans les livres sur la piraterie ou sur les utopies libertaires.

Nous arrivons enfin au campement. Etrangement, un deuxième cercle se constitue, alors que la règle limite à un cercle de réunion par jour. Pendant que les nouveaux se présentent, certains interviennent alors que la consigne est de se taire et de prendre la parole sur autorisation du facilitateur. Un grand gaillard, Fred, vient au milieu du cercle et entonne une chanson de marin. Une première fois c’est amusant, une deuxième fois, ça saoule. Mais notre gaillard, pris dans son euphorie, ne s’en aperçoit pas.

Le repas est pris plus tard que d’habitude, la nuit tombe. Vincent Cheney intervient pour expliquer qu’il y a des abus d’alcool et rappelle les règles de la marche. Son intervention est mal vécue, comme trop autoritaire. L’ambiance est retombée.

J’assiste à une altercation entre Fred et Vincent, qui lui demande de quitter la marche. Le lendemain, Fred le gaillard est revenu, un peu à l’écart de la marche...
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3142

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyMar 5 Juil à 19:32

altermonde.levillage-LA FÊTE NE S’ARRÊTE PAS !-mardi 5 juillet 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (6)

Citation :
Nous avons repris la marche. Nous arrivons assez vite à l’étape. Ateliers l’après-midi et nouvelle fête nocturne.

indexer toutes les interviews dans le texte et créer les nouveaux textes pour avoir un numéro

Préambule éditorial

Je suis rentré dimanche soir de la marche. Jean a publié les n°4 et 5 que je lui ai envoyé par courrier mardi et mercredi dernier : un vrai travail d’équipe !

Les jours suivants, j’ai laissé tomber l’envoi des textes : trouver une boite aux lettres n’était pas toujours simple, et nécessitait une organisation qui devenait difficile pour moi dans le flot de la fête.

Rédiger une fois rentré à la maison me permet d’enrichir mes notes par mes souvenirs, de préciser par des recherches complémentaires, impossibles sur le terrain, et "féconder" en créant des liens sur d’autres sites qui sont en train de faire le travail de recueil et de mise en forme de cette masse énorme d’information générée et échangée pendant la marche : textes, chansons, musique, prises de son, dessins, logos, photographies, films...

Jeudi 30 juin Réveil à la flûte et à la cornemuse : c’est doux et très agréable. Le son vient de loin au départ, du fond de mes rêves et, progressivement, il vient à ma conscience. Je poursuis en imagination le déplacement du souffleur : il se rapproche... il s’éloigne...

En une heure et demi, l’ensemble du camp est nettoyé et plié. Rassemblement le long du canal, autour des trois ânes.

Nous marchons vite, sans doute à 5 km/h. Rapidement nous atteignons l’étape : un terrain municipal avec tennis et terrain de foot : Fleury sur Loire.

Le ciel est couvert. Le froid s’est fait sentir hier soir, et au matin, l’herbe et nos tentes étaient gagnées par l’humidité.

Repas du midi, improvisé avec les restes mis en commun. Il ne tarde pas à pleuvoir : quel contraste avec les jours précédents ! Tout le groupe se tient serré sous des toiles blanches, qui abritent habituellement la terrasse du bar atenant aux tennis.

Les tentes sont montées sur les bords du terrain. Nous nous regroupons autour d’un baraquement équipé de douches et de WC à la turc.

Vers 15h, rassemblement en cercle, comme chaque jour. Aujourd’hui, le facilitateur est Khaled : présentation des nouveaux, organisation de la journée de demain, plannification des ateliers.

J’interroge Cécile de Lille, Vincent Cheynet, le maire de Fleury, et David, libertaire écologiste : un gars du pays qui vit très chichement et donne un point de vue différent et serein de ce que nous appelons habituellement la "précarité".

Le soir approche : préparation du repas, galettes de farine, dégustation offerte de fromages de vache... La nuit est tombée, la pluie aussi. Je croise Max qui revient du bar, un sourire sur toute la largeur du visage.

Allons donc au bar ! La terrasse est bondée de marcheurs ; les tables sont jonchées de verres et de boîtes de bière. Nous passons là plusieurs heures, à rire, à chanter, à discuter... J’ai le sentiment que ce que nous sommes en train de vivre est historique : historique dans l’histoire personnelle de chacun, et historique pour le groupe. Ce que nous avons vécu ici nous charge d’une énergie positive et joyeuse qui nous aidera à propager sans peine les idées et pratiques de la décroissance.

Nous nous retrouvons nombreux à faire la fête dans ce bar, comme nous ferions la fête entre amis. La grande différence, cette originalité surprenante, c’est que nous ne nous connaissions pas il y a quelques jours !

C’est ce même sentiment de complicité que j’avais éprouvé au premier jour et que je retrouve aujourd’hui, intact, et plus intense encore.

Le patron du bar nous rappelle à la réalité : il est minuit, il doit fermer. Pour notre départ, il nous offre une tournée de poire.

Voici la nuit, la tente humide, le sac chaud et sec.
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3146

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyMer 6 Juil à 15:44

altermonde.levillage- mercredi 6 juillet 2005
Marche pour la décroissance : Le texte écrit par les marcheurs

Ce texte a été écrit par les marcheurs (pendant la marche comme nous l’a dit Annonyme XXI) et dit par deux marcheurs peu après l’arrivée à Magny-Cours...

Citation :
Marche pour la décroissance Magny_1-3

Les marcheurs viennent d’arriver à Magny-Cours

Un jeune homme :
Nous sommes quelques marcheurs pour la décroissance... Cette marche nous a propulsés jusqu’à aujourd’hui !

Une jeune femme : Nous avons appliqué, dans le concret, nos idées de décroissance. Nous avons retrouvé un lien commun. Nous sommes sortis, pour beaucoup, de l’isolement. Nous avons abondamment échangé et découvert nos limites dans l’effort de nous remettre, chaque matin, en route.

Marche pour la décroissance Magny_2-3

Le jeune homme : Nous avons marché sous toutes les chaleurs avec le soin de désaltérer notre soif de décroissance et les soifs des trois ânesses qui tendaient comme nous leur regard vers un horizon neuf !

La jeune femme : Nous avons cueilli les plantes sauvages comme des cadeaux de la terre et nous nous en sommes nourris !

Marche pour la décroissance Magny_3

Le jeune homme : La décroissance, c’est un tas de choses qu’on n’a pas l’habitude de vivre et qu’on a mises à plat : Simplicité ; frugalité ; bonne humeur ; patience ; adaptabilité ; vaillance ; ingéniosité ; serviabilité ; créativité ; modestie ; écoute et respect de la différence !

La jeune femme : On a partagé tout ça ! Et tout ça a fait des petits au fil des kilomètres !

Le jeune homme : La décroissance, nous l’avons pratiquée en actes ! Et nous sommes convaincus que chacun de nous, de retour dans son milieu de vie, peut faire localement quelque chose dans un esprit de décroissance. Nous appelons, aujourd’hui, chaque marcheuse, chaque marcheur, chaque cycliste à être rayonnant, d’une contagiosité rayonnante.

Marche pour la décroissance Magny_4
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3155

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyMer 6 Juil à 22:27

altermonde.levillage- mercredi 6 juillet 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (7) - Nomades sur l’eau

Citation :
Réveil flemmard. Au départ de la marche, nous croisons une péniche qui nous embarque jusqu’à l’étape suivante !

Vendredi 1er juillet

Réveil au biniou solo.

Douche froide, séchage de lessive de la veille au feu de bois. Un bol de thé.

Je passe à la Poste déposer mon article de la veille : trouver une enveloppe dans le sac, écrire l’adresse…

Le petit groupe de retardataires avec lesquels j’ai quitté le camping est à une centaine de mètres devant moi. Je les retrouve à l’écluse. Entre temps, j’ai doublé une péniche. La péniche arrive à l’écluse et, presque logiquement, nous voilà à bord !

Nous sommes tous heureux et fiers de ce tour de magie ! Nous passerons toute l’étape sur l’eau. Installés sur le pont avant, les discussions vont bon train. Notre présence sur cette péniche nous semble surréaliste et nous nous en réjouissons.

A l’écluse suivante, des musiciens nous rejoignent : accordéon, flûte, tambour… Ces minutes sont enivrantes : nous croisons des marcheurs le long du canal, arrêtés à un pont. Une marcheuse nous passe son sac depuis un pont… et nous fêtons une arrivée glorieuse à l’écluse de l’étape : Jaugenay.

A nouveau un repas de partage : abondance, prodigalité, générosité.

En faisant chauffer de l’eau pour le café, Christine est brûlée au 2ème degré à la cheville. Tout notre groupe se mobilise pour la soigner : faire couler de l’eau sur la plaie pendant au moins 15 minutes, appliquer de l’argile…

Je discute longuement avec Gilles, nomade depuis 5 ans : il est possible de vivre sans travailler, sans argent, et Gilles nous le prouve, même si beaucoup ont du mal à y croire.

Un atelier « décroissance et politique » captive longuement un grand cercle de marcheurs. Quelques braves plongent une tête dans le canal. Quentin écrit des paroles de chanson en fumant un splif.

Le repas du soir s’organise, très généreux : taboulé, chapatis (galettes), fromage frais, abricot, pêche.

Les participants de l’atelier « médias libre, médias alternatifs » m’ont remis leur premières entrevues.

Lire les témoignages et entrevues réalisées par les marcheurs

Nos amis du bateau sont toujours là, à nouveau à quai. L’ambiance est plus calme, le groupe est plus recentré. Au bout de trois jours de fête, nous avons besoin de reprendre des forces.

Nous devons également accueillir les nouveaux (une trentaine est arrivé chaque jour, hier et aujourd’hui). Nous sentons également la fin approcher et nous nous préparons pour notre dernière soirée, et la dernière journée de dimanche.
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3156

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptyVen 8 Juil à 14:24

altermonde.levillage- jeudi 7 juillet 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (Cool - Notre dernière journée

Citation :


Nous quittons l’écluse et longeons le canal jusqu’au dernier campement : une grande prairie à Sermoise, près de Nevers. C’est l’avant dernier cercle : nous rencontrons Serge Latouche, Paul Ariès et José Bové.

Samedi 2 juillet

Le joueur de flûte longe les rives du canal endormi. Anthony et moi ne bougeons pas : nous flottons entre deux eaux.

Extraction délicate de la tente. Trouver mes sandales. Un petit pissou contre un arbre. Le canal est immobile, silencieux, légèrement recouvert de brume. Les tentes posées sur la longueur des berges stagnent également. La lumière est douce et froide.

Depuis le début du séjour, je partage la tente d’Anthony, un lyonnais de la table des buveurs de bières du premier jour de marche. Je suis parti sans tente, Anthony avait une place : la vie est aussi simple que cela. Il devrait toujours en être ainsi.

Anthony a posé sa tente au diable Vauvert. Je remonte le contre-halage [1]. Quelques marcheurs encore engourdis s’affairent autour de leur tente.

J’arrive au robinet attenant à la maison de l’éclusier [2]. Il y a déjà de la queue : certains remplissent leur gourde, d’autres se lavent les cheveux, d’autres se brossent les dents. Je vois Bernard [3] en train de se laver "à la gourde" : pas besoin de faire la queue, et démarche très économique, qui nous rappelle que certains de nos frères humains se lavent avec un bol d’eau !

J’emprunte un shampooing à une jeune fille et je me rafraîchis le crâne. Petit déjeuner auprès du feu, situé de l’autre côté du pont. Pliage de la tente. Nous voilà à nouveau en route. Il fait frais et humide mais le soleil ne tarde pas à transpercer les nuages et à nous réchauffer.

J’ai envie de marcher vite : je plante plus loin mon bâton en avant et bientôt je suis quasiment en tête : je vois devant moi un porteur de guitare - c’est Gilles le nomade. Le groupe se rassemble et quitte le canal pour emprunter une route ancienne bordée de larges platanes - nous empiétons sur la moitié de la chaussée : les voitures doivent s’arrêter et patienter, et les gendarmes sont là pour nous protéger.

Nous arrivons au terrain de Sermoise, une grande prairie, bordée d’arbres : superbe ! Le groupe se disperse rapidement et le champ se retrouve couvert sur sa partie gauche, sans doute suivant ce hasard un peu calculé, celui qu’empruntent les feuilles d’un arbre pour se répartir au sol.

Vers midi A peine posé le sac, un groupe de volontaires se constitue : aller rencontrer la population de Nevers et faire des courses, à 4 km. Me voilà en route, avec quelques compagnons de la "bande de la fontaine". La population n’est pas très accueillante : des commerçants pressés de fermer leur boutique, des passants pressés de rentrer manger chez eux, un patron de bar souriant lorsqu’il s’agit de prendre la commande de bière, et absent lorsqu’il s’agit d’écouter quoi que ce soit à propos de la décroissance...

Je me retrouve en terrasse devant une bière bien fraîche, avec un gars aux cheveux courts, Didier, son amie - cheveux brun, visage fin et souriant - et Hervé, notre journaliste radio belge, trimbalant en permanence son micro à grosse bonnette noire et son mini-disque. Nous déballons nos courses, sans gêne, sans rien demander au patron, et partageons des produits frais et goûteux.

Une femme clown balaie la rue, l’air embarrassée. Elle déplie un journal de la marche pour la décroissance, le lit distraitement et le pose soigneusement au sol. Il y a un festival des arts de la rue ce week-end : ça nous plaît autrement que le grand prix de Formule 1 !

Retour seul.
Je croise Gilles le nomade, près d’une cabine téléphonique. Un peu plus loin, je croise Sophie et une autre jeune fille : "vous y êtes !". Pour une fois, j’ai accepté de trimbaler des sacs plastiques : j’avais pas envie de vider mon sac à dos. Je tente de faire du stop, avec mes deux sachets de courses dans les mains : une dizaine de voitures passent, aucune ne s’arrête. Voilà ce qu’est devenue la solidarité !

En approchant du campement, je croise à nouveau quelques marcheurs du groupe de la fontaine : Greg, Gilles... Retour au campement. Il fait chaud et humide. Le ciel bien que couvert est très lumineux. Le soleil ne tarde pas à percer et la chaleur devient vite insupportable. Je me déshabille entièrement et je garde simplement un kikoi (prononcer "ki-koye" : cylindre de tissu très léger qui se noue autour de la taille). Tant pis pour l’exhibition de mes bourrelets de graisse abdominale !

Je réalise quelques entrevues :
- Bruno, administrateur de Casseurs de pub et intendant pour la marche
- Andreas, notre vagabond d’origine polonaise, responsable des 3 ânes, qui continuera à marcher avec une ânesse ;
- Félix, marcheur de 12 ans ;
- et Aristide, notre poète, conteur et déclameur.

Lire les entrevues

Vers 18h
Je rencontre Anne, la copine de Fred (le chanteur breton), qui déguste une salade : lamelles de laitue, radis, poivrons et tomates. Ça m’a l’air frais : j’apporte quelques provisions, dont une bonne bouteille de vin blanc. Fred et quelques autres nous rejoignent pour déguster.

Le soleil descend et réchauffe notre campement d’une belle lumière orangée ; les visages bronzés par le soleil prennent une belle patine. C’est le cas de Sophie, au visage fin, un peu garçonne, toujours à l’aise avec les jeunes hommes, s’amusant parfois à taquiner les adolescents du haut de son aplomb d’adulte : elle resplendit dans sa beauté simple.

Vincent appel à former un grand cercle. Une fois formé, ce cercle est le plus large que nous ayons connu : large d’environ 15 mètres pour la première rangée intérieure, il s’étend ensuite sur une dizaine de rangées : nous mesurons ainsi le poids des nouveaux arrivants ! Aristide est notre facilitateur. Il doit être ferme et juste. Il faut parler très fort pour se faire entendre. Aristide résume la situation du groupe à ce jour et donne la parole au premier intervenant, Serge Latouche. De souvenir, François Schneider intervient ensuite, puis c’est au tour de Paul Ariès.

C’est aux marcheurs de parler : chacun lève le doigt pour demander la parole, et Aristide distribue les autorisations avec véhémence et chaleur. Après ce long rassemblement, un appel "à table" vient sonner l’heure de la dispersion.

Chacun s’affaire à retrouver sa tente, son sac, ses provisions, ceux avec qui il a envie de partager le repas. J’ai déjà mangé à 18h, mais je me remets "à table" dans un groupe d’inconnus. Denis, le marin de la marine marchande, nous rejoint. Je quitte ensuite le groupe pour chercher Anthony et Bernard, en grande discussion politique dans un autre groupe. J’ai "la bougeotte" : j’adore passer d’un groupe à l’autre, passer un temps indéterminé ici et là, boire, manger, fumer une roulée ou un splif.

Un cercle se forme autour de José Bové, qui vient d’arriver. Un groupe de musicien situé à proximité s’arrête de jouer pour qu’on puisse s’entendre. Le groupe formé d’un premier cercle de gens assis, se double bientôt d’un cercle de gens debout.

Ça me fait bizarre de voir José Bové d’aussi prêt, ce personnage tellement médiatique, aussi célèbre que Zinedine Zidane. Ça me fait du bien de le voir en vrai.

La nuit est tombée, un grand feu est apparu au loin, et les musiciens se sont rassemblés là-bas. Notre "table" a disparu dans l’herbe : il n’est pas facile de la retrouver dans le noir, même avec des lampes torches, sans aucun repère. Nous rions à chercher les priorités : faut-il plier la table (ranger les provisions et jeter en faisant le tri, ou tout mettre en vrac dans une caisse et on verra demain matin), chercher une torche dans sa tente pour pouvoir plier la table, monter la tente ici, dormir à la belle étoile ? Ce jeu des priorités nous donne le fou-rire : ces quelques contraintes sont tellement relatives, tellement légères et fluides en comparaisons avec nos vies quotidiennes !

Anthony, qui a la flemme de monter sa tente, souhaite dormir à la belle étoile près de Marie, la photographe. David, qui connaît bien la région, nous prévient du froid qui ne manquera pas de s’abattre sur la nuit ; il me propose de partager sa tente.

[1] Au bord d’un canal, il y a le halage - chemin qui servait autrefois à tirer les péniches et emprunté aujourd’hui par quelques véhicules motorisés - et le contre-halage, chemin interdit à la circulation motorisée. Les deux traces laissées dans le halage symbolisent la motorisation, tandis qu’un âne, un cheval, ou un humain ne laisse qu’une trace. Les deux rives du canal symbolisent pour moi cette opposition entre le monde mécanisé de la croissance, et le monde de la décroissance, que nous appelons de nos voeux.

[2] L’homme ou la femme qui s’occupe de faire passer les péniches à travers l’écluse

[3] de Paulx, en Loire-Atlantique (Nantes,Saint-Nazaire, La Baule), qui porte en permanence un béret basque.
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3167

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MessageSujet: Re: Marche pour la décroissance   Marche pour la décroissance EmptySam 9 Juil à 14:45

altermonde.levillage-vendredi 8 juillet 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (11) - Entrevues réalisées par les marcheurs

Citation :


Plusieurs marcheurs ont participé à l’atelier "Médias libres". Voici les entrevues qu’ils ont réalisées.

Préambule éditorial

La plupart des médias dominants méprisent le peuple. Cet état de fait n’est pas forcément conscient ou délibéré. Ils font les choix qu’ils jugent bon pour nous, sans jamais nous consulter.

Parfois, l’homme de la rue est consulté, mais de façon très subjective. Il est toujours placé dans une relation hiérarchique vis-à-vis d’un journaliste ou d’un animateur télé. Et dans cette relation hiérarchique, il occupe évidemment la position subalterne.

Rappelons-nous les jeunes zombis, soumis volontaire de Loft story, et la profondeur de la pensée philosophique de Steevy, dépassant le « qui c’est qu’a pété ? » d’un jour par : « dans la vie, il y a les dominants et les dominés. Nous, nous sommes des dominés. ».

Nous savons comment les « micro-trottoir » sont réalisés, comment les questions sont orientées, et comment ceux qui dérangent passent à la trappe au montage.

Rarement consulté, le peuple n’est quasiment jamais impliqué dans le processus médiatique. Faire en sorte que des enfants posent des questions aux adultes, c’est du jamais vu à la télé. Faire en sorte qu’un non-spécialiste pose des questions à un responsable politique, c’est du jamais vu.

Pour s’opposer aux médias dominants, nous devons créer des médias libres :
"Des médias pour le peuple et par le peuple".

cf. Marche pour la décroissance (2) - Pour un journalisme libre

Pour appliquer cette devise, digne de la Commune de Paris, j’ai proposé aux marcheurs de s’impliquer dans le processus de récolte d’information à propos de la marche : apporter son témoignage, interviewer un marcheur ou une personne extérieure à la marche.

Jean-Marc interroge Jessica, Peter et Fanch

Mercredi 29 juin

Jean-Marc - Pourquoi vous êtes là ?
Peter - pur hasard.
Jessica - on a vu l’affiche dans la ferme où on travaillait. Des gens venaient ici : on les a suivi.
Fanch - parce que j’ai du temps. Le journal de la Décroissance, je connais depuis longtemps. On peut arriver à une reconquête du temps et de l’espace.

J.M. - c’est quoi la décroissance ?
J. - je n’ai pas voté pour Bush. Je ne voulais pas la guerre. Mon pays est partagé. Il y a une droite et une gauche. C’est le système électoral qui fait que les grands électeurs peuvent avoir le pouvoir sans avoir la majorité. Il y a un stéréotype américain à la française. J’étais contre la guerre ; j’ai participé à toutes les manifestations.

On peut vivre une richesse plus heureuse. Avec Mc Donald, il n’y a pas d’âme, la croissance rend les gens vides. Nous devrions travailler, parler, discuter avec les gens. Je veux que les gens se réunissent.

Si nous faisons que nous critiquer, nous ne pouvons pas changer. Avec les applaudissements de ce matin, je me sentais acceptée [1].

Je suis fière de mon pays : il y a beaucoup d’activistes qui pensent à tout le monde. Je pense que les médias internationaux se foutent des activistes américains. La chose la plus importante d’être ici dans la marche, c’est d’exprimer mon souhait d’un monde meilleur et que je ne représente pas la politique de Bush. Et toi, comment tu te sens avec le colonialisme français en Afrique, la mode de mettre en esclavage toute l’Afrique ?

Virginie interroge Sylvie et Jean, navigateurs

Vendredi 1er juillet

Pour les besoins de la cause médiatique libre, j’ai été invitée à rédiger un article. En fait, cela consistait surtout en la réalisation d’une interview. Ce jeudi 30 juin, j’ai donc été rencontrer un couple de navigateurs d’eau douce (et d’eau salée) qui avait amarré leur bateau à l’écluse de Decize la nuit où justement nous avions établi notre campement (merci encore à Michel Minois [2]).

Virginie - comment ça va ?
Sylvie - et toi, ça va ?
Jean - ça va bien.

V. - moi aussi, merci (pour le café et l’accueil chaleureux). ça fait longtemps que vous naviguez ?
S. - oui, ça fait longtemps que je m’adonne avec plaisir et joie à cette drogue.
J. - je suis né dedans.

V. - que pensez-vous de la décroissance ?
S. - moi, j’aime les croissants le matin.
J. - la décroissance, ça risque d’être long ; mais si tout le monde s’y met, y’a de l’espoir. C’est une méthode de vie, faut savoir se serrer la ceinture.

V. - ça vous fait quoi de nous voir passer tous avec nos sacs à dos ?
S. - ça éveille la curiosité, c’est d’ailleurs pour ça qu’on s’est arrêté ici pour la nuit. Faut avoir les yeux ouverts et savoir ce qu’il se passe autour de nous.
J. - faut écouter surtout, on est dans un monde de jeanfoutistes mais les marins ne peuvent pas réagir comme ça. Il faut être attentif. Même s’il me reste qu’un petit bout de pain et que quelqu’un a faim, je partage. C’est la loi fondamentale des marins : porter / apporter. Ce que vous faites, la marche, j’espère qu’elle continuera longtemps.

Après ça, la discussion s’est inversée, ce sont eux qui posaient les questions et mes camarades et moi qui répondions sur l’avenir de ce mouvement et ses fondements.

Sylvie : n’y a-t-il pas un peu d’extrême gauche et d’anarchisme dans tout ça ?

Sylvain interroge Gérard

Samedi 2 juillet

Le premier homme à subir l’assaut des questions s’appelle Gérard, apôtre de la décroissance.

Gérard - bonjour, je m’appelle Gérard, apôtre de la grande cause. J’offre tout mon coeur, mon âme et mes richesses pour la Décroissance. J’irai apporter la lumière dans les villages les plus reculés.

Sylvain : serait-ce une secte ?

G. - rien à voir, mon ami. C’est un serment au plus profond du coeur. Les individus sont libres. Rien à voir avec un Prophète, aucune référence !

S. - alors qu’est-ce que renferme le terme "décroissance" ?
G. - il faut bien se dire que ce mot n’est pas une lubie écologique. C’est tout simplement ne pas se pourrir la vie, et aussi celle des autres. Regardons les quantités de ce que nous consommons...

S. - ça peut ressembler à de l’écologie quand même ?
G. - non, pas forcément. L’écolo récupère l’eau de vaisselle pour sa chasse d’eau. Le décroissant limite au maximum sa vaisselle. Il faudrait réduire le volume de tout. Arrêtons le recyclage, éliminons au maximum les déchets !

S. - un p’tit mot pour la fin ?
G. - oui, j’aimerais dire ma méfiance envers le pouvoir. Toutes les formes de pouvoir...

S. - merci, bonne après-midi.

Sylvain interroge Pierre

Samedi 2 juillet

Propos recueillis lors d’une halte de la marche pour la décroissance auprès d’un père de famille venu avec sa femme et la petite Lison.

Sylvain - salut, alors qu’as-tu à nous dire sur ton engagement ici ?
Pierre - il faut dire que notre décroissance est voulu et non subie. Nous sommes contents d’être tous les trois à cette marche.

S. - ce n’est pas trop dur avec la petite ?
P. - non, il suffit d’être un minimum organisé. C’est bien qu’elle soit là. C’est aussi pour elle qu’on fait tout ça. Je tiens à dire que j’ai développé une véritable haine de l’automobile, de la F1, de la compétition exacerbée, du sport, du pognon, de toute cette pub...

S. - eh bien dites moi, ça en fait des choses...
P. - eh oui ! Pourtant je reste conscient que tout comme une croissance infinie, la décroissance infinie ressemble à un attrape-couillon.

S. - que peut-on faire concrètement pour évoluer ?
P. - oh là ! Plein de choses ! De notre côté nous faisons du déversage de prospectus devant les mairies (près de 8 tonnes la dernière fois). Nous mettons en place des grandes messes de la consommation le samedi pour faire réagir. Pour les journées antipub, nous organisons des conférences, des déversements, nous avons édités des autocollants... Enfin, nous venons de mettre en place une AMAP... Nous avons aussi des activités de barbouillage nocturne dont je ne dirai rien...

S. - merci Pierre, bonne journée.

Dominique - témoignage d’une marcheuse

Jeudi 30 juin

Au départ de "Paname" vers 10h en stop, j’arrive à Fleury sur Loire à 15h.

Le trajet est agréable : petite mise en train entre la Porte d’Orléans et Evry grâce à une jeune commerciale motivée par la voiture solaire non polluante... tiens, tiens !

Puis plus fort et plus direct : "TGV" = transport en auto-stop grande vitesse, mené par une mère de famille maraîchère bio, chargée de ratatouille pour la marche, qui sauve la petite Domie du "péril" de l’autoroute parisien. Bel échange sur le thème de... la famille, les relations de fratrie, et une prise de conscience de plus.

Ensuite c’est l’omnibus jusqu’à Fleury sur Loire : il me dépose au pied du campement sous la pluie, qui ne m’aura pas eue.

Les premiers sourires et gestes d’accueil m’attendent et le cercle de "après la marche" commence autour de François pour me permettre de découvrir la population marcheuse.

Je parle du lotissement écologique de Bazouges-sous-Hédé (35) avec justesse puisqu’un jeune néobreton vient se présenter à moi et une mère de famille (encore !) pour en savoir plus.

Il pleut bien. Que devient l’atelier spectacle ? Où va-t-on s’abriter ?

Je leur avais bien dit que "Paname, paname, paname" n’est pas une chanson décroissante ; voilà le résultat ! Dépêchons-nous de créer d’autres tubes ! "Qu’elles sont bonnes, mes pommes, bretonnes", par exemple.

"Il pleut, il mouille, dans la tente. Dehors chantent les grenouilles". ça marche ! La pluie s’est arrêtée... Et je n’ai pas pris le K-way. Léger, léger ai-je raisonné. Va falloir improviser un K-way décroissant ! Avec le joli sac plastique jaune de la Halle aux chaussures, ou attendre que Madame la pluie digère sa déception.

Samedi 2 juillet
Déjà ! Trois jours denses de rencontres et d’échanges me donnent l’impression que le temps ralentit lui aussi, que je suis là depuis une semaine !

Des rencontres riches qui confirment mes idées, mes intuitions, et s’ouvrent sur des projets futurs :
- des marches décroissantes régionales les week-ends, à des périodes clés de l’année, comme Noël, Pâques, peut-être la rentrée (la St Michel), pour inciter à freiner la consommation et réfléchir au sens spirituel de chacune de ces fêtes et saisons ;
- la création de Réseaux de Simplicité Volontaire, pour aider à réfléchir sur ses actes, comme au Québec.

Je constate que comme moi des marcheurs décroissants vivent un retournement de leur vie, la "sortie" d’un emploi en lien avec le système productiviste et l’accès à une nouvelle voie, un nouveau chemin de vie qui inclut la création d’un nouveau métier, répondant aux impasses et incohérences de l’ancien.

C’est Alex qui ne veut plus vendre des disques (CD) = "de la musique des autres" mais inciter et apprendre aux gens à en faire, et à être autonomes en tous domaines en Afrique.

C’est Sylvain, bibliothécaire de quartier, prêt à se transformer en colporteur d’infos et d’histoires pour enfants, accompagné d’un âne faisant sans nul doute venir à lui les petits enfants.

Quant à moi, je parle d’une nouvelle place à donner à la fonction, la mission de mère et de parents, sans être prise pour "une folle, une idéaliste, boulot, pognon, individualisme oblige".

Mon constat est le même que celui de Bernard : les enfants d’aujourd’hui sont perturbés par nos choix de vie qui ne leur laissent que peu de place et de temps auprès de l’adulte censé être accompagnant et présent, de leur naissance jusqu’à l’âge mature.

Je me suis "tirée" de Paris et du piège que cette ville m’a tendue. Une crèche Waldorf pour parisiens friqués cherchant dehors en crèche ou garderie ce qu’ils ne savent, ne peuvent ou ne veulent pas donner dedans au foyer : la liberté, le temps et la qualité de vie pour leurs enfants. C’est vrai qu’à Paris "le montant du loyer nécessite 2 salaires"... pour des non-décroissants, c’est sûr !

Me voilà de retour en Province pour créer un centre de ressources, d’échanges et de réflexion pour les futurs parents.

La décroissance, c’est l’épanouissement individuel au service du groupe social.

Biblio. : "Oser être mère au foyer", Marie Pascale Delplancq-Nobécourt, éd. Albin Michel 2001

[1] NDLR : Jessica et Peter sont américains, et lorsqu’ils se sont présentés comme nouveaux, le groupe les a largement applaudi

[2] NDLR : Michel Minois nous a généreusement accueilli en nous prêtant son jardin, son terrain et un jet d’eau pendant 2 nuits.
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3150

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MessageSujet: Marche pour la décroissance (12) - Entrevues (suite)   Marche pour la décroissance EmptyMar 12 Juil à 14:49

altermonde.levillage-BRUNO CLÉMENTIN, ANDREAS, FÉLIX, ARISTIDE-mardi 12 juillet 2005, Anonyme XXI
Marche pour la décroissance (12) - Entrevues (suite)

La suite des entrevues réalisées avec des marcheurs, des organisateurs et des personnes rencontrées pendant la marche.

- Bruno Clémentin, co-fondateur de Casseurs de Pub (*)
- Andreas, vagabond, responsable des ânes
- Félix, 12 ans
- Aristide, vivant parmi les vivants

Bruno Clémentin
co-fondateur de Casseurs de Pub


Samedi 2 juillet

- Alors Bruno, tu fais partie de l’organisation. Qu’est-ce que tu fais au juste ?
Je suis administrateur de l’association Casseurs de pub, et co-fondateur avec Vincent Cheynet. Sur la marche, je m’occupe de l’intendance.

Je suis très sollicité en tant qu’organisateur. D’abord par les lecteurs du journal "La décroissance" qui me posent beaucoup de questions. Ensuite, je suis gestionnaire de la caisse collective. Sur le premier tiers de la marche, l’association finançait les repas. Par la suite, le groupe s’est pris en charge : il est devenu auto-suffisant financièrement. Il faudra compter environ 2500 euros de frais additionnels, qui seront pris en compte par Casseurs de pub.

- Comment tu vois évoluer cette action contre la F1 depuis plusieurs années ?
Cette année, c’est un vrai changement de nature. Depuis 2000, nous sommes venu ici chaque année, en vélo : avec la marche, ça change tout :
- d’abord, le nombre de gens qui ont répondu à notre appel : notre objectif minimum, c’était entre 15 et 30 personnes. En réalité, nous n’avons jamais été moins de 50 depuis le début.
- ensuite, le vélo ne permet pas le même contact avec la population.
- la marche, c’est aussi un engagement plus fort : il y a toujours un risque d’être immobilisé. La majorité des gens ont eu des ampoules [1]. J’ai d’abord marché avec des sandales. Mais c’est moins passe-partout ; on ne peut pas aller aussi vite sinon on se blesse. Ensuite j’ai marché avec des chaussures de marche, mais les pieds sont incarcérés et les frottements occasionnent rapidement des ampoules.
- c’est un autre engagement dans le temps : 3 semaines au lieu d’un gros week-end (du jeudi au lundi).
- c’est une réappropriation du temps, de la durée, à un autre rythme : plus lent. Nous avons le temps de monter de nombreux ateliers dans la journée. Certains "ateliers spontanés" se font pendant la marche.

- Qu’est-ce que tu penses de l’ambiance sur la marche ?
ça fait longtemps que je n’ai pas trouvé une ambiance semblable. C’est un événement unique. C’est difficile d’intégrer ceux qui n’ont pas marché pendant une semaine. ça n’a rien à voir avec une petite randonnée du week-end. Il y a aussi un gros décalage par rapport au vécu. Les comportements sont différents dans les débats.

Fin de l’entrevue
A ce moment-là, Bruno et moi observons un temps de silence, et en face de nous, justement, une jeune femme qui vient d’arriver semble prendre possession d’un petit groupe : elle parle avec autorité, l’air grave, comme si elle avait tout compris avant même d’arriver. Je trouve ce comportement désolant !
L’énergie est tombée et nous nous séparons sur ce constat d’une possible incompréhension entre les marcheurs de longue date, et les nouveaux arrivants des derniers jours.
Personnellement, je pense qu’on peut critiquer plein de choses à propos de la marche. Mais certains, à peine arrivés, jugent un peu trop rapidement. La décroissance, c’est prendre son temps, plus que son temps : c’est accepter de "perdre" du temps avec les autres, pour "gagner" des richesses qui ne s’achètent pas avec une carte bleue.

Lire un exemple de polémique à ce sujet : http://rebellyon.info/article.php3?id_article=650

Andreas, vagabond, responsable des ânes

Préambule

C’est la première fois que j’ai l’occasion de discuter avec un vagabond en dehors d’une ville. Andreas a tenu une position particulière dans le groupe : il a su gagner nos coeurs par son humour. Notre entrevue s’est déroulée assis dans l’herbe, devant sa tente, à partager du tabac fort, et du vin rouge. Notre discussion elle-même vagabondait, elle passait du coq à l’âne, et pour une fois, j’ai un peu réorganisé mes notes.
Andreas utilise la langue française avec détournement et invention, ce qui donne à son discours une saveur particulièrement délicieuse. Pour ceux qui l’ont cotoyé, écoutez son accent polonais, et sa grosse voix rugueuse.

Entrevue - Samedi 2 juillet - Tu marches depuis combien de temps ?
Depuis 10 ans. Je suis vagabond marcheur. A l’origine, je suis maçon diplômé. Je donne des petits coups de main, des travaux dans les fermes. Actuellement, je touche le chômage, j’ai une carte vitale.
Plusieurs fois, je me suis fais voler mes affaires. J’ai été agressé. Je suis contre la société. J’ai pleuré des fois dans mon petit coin, tout seul.

Je connais un vagabond à Paris. Il se nomme "Hitler". Il fait la manche. Il est toujours en ville. Moi je préfère la campagne, les gens simples. J’aime la France, le bon vin. Jamais d’alcool fort. Le vin français, c’est bon pour la digestion, un bon fromage, et la sieste.

- Tu viens de Pologne ?
Oui, je suis né à Cracovie. Je suis arrivé en France en ’86. Je suis arrivé à la gare de l’Est avec 80 Deutch Marks. Je me suis fait arnaquer et j’ai tout perdu dans la journée. Je me suis marié en France, mais ma femme et mon enfant sont morts dans un accident de voiture. ça a été la rupture.

- Comment es-tu venu rejoindre la marche pour la décroissance ?
Je suis arrivé sur la marche par hasard. J’ai une domiciliation près de Marseille, et c’est un responsable d’association humanitaire qui m’a parlé de la marche pour la décroissance... et me voilà.

- Tu marches depuis le premier jour, tu peux me raconter ?
Au début, tout allait bien. Et puis j’ai eu un malaise le 2ème jour ; je suis tombé. J’ai été emmené par les pompiers à l’hôpital. La fatigue et l’alcool. Le médecin ne voulait pas que je retourne marcher. Ce sont les ânesses qui m’ont beaucoup aidé. Je suis responsable des 3 ânesses. ça m’aide beaucoup.

- Qu’est-ce que ça t’a apporté, la marche ?
Le comportement avec les gens : j’ai reconnu que je ne suis pas seul. Avant de connaître ce mouvement, j’étais toujours isolé.
Il y a beaucoup de jeunes. C’est bien de leur faire voir. Qu’est-ce que nous laisserons aux jeunes ? Pas de forêts, pas d’animaux, des plants de maïs OGM... La nature est tellement belle, ici, sans aller dans les îles en Polynésie. Et heureusement le pétrole c’est bientôt fini !

Utilisons ce que nous avons avec des esprits clairs ! Les rues sont pour les voitures mais aussi pour les piétons, pour les femmes enceintes, les poussettes. Quand tu regardes une rue, il n’y a plus de place que pour les voitures.

Mais beaucoup de jeunes ici ne comprennent pas le fond. Ils ne sont pas sérieux. Ils veulent faire la fête. Moi, j’ai une vie structurée. Je suis prêt en 20 minutes le matin. Il faut passer 3/4 d’heure pour préparer les ânes le matin, et pareil le soir. J’ai une bonne paire de chaussures, je me lave les pieds tous les jours à la gourde, j’ai toujours des chaussettes propres. Les jeunes, ils viennent avec des petites tennis. Une jeune fille, elle avait 26 ampoules ! Moi, j’ai jamais eu une seule ampoule en 10 ans !

Demain, nous arrivons à Magny-Cours : il faut donner une bonne impression. Le groupe devra être en ordre, derrière les ânes.

Demain, c’est une manifestation contre le grand prix de formule 1. C’est plus la marche. La marche, c’est un autobus qui a perdu sa carrosserie. C’est ce que j’ai dit les autres jours aux gendarmes qui me demandaient si c’était une manif !

- Comment tu vois l’avenir ?
Noir ! Je suis plutôt pessimiste. Grâce à la décroissance, on pourrait minimiser les dégâts. L’Erika, les dégazages sauvages, les émissions de gaz à effet de serre, les climatisations inutiles. J’ai voyagé en Nouvelle-Calédonie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique... J’ai vu la misère du monde, des enfants morts de faim.
Nous avons de quoi nourrir 50 milliards d’êtres humains... et on est que 6 milliards !

J’ai hérité de 5 hectares de terre en Pologne. Je les loue. Un jour je vais le vendre et acheter une terre en Haute-Savoie, près de Valoire. Je voudrais faire un potager bio, avec un chalet. J’y ai passé 3 mois là-bas en ’96 : j’aime beaucoup ce coin. J’ai 40 ans. Je suis assuré pour ma retraite : je toucherai une retraite de l’armée. J’ai fais la légion étrangère pendant 6 ans. C’était dur. J’en suis pas fier.

J’ai été blessé en ’91 pendant la guerre du Golfe. J’étais dans les casques bleus. Un morçeau de grenade dans la colonne vertébrale. J’ai été opéré et je suis resté paralysé des jambes pendant 6 mois. J’étais un vrai soldat, un homme de terrain. Mais là, je pouvais plus combattre.
Alors ils m’ont proposé plusieurs solutions :
- le service administratif. Tu sais comment on appelles ça ? Les pédés !
- me verser une indemnité, tout ce qu’ils me devaient d’un seul coup : j’aurais tout bouffé !
- ou alors toucher le Smic sur un compte bancaire anonyme, que je toucherai à ma retraite. C’est ce que j’ai choisi.

A 55 ans, j’aurai la retraite. Mais en attendant, après Magny-Cours, Je vais continuer à marcher avec une ânesse, comme François.

Tant que la santé va, je marche.

Félix, 12 ans

Préambule

Le premier jour de la marche, le groupe comptait essentiellement des militants, plutôt jeunes : la vingtaine. Vers la fin, le groupe s’est diversifié, avec des familles, des anciens, des ados et des tout petits.
Il me paraissait important de recueillir le témoignage d’un enfant, qui a forcément un point de vue différent du nôtre. Je lui ai ensuite proposé de réaliser une entrevue, mais il n’a pas répondu à mon invitation : ça faisait peut-être beaucoup de nouveauté d’un seul coup.
Par contre, il est venu discrètement de lui-même assister à l’entrevue avec Aristide. Je pense qu’il sentait qu’il se passait là quelque chose d’important, quelque chose entre hommes... des hommes d’expérience. Et ça me touche beaucoup.

Entrevue - Samedi 2 juillet
- Comment tu t’appelles ?
Félix.

- Où est-ce que tu habites ?
Près de Nantes.

- Comment tu es venu à cette marche ?
Je suis venu avec ma mère et ma soeur. J’avais envie. J’avais jamais vécu une expérience comme ça.
- Ton père n’est pas là ?
Non, mes parents sont séparés. Mon père est agriculteur. Ma mère est maître-nageuse, à St-Nazaire.

- Quand est-ce que tu es arrivé ?
Hier soir. J’avais encore école.

- ça va l’école ?
Je passe en 5ième. J’ai des bonnes notes, mais ça dépend des matières.

- ça te plaît ici ?
Ben, je trouve ça bien, mais j’aime pas trop la semoule [2]. J’aime bien la nourriture bio.

- Tu avais déjà fait du camping avant ?
Oui, on part souvent en vacances en camping, ou chez des amis.

- Qu’est-ce que c’est pour toi la décroissance ?
Limiter les ressources naturelles... c’est un peu abstrait. C’est vivre plus simplement.

- Qu’est-ce que tu aimerais faire plus tard ?
Maçon tailleur de pierres. J’ai envie de faire ça depuis que j’ai 5 ans.

Aristide, vivant parmi les vivants

Préambule

Comme Andreas, Aristide est un personnage fort de la marche. Il y en a eu d’autres que je n’ai pas connu ou approché : Françis, par exemple.
Je propose à Aristide de nous mettre à l’ombre, et nous sommes rejoints comme par magie par Hervé, chroniqueur radio belge, Stéphane, qui filme en vidéo, et Félix.
Pour ceux qui ont cotoyé Aristide, essayez d’imaginer sa voix, son accent, sa façon d’insister sur certains mots, sur les fins de phrases, sa façon d’appuyer ses mots avec les bras...

Entrevue - Samedi 2 juillet
- D’où viens-tu, Aristide ?
Je vis à Annecy depuis 1974. Je suis passionné par mon époque. J’aime être dans les réseaux, là où ça bouge. Etre dans le présent. Observer ce qui se passe. Sortir du passéisme.

- As-tu déjà vécu une marche ?
Oui, l’euro-mayday, une marche de précaires depuis Montluçon vers Paris, en 4 semaines. J’ai également participé à la marche anti-G8, de Bruxelles à Cologne, avec 150 personnes.
Une marche en appelle une autre.

- Comment trouves-tu l’ambiance ?
Je ne connaissais rien de la décroissance avant d’arriver sur la marche. Cette ambiance me plaît bien. Je me sens bien là. J’aime marcher au pas de l’âne.

- Tu écris et tu lis des textes aux marcheurs ?
Je lis mes textes en atelier. C’est la première fois que je lis certains de mes textes en public. Et j’ai le retour du groupe. J’écris mes textes quand je reviens d’une marche. Ce sont des éclats de soleil que je fais briller.
Demain, je lirai le texte des marcheurs [3].

- Que penses-tu de la marche ?
C’est le lieu favorable pour dire enfin ce qu’on est. C’est une chance pour tes ses participants.
Depuis le début, je n’ai pas fais une seule course. Je suis nourri par le groupe, dans tous les sens du terme.

- Comment tu vis actuellement ?
Je restaure une vieille maison. A l’origine, je suis maçon carreleur. Mais je ne travaille plus. Ma femme s’occupe de la gestion dans une société de graphisme. Depuis 7 ans, je suis en année sabatique. ça a commencé avec "Agir ensemble contre le chômage", AC !. C’était un événement, l’occasion de retrouver les copains.

- Quel âge as-tu ?
Entre 50 et 60 ans.

- Tu es aussi coquet avec ton âge que les femmes ! Tu aimes les femmes ?
Oui, j’aime les femmes. Je prends les plaisirs comme ils viennent.

(A ce moment-là, je tente quelques qualificatifs pour définir les activités d’Aristide : conteur, poète, philosophe... mais Aristide résiste et refuse toute étiquette.)
- Tu es un conteur ?
Je suis vivant parmi les vivants. Je rejette les étiquettes. Aristide, c’est un pseudonyme. Un nom qui est venu, et je l’ai accepté. J’ai moi-même tenté d’appeler les autres autrement. Mais ça n’a pas marché.

(là, j’évoque la façon dont les amérindiens changeaient de nom, au fil de leur vie et de leurs expérience. Pour un amérindien, changer de nom signifiait au groupe et à soi-même qu’il avait passé une étape, qu’il s’était fortifié par son expérience.)

Un prénom et un nom pour la vie, ça fige ! La façon d’être nommé amène une énergie particulière. Le pire, c’est les prénoms composés : ça donne des gens fragiles, toujours dans l’ambiguité, l’équivoque. Par exemple, Jean-Pierre : ce sont 2 apôtres qui ont eu 2 politiques très différentes.

Cette marche a développé des énergies, pour certains. D’autres ont adopté profil bas.

L’énergie, nous l’avons tous. Mais souvent, nous la bloquons.

Haut de page


[1] on peut voir également Bruno trempant ses pieds dans de l’eau salé vers le bas de cette page : http://www.decroissance.org/marche/recit.html

[2] Je le comprend, nous en mangeons quasiment tous les jours !

[3] Le texte des marcheurs est également ici : http://www.decroissance.info/Discours-des-marcheurs-a-Magny, avec sa fin, après les applaudissements, et l’expression "d’une contagiosité rayonnante" qui a fait fortune auprès du public.
source : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=3193

@+

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Les conséquences de ce qu'on ne fait pas sont les plus graves.
Marcel MARIËN 1920
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