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 Une fois que tu es né tu ne peux plus te cacher

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wapasha
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Nombre de messages : 4560
Localisation : Pays des Abers
Date d'inscription : 30/04/2005

MessageSujet: Une fois que tu es né tu ne peux plus te cacher   Mer 1 Juin à 15:18

bellaciao-mercredi 1er juin 2005
Une fois que tu es né tu ne peux plus te cacher

de Enrico Campofreda traduit de l’italien par karl&rosa

Citation :
C’est une Italie dont nous savons qu’elle existe mais que nous ne voulons pas voir, dont nous utilisons des marchandises et de la main d’œuvre bon marché, une Italie globalisée faite de ghettos et d’âmes mortes, celle que nous montre le dernier Giordana, qui en tire le sujet du roman de Maria Pace Ottieri, pour raconter la croissance et le désenchantement d’un adolescent. Comme le jeune Sandro, nous vivons enveloppés dans l’ouate d’une opulence fragile, en croyant exorciser les problèmes du monde, un monde affamé et désespéré qui pousse aux portes de notre pays de l’abondance.

L’hypocrisie nous amène à utiliser la troupe des déshérités légalement ou illégalement mais ne nous amène pas à en reconnaître les droits, à les ficher comme le veut la loi Bossi-Fini, à leur donner l’assistance chrétienne, mais à les enfermer dans les ghettos que nous ne voulons pas voir des balcons de nos maisons.

C’est l’Italie monstrueuse qui a oublié qu’elle a grandi grâce à l’émigration des grands- pères et des pères qui a duré jusqu’à il y a trente ans, qui s’est enfermée dans la conservation de ses propres villas avec piscine, comme le fait la famille de Sandro et, si elle ne peut pas se le permettre, elle se permet en tout cas tant d’individualisme raciste.

Et les petites dames lombardes saisissent de l’expérience du garçon tombé à la mer et sauvé par la barque des clandestins le drame présumé de la promiscuité avec les nègres. C’est l’Italie laide de la Ligue mais pas seulement, parce qu’en paroles nous tous jouons les solidaires, faisant même l’aumône, mais combien de nous sont dérangés à cause des places qui fourmillent de vendeurs ambulants, des musulmans dans les classes de nos enfants très catholiques, des musiciens qui font la manche tandis que nous dînons avec des amis au restaurant, de ce personnel de ménage et de soins à domicile de plus en plus exigeant, des travailleurs extracommunautaires qui revendiquent un salaire et un logement et qui adhèrent même à un syndicat?

Voila où en est arrivé le peuple cathodique qui comme Bruno, le père de Sandro, se crève le cul en dirigeant sa petite usine et demande aux ouvriers s’il mérite le nouveau prototype de voiture qu’il envisage d’acheter : une voiture qui, à 280 Km/h, a un freinage de 138 mètres virgule tant de centimètres, qu’il connaît.

On peut vivre ainsi des années en faisant mine de rien comme le font Bruno, Lucia, Sandro, l’ami Popi. Tous pris par le travail et le repos, pris éventuellement en bateau à voile. Puis arrive l’impondérable, une nuit Sandro tombe à la mer, en pleine Mer Adriatique, ses cris désespérés que son père ne peut pas entendre ne servent à rien et le désespoir de celui-ci quand il s’aperçoit de l’absence de son fils sous le pont ne sert à rien. Sandro est bon nageur mais, épuisé, il risque de se noyer ; il est sauvé par quelques clandestins que la criminalité des Pouilles fait passer sur l’épave d’un bateau de pèche d’un point de la côte à l’autre. Un des milliers de voyages de l’espoir et du désespoir par lesquels des Albanais, des Kurdes, des Roumains, des Slaves, des Indiens, des Pakistanais, des Chinois, des Nigériens, des Sénégalais et cent autres ethnies atteignent l’Occident pour échapper à la famine, aux maladies, aux guerres, aux dictatures, aux laideurs du monde. C’est pourquoi même le voyage inhumain auquel ils se soumettent - peut-être pire que celui des émigrants du XIX siècle - est préférable à ce qu’ils laissent derrière eux.

Le petit Sandro voit tout cela, il entre dans une dimension qu’il n’avait connue jusqu’à ce moment que par les mots qu’un ancien homme de couleur répétait obsessionnellement dans sa ville de Brescia "Ebar soraya iti dogon". Au début, cela sera son nom et ensuite sa nouvelle essence de vie. "Une fois que tu es né, tu ne peux plus te cacher" et l’expérience que le garçon est en train de vivre le fait passer à une vie nouvelle et vraie. C’est un voyage initiatique : non seulement il ouvre les yeux, mais il les fait ouvrir à sa famille toute entière. Quand les parents, désespérés, reçoivent son appel téléphonique, ils ne croient pas au miracle. Ils rejoignent Sandro dans un Centre de rétention et découvrent qu’il s’est rapproché de deux Roumains, Radu et Alina, avec lesquels il s’est lié durant les moments terribles du trajet sur le rafiot. En surprenant son père et sa mère, Sandro propose d’adopter les deux enfants, le père dérape (en paroles tout est possible, mais dans les faits...) et ensuite il cède. Mais Radu, qui feint d’être mineur, est découvert et devra être rapatrié. Ainsi, il décide de s’enfuir et de se rendre avec sa sœur à la villa de Sandro. A peine sont-ils accueillis par Bruno, qui stigmatise la fuite mais pense régulariser la situation qu’ils dévalisent la maison et se volatilisent.

La déception est immense pour tout le monde, il y avait eu de l’ouverture et de l’affection envers les jeunes immigrés, tandis que ce geste réveille des préjugés et rehausse des barrières. C’est surtout Sandro qui est frappé, désormais transformé par son expérience de vie, qui ne peut plus redevenir l’enfant d’auparavant ni ne sera jamais un grand enfant adulte comme Popi, l’ami de son père.

Mais un jour le portable que Bruno avait offert à Radu sonne, une voix frêle indique un lieu : Corsico. C’est une zone de Milan où, dans une structure abandonnée, vivent des milliers d’extracommunautaires. Le petit bonhomme Sandro prend le train et y va. Après avoir nagé en mer ouverte, vu les sale têtes des types qui transportaient les clandestins, voyagé et souffert avec eux la faim et la soif, écouté leurs drames du passé et les anxiétés pour l’avenir, Sandro ne craint rien, il est vraiment né et il ne se cache pas.

Il erre dans l’édifice spectral, parmi des hangars lugubres il est rappelé par les notes d’une chanson qu’Alina aimait tant. La musique le porte jusqu’à elle, qui lui apparaît dans sa tenue de fille du trottoir. C’est son frère qui la contraint à cette condition dégradante, un frère duquel elle essayera de s’éloigner avec l’aide de Sandro. Les deux adolescents grandis trop vite se partagent un sandwich dans une rotonde de la métropole tentaculaire. Ils ne se cachent pas, comme ceux qui ne pensent qu’au business sans même entendre le battement de leurs propres cœurs, ils sont l’exemple de la société de la tolérance et de l’intégration que l’on souhaite. Mais auront-ils un avenir?

Un film de Marco Tullio Giordana. Sujet et scénario : Marco Tullio Giordana, Sandro Petraglia, Stefano Rulli. Tiré du roman homonyme de Maria Pace Ottieri. Directeur de la photographie : Roberto Forza. Montage : Roberto Missirol. Avec Matteo Gadola, Ester Hazan, Alessio Boni, Michela Cescon, Rodolfo Corsato, Adriana Asti, Vlad Alexandru Toma Scénographie : Giancarlo Basili. Production : Cattleya, Rai Cinema. Origine : France / Gb / Italie, 2005 Durée : 115 minutes

Articles et approfondissement : Repubblica / Italica

http://bellaciao.org/it/article.php3?id_article=8723

De : Enrico Campofreda
source : http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=15773

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Marcel MARIËN 1920
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